Le maltais, le parler algérien, une langue officielle transcrite en caractères latins (I)

“Seg uyeffus s azelmaḍ … Seg ubrid ɣer lkaf !” “De droite à gauche …Du droit chemin au fossé !” Lunis At Mengellet

I. Introduction

Tamazight doit s’écrire en caractères tifinagh, l’écriture source, diront certains. D’autant plus que c’est la plus ancienne écriture de la planète d’après un chercheur anglais. De tifinagh est né le latin enchainent d’autres chercheurs dont Slaouti Taklit, enseignante de linguistique à l’université d’Alger et auteur de l’ouvrage « L’alphabet latin serait-il d’origine berbère ? » Est-ce que ce sont des raisons pour justifier l’utilisation de tifinagh pour tamazight aujourd’hui ? Le cœur, la symbolique et l’identité plaident pour le oui. La raison, la réalité historique et le pragmatisme incitent à la négation. Les questions suivantes méritent d’être posées.

Nos frères touaregs, très attachés à tifinagh, ont-ils produit un seul roman avec les caractères conçus par nos ancêtres ?

– Les Etats postcoloniaux de la Tamazgha (Afrique du nord) ont-ils vraiment la volonté politique de faire de tifinagh ce qu’ont fait des Etats comme la Chine, le Japon, la Corée du sud, l’Israël et l’Arabie saoudite de leurs symboles alphabétiques ?

– Qu’a fait le Maroc, depuis le 17 octobre 2001 avec la création de son institution académique IRCAM, chargée de la promotion et du développement de la culture et la langue amazighes ? A-t-il réussi à produire une littérature digne de ce nom en tifinagh, ne serait-ce un seul roman, un journal ?

Nos frères mozabites et à un degré moindre nos frères Chawis, tenant aux caractères arabes pour leurs langues, sont, de mon point de vue, victimes du faux postulat qui dit en gros ceci : « Adopter les caractères arabes pour tamazight c’est garder le lien avec le monde musulman ». La Turquie, la Malaisie et l’Indonésie, le pays musulmans le plus peuplé du monde avec ses 250 millions, n’ont-ils pas adopté les caractères latins pour transcrire leurs langues?

De même pour les Touaregs et les Amazighs marocains pour ce qui est du tifinagh, les Chawis et les Mozabites ont-ils produit un seul roman, un seul journal dans leur langue en caractères arabes ?

La Kabylie, pragmatique, a compris depuis longtemps que le seul salut pour la promotion et le développement de sa langue réside dans sa transcription avec les caractères latins. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Depuis 1887, ont vu le jour des centaines de manuscrits et de romans, des milliers d’articles de journaux et de revues (Tafsut, Asalu, Amaynut, Tamurt, Izuran, Aɣmis n Yimaziɣen, Tiɣremt, …), des dizaines de lexiques et dictionnaires et des millions de sites internet, postes Facebook, Twitter et échanges courriels depuis l’avènement des autoroutes de l’information.

Pour répondre aux manipulateurs (ou leurs complices parmi les Kabyles) qui désavouent l’utilisation des caractères latins pour des raisons idéologiques (ou de gagne-pain), la présente étude nous conduira vers un pays pas loin de l’Algérie. Il s’agit de l’archipel de Malte que je considère comme un exemple dans l’aménagement linguistique et dans le réalisme sociolinguistique. En effet, le lecteur de cette contribution sera étonné, et comme il vous sera démontré plus loin, les Maltais parlent l’arabe, dit maghrébin plus précisément l’arabe algérien qui est une langue officielle et transcrite en caractères latins.

Ceci a fait du pays Malte, 80 fois plus petit que la Kabylie, 17,5 fois moins peuplé, un pays non seulement stable sur le plan identitaire mais surtout prospère et développé avec un indice de développement humain (IDH) de 0.829, soit 39ème au monde, très proche du pays voisin Italie, membre du G8 (26ème au monde). Il est à signaler que l’IDH de l’Algérie est de 0.717, soit 93ème au monde, alors que sa voisine Tunisie occupe la 90ème place.

