La Soummam en son 60e anniversaire devrait éclairer le combat moderniste

La Soummam en son 60e anniversaire devrait éclairer le combat moderniste

Episode fondateur de l'Etat algérien, le congrès de la Soummam a réussi non seulement à jeter les jalons des premières institutions nationales, à unifier et structurer durablement les rangs de l'ALN/FLN mais aussi à mettre noir sur blanc ce que devait être l'Algérie post-indépendance.

Gravé dans la mémoire populaire

Le congrès de la Soummam est un moment clef dans le combat pour l’indépendance algérienne. Avant de le découvrir dans des livres, j’ai eu en connaître l’impact sur les populations. Enfant, j’ai été abreuvé par les récits sur "la guerre". Dans ce village accroché au bout d’une ligne de crête la confrontation ne pouvait être qu’extrême. Localement, l’organisation civile du FLN a été mise à rude épreuve, nombreux furent ses membres tombés au champ d’honneur. Mais dans un premier temps, entre 1955 et l’automne 1956, la population y avait subi de rudes conditions. Les exécutions décidées pendant cette première étape ont toutes été frappées par l’opprobre populaire. Combien de fois n’ai-je entendu, dans la bouche des Moussabilates ou des femmes mobilisées dans les refuges : "L'Vatel (El Hogra) a cessé avec l’arrivée de Si Lhafidh". Mais qu’était-ce donc cette "arrivée de Si El Hafidh" ? Je le comprendrai plus tard. La nomination de Yaha Abdelhafidh au commandement de la zone 4 de la Wilaya III est le moment qui sépare deux périodes, une première dominée par les seigneurs locaux et une seconde institutionnelle, régie par une nouvelle légalité. L’"arrivée de Si El Hafidh". C’était la mise en place des structures instituées par le Congrès. Une chaine de commandement, des tribunaux, des responsabilités. C’était l’institutionnalisation de la lutte pour l’indépendance. La mémoire populaire a gardé profondément gravée en elle ce saut qualitatif.

Un congrès unificateur

Le congrès était pour sa part l’aboutissement de l’intense activité collective initiée par Abane Ramdane. C’est une résurgence du CRUA à un niveau nettement supérieur. Abane a repris la tâche d’unir les patriotes algériens dans l’action pour secouer le joug du colonialisme. Il s’est attelé à la tâche de sortir du piège de l’activisme et de mobiliser tout le potentiel et le génie du peuple algérien. Une œuvre colossale. Mais, l’homme n’était pas seul. Il a su réunir, autour de lui et de Larbi Ben M’Hidi, une direction autrement plus qualifiée que tout ce que l’insurrection avait connu jusque-là. Le Congrès n’a pas été un moment d’«union pour l’union», une messe unioniste, non, il a été un véritable moment d’évaluation et de dépassement du mouvement national dans son ensemble. Il avait fait la critique des vieux partis. Pas un procès pour les accabler, comme le PFLN excelle à le faire ; mais, un examen consciencieux de leurs positions et postures afin d’amener leurs dirigeants et leurs militants à transcender les clivages puérils et les postures sclérosés. Les sortir de la routine et secouer leurs vaines certitudes. Le Congrès a réuni la base d’une synergie des forces nationales qui allait donner un nouveau souffle au combat. Mais, il était dérangeant.

Le Caire et le héros de Monte Cassino

Ben Bella, qui s’était imposé au Caire, avait réussi à faire oublier ses turpitudes que l’OS, au début des années 1950, avait chèrement payé. S’identifiant à sa nouvelle idole, il avait le dessein de se poser en leader à l’Algérie combattante. Mobilisant son intelligence en connivence avec les moukhabarates, il s’oppose violemment à la Soummam et s’emploie à la contrecarrer. Il y parvient, le 20 août 1957. Le CNRA, réunit au Caire désavoue les résolutions du Congrès. Le Raïs et ses Moukhabarates, relayés par Ben Bella et ses affidés, ont renversé le premier acte de souveraineté algérien. L’assassinat de Ramdane Abane n’en est que la conséquence. L’important a été la liquidation de la ligne politique définie à la Soummam. Souvent, le fait de braquer les projecteurs sur l’ignoble assassinat d’Abane occulte la liquidation du Congrès. Or, le CNRA du Caire est l’acte fondateur du régime. Ce régime que subissent encore les Algériens. Un régime anti-Soumamien, affilié à l’arabisme, autoritaire, anti-démocratique. Un régime néo-patrimoniale, dominé par une oligarchie militaro-bureaucratique, couvée à l’"extérieur", qui ne peut célébrer le Congrès que s'il se renie et désavoue son moment fondateur : le CNRA du Caire. Ce qu’il ne fera jamais. Ses semblants de célébration ne visent qu’à déposséder les véritables héritiers de ce moment fondateur.

Les héritiers de la Soummam

Le régime de maintes manières minorise ce moment historique. Il le relègue au second plan. Les islamistes, greffon tardif et malin au mouvement national algérien, abhorrent encore plus cet épisode de notre histoire moderne. Ils tentent de se légitimer par la survalorisation de deux petites phrases glissées dans l’appel du 1er novembre et craignent, plus que tout, qu’éclate au grand jour la condamnation par le Congrès de la théocratie. Une résolution sans appel qui définit le combat pour l’indépendance comme une lutte nationale authentiquement moderne.

Ces deux composantes de la scène politique algérienne sont à ce jour des ennemis farouches de la Soummam.

Qui peut donc en être l’héritier ? Parce que pour se réclamer de la Soummam il faut concrètement prolonger son message de souveraineté. Par vocation, les composantes modernistes de l’espace politique algérien devraient être les récipiendaires de cet héritage. Mais, il semble que tel n’est pas encore le cas. L’héritage de la Soummam ne peut être pleinement assumé et prolongé que dans la confrontation avec l’oligarchie militaro-bureaucratique et les conglomérats cléricaux islamistes. Chose que les modernistes dispersés et divisés n’assument pas tous. Ils ne le font pas lorsqu’ils s’inscrivent dans des initiatives qui récusent le Congrès. Ils ne le font pas lorsqu’ils tentent de trouver des compromis avec les liquidateurs ou les ennemis de ce moment historique. Ils ne le font pas, surtout, lorsque, aux antipodes de l’esprit révolutionnaire et unitaire de la Soummam, ils cultivent leurs divisions et ne font rien pour construire leur union; lorsqu’ils ne cherchent pas à se poser en force déterminante de résurgence du projet national Algérien. Les modernistes portent le message émancipateur de la Soummam, ils en sont les héritiers. Ils ne sont que cela. Mais, ils le sont de manière inconséquente.

Mohand Bakir

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Commentaires (3) | Réagir ?

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msilaDSP DSP

MERCI

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Le Matin d'Algérie

Ces deux composantes de la scène politique algérienne sont à ce jour des ennemis farouches de la Soummam.

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