C’est la vue de certains débats et forums, biaisés pour la plupart puisque organisés par des chaines TVs étatiques ou pseudos-privées algériennes comme Echourouq et Ennahar (TV et Journal), sur le choix des caractères pour tamazight qui m’a poussé à penser la présente étude. Elle vise certains amazighophones qui ne veulent pas entendre parler des caractères latins pour leurs langues. Elle vise aussi et SURTOUT les Algériens arabophones qui sont souvent victimes du courant arabo-islamo-baathiste qui les déroutent sur le plan identitaire. L’Islam convoqué à chaque fois pour renforcer l’amour de l’arabe du Coran au détriment de la langue ancestrale, le tamazight, finit par créer des situations de malaise dans la société. Lequel malaise engendre des confrontations inutiles et la haine de soi. Du coup, il empêche le développement et la prospérité économique dans la société.

Au lieu de suivre ces idéologues haineux pour gêner les amazighophones pragmatiques dans leur effort à promouvoir leur langue, ces Algériens arabophones feront mieux de s’investir dans la sauvegarde de leur langue, qu’est l’arabe algérien, en suivant l’exemple de leurs arrière-petits-enfants maltais, qui ont bâti un pays moderne. En le faisant, ça sera une justice posthume qui sera rendue à l’écrivain Kateb Yacine qui a tout le temps rêvé de la promotion de tamazight et de l’arabe algérien, au passage c’était aussi le slogan du MCB (Mouvement Culturel Berbère) à ses débuts.

La présente étude est structurée comme suit. D’abord un retour sur les discussions actuelles concernant le choix des caractères pour tamazight en Algérie, et la tendance vers les caractères arabes telle que voulue par le régime d’Alger. La réalité sociolinguistique à Malte est ensuite soigneusement décortiquée sur plusieurs aspects : le contexte historique, la constitution maltaise et la co-officialité linguistique, l’alphabet latin des Maltais. Ensuite, nous allons présenter quelques exemples concrets tirés de la vie quotidienne des Maltais, qui démontrent que leur langue n’est autre que le parler algérien transcrit en caractères latins. Enfin, une proposition sera suggérée pour écrire l’arabe algérien en caractères latins, ou Tam3amrit comme Taqbaylit/Tamazight, pour sauver l’héritage culturel des Amazighs arabophones d’Algérie et plus généralement d’Afrique du nord.

II- Pourquoi l’Etat algérien tient aux caractères arabes pour transcrire tamazight ?

Dans mes précédentes contributions en relation avec la nouvelle constitution algérienne et l’officialisation maladroite de tamazight, j’ai parcouru un certain nombre de constitutions pour expliquer la gestion de la diversité linguistique dans certains pays. Il s’agit du Canada, la Suisse, l’Afrique du Sud, le Sri Lanka et le pays voisin le Maroc. Ce dernier, pour rappel, est pris comme modèle négatf par l’Algérie dans la hiérarchisation linguistique, avec tamazight comme seconde langue officielle au moment où l’arabe demeure la langue officielle de l’État.

L’Eétat algérien, forcé d’accepter l’officialisation après des décennies de lutte non-stop, est en train de manœuvrer pour imposer les caractères arabes pour la transcription de tamazight. Faute de quoi il poussera à l’arbitrage de tifinagh, comme au Maroc, pour éviter les caractères latins que la Kabylie a choisis depuis plus d’un siècle. Précisément depuis Belkassem Ben Sedira (1887), Said Boulifa (1897), Izarar Belaïd At Ali (1945), Mouloud Feraoun (1960), Mouloud Mammeri (1969-1989), et ce jusqu’à l’introduction de l’enseignement de tamazight dans les universités kabyles en 1990, et dans les écoles de Kabylie suite à la grève du cartable de 1994 et son corollaire le HCA (Haut-Commissariat à l’Amazighité). Pour rappel celui-ci, rattachée à la présidence, a adopté les caractères latins depuis sa création en 1995, avec entre autres les centaines de livres qu’il a édité jusqu’à date.

  1. Au lieu de consolider le HCA, il le clone avec la création du Centre national pédagogique et linguistique de l’enseignement de tamazight (CNPLET), que dirige Dr. Abderrezak Dourari.

  2. Il décide unilatéralement des caractères arabes pour les génériques de la TV4 Tamazight. Il renforce ses programmes avec des prêches religieux en arabe et des chansons en arabe (Chaabi, …) qui durent des heures par moments.

  3. Il crée épisodiquement des pages de journaux ou d’internet en Tamazight mais en caractères arabes : Echaab, Echourouq, APS, …

  4. Il crée des chaines radio en Kabylie (Djurdjura/Soummam) avec des programmes en arabe alors que dans les autres chaines radio des autres wilayas, aucun programme n’est émis en tamazight. Il ne fait aucun doute que le but visé est de renforcer l’assimilation et l’arabisation des Kabyles fragiles, notamment ceux des villes de Bgayet et de Tizi Wezzu.

  5. Au baccalauréat, l’examen de tamazight est non seulement facultatif, mais polygraphique selon que nous sommes en Kabylie, pays Chawi, Mozabite ou Twareg.

Présentement avec l’officialisation forcée de tamazight, et poursuivant toujours ses ruses, il (le régime de Bouteflika) continue à manœuvrer pour gêner davantage sa promotion. Il organise par exemple des rencontres, forums et débats, par ses TVs (publiques et pseudos-privées), qui poussent vers l’imposition des caractères arabes pour tamazight, sous toutes sortes de prétextes dont l’Islam. Malheureusement il trouve parmi les Kabyles des complicités telles que Dr. Mohand Arezki Ferrad, historien et ex-député FFS, Dr. Abderrezak Dourari, directeur du CNPLET et Si Hachemi Assad, secrétaire générale du HCA. Ce dernier semble malheureusement sortir de la ligne tracée par ses prédécesseurs Youcef Merahi et le regretté Mohand Idir Aït Amrane. Ces derniers étaient intransigeants sur la remise en cause du choix des caractères latins par fidélité aux anciens dont Said Boulifa, Belaid At Ali, Dda Lmulud, Rachid Aliche, … D’où la création du le CNPLET par Bouteflika.

L’entêtement de l’Etat algérien pour les caractères arabes pour tamazight, ne trouve justification que par son désir de rester dans la sphère arabo-islamique, comme le stipule sa constitution : Pays arabe et l’Islam comme religion d’Etat.

Pourtant de nombreux pays musulmans non arabes écrivent leurs langues en caractères latins. A contrario, il existe dans ce monde un pays chrétien, membre de la communauté européenne dont l’une de ses deux langues officielles n’est autre que l’arabe algérien mais transcrit en caractères latins. C’est ce que nous verrons dans la prochaine partie de la présente contribution. (A suivre)

Racid At Ali uQasi,

Ottawa, 28 septembre 2016

Lire la suite : Le maltais, le parler algérien, une langue officielle transcrite en caractères latins (II)

15 commentaires

  1. Nos mémés étaient convaincues que Dieu ne parlait que l'arabe ,par contre nos papys ,plus rationnels,avaient inventé un vaccin qui permettait de se défendre contre les nuisances fatidiques de l'arabe (langue,culture et espèce) : "awxsar,d'awxsar,rabbi yefka afus; a cuffur d'a3rav,l'frin d'asaYwen ! ". Enoncée circonstantiellement,l'adage (devenu maxime) permettait de recouvrer sa lucidité salvatrice .

  2. Malgré une forte opposition du représentant permanent d’Alger au siège onusien de Genève, l’Association pour la défense des marocains expulsés d’Algérie a pu tenir une réunion au siège du Conseil des droits de l’Homme. Le diplomate « accompagné d’une forte délégation de son ambassade dont des membres des services de renseignements de son pays et du Polisario ont tenté vainement de torpiller la rencontre », nous confie Mohamed Herouachi, le président de l’ADEMA.

    L’ONG a présenté le dossier, vieux de 40 ans, concernant la déportation massive de plus de 45 000 familles marocaines qui vivaient en Algérie. L’opération avait été décrétée par les autorités du voisin de l’Est en riposte à l’organisation par le royaume de la Marche verte. Depuis l’ADEMA essaie avec ses faibles moyens de mieux faire connaitre la souffrance des déportés qui avaient été forcés de laisser leurs biens et parfois leurs époux, épouses et enfants lorsqu’ils étaient de nationalité algérienne.

    "L’ambassadeur reconnait la déportation"

    Au CDH de l’ONU, l’avocat suisse de l’ADEMA a donné la parole au diplomate algérien pour présenter la version de son pays. Ce dernier n’a pas hésité à accuser plus de 300 mille marocains expulsés d’Algérie d’être « tous membres de la cinquième colonne et fidèles au royaume ». Des déclarations que le président de l’ADEMA qualifie de « reconnaissance pour la première fois de la déportation collective et du crime commis par l’Etat algérien » en 1975.

    La présence de l’ambassadeur et de son équipe à la rencontre n’a pas réellement servi les intérêts du voisin de l’Est. En plus d’avoir échoué à la torpiller, il a fourni de nouveaux arguments à l’association pour plaider davantage sa cause auprès des instances internationales.

    « La conférence a été une réussite. Nous avons pu vaincre l’ambassadeur algérien. Sa présence est d’ailleurs un signal que le dossier des expulsés marocains commence à gêner le pouvoir à Alger », jubile Mohamed Herouachi

    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’ADEMA organise un tel événement au siège du CDH de l’ONU. A l’occasion de la 24ième session du Conseil des droits de l’Homme de 2013 une délégation de l’Association s’était rendue à Genève pour présenter au Conseil des droits de l’Homme le dossier.

    …Suite : http://www.yabiladi.com/articles/details/47336/geneve-l-ambassadeur-algerien-reconnait-l-expulsion.html

  3. Les questions linguistiques sont d'ordre idéologique, donc dépendant « normalement » des conditions pratiques de la vie, c'est à dire l'économie. Dans les pays « normaux » le pragmatisme dicte que ce qui donne le meilleur résultat est la meilleure solution. En Algérie et dans les autres pays dits arabes, la rente permet à l'idéologie de primer sur l'économie. C'est une situation artificielle, car il n'y a pas d'économie dans ces pays, ils ne font que glaner les restes des économies productives du reste du monde. Leurs revenus artificiels du moment leurs donnent le loisir et le luxe de se permettre de se concentrer sur des futilités et des foutaises qui ne servent absolument à rien d'autre qu'à se maintenir au pouvoir et abêtir leurs peuples.
    Dans les pays avec une vraie économie, on n'a pas le loisir de permettre aux sentiments de primer sur la vie pratique. « Ma yenfe3 ghir eççeh » comme on dit, et « eççeh », c'est de quoi bouffer, un toit sur la tête, la santé, le bien-être matériel, culturel et spirituel.
    Aux USA, pays pragmatique devant Dieu, il n'y a pas de langue "officielle", du moins pas "officiellement officielle." L'anglais en est une dans les faits, mais rien dans les lois ne dit qu'elle l'est, et personne n'est obligé de l'utiliser.
    La langue anglaise elle-même est un exemple édifiant de pragmatisme. Elle contient pas moins de 80% de mots de vocabulaire d'origine étrangère, et une très forte proportion de ces mots viennent du français, soit du vieux français, soit du français moderne (lire "The Story of English" de Robert MacNeil, journaliste très connu et très sérieux). 80% ya boureb ! Et il n'ya pas que le vocabulaire. La grammaire, les locutions, tout est truffé d'emprunts aux autres langues. Aujourd'hui, même les arrières-grands-mères kabyles illettrées disent "OK", un mot amérindien devenu américain/anglais. Pour les locuteurs anglais, leur langue n'a rien de sacré. C'est une langue et c'est tout, elle a une histoire, elle change tout le temps, elle est ce qu'elle est. Elle bouffe toutes les autres langues pour s'en nourrir sans gêne et sans fierté: un américain entend un mot qui lui plait dans une autre langue? il l'emprunte ! Et s'il est célèbre et utilise ce mot nouveau dans les médias, ce mot peut rapidement entrer dans le dictionaire en tant que mot anglais.
    Si on avait une vraie économie en Algérie, une économie qui dicte le pragmatisme et qui relègue l'idéologie à sa place, on aurait appliqué le principe de "butin de guerre" de Kateb Yacine. On aurait facilement acquis la maîtrise de l'anglais aussi, car les algériens qui connaissent bien le français apprennent l'anglais avec une facilité qui étonne les anglophones.
    Toute la question du berbère et de sa transcription, avouons-le, n'aurait jamais existé. L'arabe classique serait une matière facultative dans les lycées et universités. L'Algérie aurait 15 millions d'habitants et serait un pays super-développé… Ahh! je me réveille ! Quel beau rêve c'était !

  4. N'ayant pas réussi à faire de nous des arabes ni à nous obliger de parler arabe ,Bouteflikaest tétu comme une mule , il veut maintenant nous obliger à écrire Tamazight en caractères arabes au lieu de Tifinagh,ses caractères d'origine. NOUS LUI BARERRONTS LA ROUTE.
    Ce n'est pas parcequ' il est un ba….d qu 'il va nous obliger à batardiser notre langue Tamazight.

  5. La langue Kabyle s'ecrit deja en characteres Latin qui a une histoire millenaire en Afrique du Nord. Toute la litterature Kabyle utilise les characteres Latin. Si les Chaouis ou un autre peuple Amaigh comme les Rifains veulent ecrire leur langue avec une autre transcription c'est leur probleme. Ne pas imposer aux Kabyles une transcription dont ils ne veulent pas en entendre parle. Quand a la langue Arabe, elle s'ecrit avec des characteres Syriaque-Arameique . Il n ya pas de characteres Arabe. Qaund aux Matlais il est effectivement du Djerdja a 80%.

  6. C'est vraiment très dur de se détacher de l'alphabet tifinagh, le symbole de notre identité, mais tant que tamazight n'a pas d'Etat, l'alphabet latin est la seule issue salvatrice.
    Donc, continuons à écrire en caractères latins pour sauver notre langue, et le jour où nous aurons notre propre Etat (dans un contexte d'une Algérie fédérale ou celui de l'autonomie régionale), nous pourrons facilement revenir à l'alphabet tifinagh comme ont fait les turques au temps de Kamel Attatürk (caractères arabes –> caractères latins). Il suffit alors de retranscrire toute notre littérature en caractères tifinaghs (comme ont fait les Turques quand ils ont changé d'alphabet aux années 20) et les technologies actuelles le permettent beaucoup plus facilement qu'en période d'Attatürk.

  7. @Kichi:
    Depuis tout ce temps, je parie que j'ai du commencé à vous manquer à toi et à Avarwaq. Il suffisait de demander!
    Une fois n'est pas coutume, je suis entièrement d'accord avec ta vision à quelques réserves près (dont "le butin de guerre" éni qui me sort par les narines).
    Effectivement, et sans les nommer, tu as touché du doigt les deux notions de "langue vernaculaire" et de "langue véhiculaire". La nôtre (tamazighth) pourrait aspirer à passer de l'un à l'autre le jour où nous pourrions produire autre chose que zith ouzemmour et thivakhsissine. Mais en attendant, elle reste cantonnée à son rôle "vernaculaire" (langue locale parlée au sein d'une communauté).
    Quant à la transcription et au choix des caractères, il faudra certainement passer par une large concertation et surtout le moins d'empreinte politique afin que cela se fasse AVEC et non CONTRE les locuteurs (nous autres). Je sais que je risque de m'attirer les foudres de pas mal d'intervenants, ma3na l'exemple des Iraniens transcrivant le perse en caractères arabes est assez édifiant notamment lorsque l'on sait "l'amour" qu'ils vouent aux Ben Saoud par exemple. Le pragmatisme linguistique ya m'haynék !

  8. Le Tifinagh, la plus ancienne écriture; le plus vieux calendrier au monde, 4000 ans (et des poussières; Ramses, un berbère; Athenes, détruite et reconstruite par les berbères Tritonides; … Et avec tout cela, aucune trace de civilisation dans leur propre pays… 4000 ans pour rien en fait. Dur à avaler.
    Réinventer l'Histoire, voici la seule chose dans laquelle nous excellons.

  9. D'aucuns disent " le jour où nous aurons notre propre Etat,,nous pourrons facilement revenir à l'alphabet tifinagh".Bien sure que quand on aura notre Etat on pourra faire ce que bon nous semble cela est évident,mais le problème est que si on n'arrive même pas à arracher le droit élémentaire d'écrire notre langue avec son propre alphabet ,comment donc,pourrions nous arracher notre propre Etat. Pas de fuite en avant, il faut les attaquer "ici et maintenant."
    Pas, possible d' atendre. Avec ce pouvoir ,Il faut battre le fer pendant qu' il est chaud .Profitons du moment qu 'il est en difficulté financière et qu'il est privé de l 'appui de son "monde dit arabe" qui est en chute libre, pour lui arracher le maximum.
    D'autre part ,sachant qu 'ils sont maladivement accros au trone, il vont céder pour essayer de passer le cap et traverser leur désert, car Ils ont une peur bleue que ça pête et savent que le problème idendtitaire peut mettre le feu aux poudres et risque de les emporter sinon ils.(le clan arabisant du pouvoir) n'auraient jamais officlialisé tamazight .
    En avant toute pour les assomer .Kar amiss oumanzigh !!!

  10. Faisons honneur à da L'mouloud n'ath Maamar, tous unis,
    pour porter à terme son combat,passerdu rêve à la réalité.

  11. @Yiwen akenni :
    Je ne suis pas sûr de comprendre parfaitement où tu n'es pas d'accord avec ce que j'ai dit. Est-ce la place du français chez nous ? Est-ce une question de fierté ?
    Il faut séparer le sacré du pratique. La langue et les autres aspects de la culture sont des produits comme d'autres. Aujourd'hui, le capitalisme a rendu ce fait très clair pour celui qui veut se donner la peine d'y réfléchir. Dans les pays où le capitalisme a atteint son apogée, comme les USA, les langues, comme les religions entrent en compétition et que le meilleur gagne, exactement comme les marques de savon ou de voiture. C'est pour ça qu'il n'y a pas de langue "officielle" aux USA. C'est la liberté d'entreprise. Si l'espagnol ou le tagalog suffisent à tes besoins, très bien pour toi; tout ce que le gouvernement US attend de toi est que tu payes tes impôts, et à cet effet, il te fournira même des imprimés en espagnol ou en tagalog.
    J'aime énormément le kabyle et l'arabe algérien. Ils ont leur place dans la vie des algériens, mais la question est justement cette "place", car aujourd'hui, les algériens ne vivent plus dans l'Algérie de 1830. Leurs langues (y compris l'arabe classique) sont piteusement inadéquates pour fonctionner dans le monde moderne. Et le monde change trop rapidement pour espérer le rattraper avec nos langues maternelles. Le français et l'anglais du 15ème siècle auraient été tout aussi désépérément insuffisants aujourd'hui, seulement ces deux langues ont lentement et naturellement mûri et grandi depuis la renaissance, petit à petit, de façon que le changement a été absorbé sans heurts. Pour qu'aujourd'hui nous puissions développer nos langues maternelles au point de rattraper le français et l'anglais, il faudrait un changement d'une brutalité et d'une soudaineté inconcevables. C'est tout simplement impossible, point barre. Ça ne s'est jamais fait dans l'histoire et ça ne se fera jamais.
    Nous avons le français, il faudrait le garder et l'intégrer sans aucune gêne, comme un instrument. Nous n'avons aucune gêne à conduire des Renaults et des Peugeots par millions, n'ayons aucun scrupule à utiliser le français dans les domaines où nos langues maternelles ne servent à rien. Moi-même, dans ma vie privée, quand je discute avec des kabyles ou des algériens arabophones, j'essaye d'employer aussi peu de mots non-kabyles ou non-arabes que possible. J'aime aussi passionément la poésie kabyle et melhoune, et je trouve la poésie française et anglaise bien piteuse en comparaison, mais pour discuter philosophie, politique, psychologie ou physique/math/chimie, le français est irremplaceable pour moi.
    SI on regarde de façon subjective, qu'est-ce que donc que le français sinon du latin atrocement massacré à la hache ? Et l'anglais moderne alors ? il est tellement truffé d'influences étrangères qu'un anglais du 13ème siècle n'y comprendrait absolument rien, deux langues tout à fait distinctes en fait, le vieil anglais et l'anglais moderne, donc l'anglais moderne serait du très, très mauvais vieil anglais. Ne soyons donc pas plus fiers que les indiens ou les africains qui utilisent les langues de l'ex-colonisateur. Nous ne pouvons pas nous le permettre, sinon alors pour rester fiers jusqu'au bout, il faudra nous déplacer à dos de bourricot au lieu de watoures et utiliser l'agoudou hachakoum au lieu des toilettes.

  12. l'objectif ultime de ceux qui luttent pour la langue Amazighe n'est pas tant de la promouvoir que de la sauver de disparition @ qlq1. Le pragmatisme n'est pas tant de l'affubler de caractères qui lui sont étrangers (elle ne pourra s'en accommoder car elle possède ses propres caractères) que de lui bâtir une rampe de lancement, c'est à dire , une école, des programmes pédagogiques, des enseignants qui les portent et surtout des élèves qui assureront son devenir. Le reste, c'est du bla-bla…

  13. @Kichi:
    Non, rien de particulier à ajouter si ce n'est (comme je l'ai déjà écrit) cette histoire de "butin de guerre" qui me sort par les narines. Rappelle-toi les échanges à ce propos ici-même; même le pauvre avarwaq pensais que je lui reprochais à lui him self le double discours consistant à rejeter une langue car envahissante (l'arabe) et à en revendiquer une autre comme butin de guerre alors qu'elle n'est moins envahissante que la 1ère. Bref, pour ce qui me concerne, j'aimerais que l'on puisse ériger mon "franbyle" en langue quasi obligatoire tant elle répond à presque tous mes besoins (langagiers s'entend hein!), lorsque je veux philosopher (à 2 sous), lorsque je veux m'amouracher, lorsque je veux rendre des coups … Donc, loukane adéqim ar ghori nékini, je dirai VIVE LE FRANBYLE et …à bas les NORMATIFS !
    Allez, yévdh yétsalid wouliw.

  14. @quelqu'un: La différence entre l'arabe classique et le français est que l'arabe n'a rien d'un butin convoitable. Plutôt le contraire. Kateb Yacine n'aurait jamais appliqué le mot "butin" à l'arabe classique. Par contre, l'arabe algérien est un véritable trésor ignoré.

Les commentaires sont fermés.