Le pouvoir et ses relais locaux s’approprient le 20 Avril 1980

Le pouvoir veut désormais mettre la main sur le printemps berbère
Le pouvoir veut désormais mettre la main sur le printemps berbère

Dernière opération en date du pouvoir et ses relais locaux. En Kabylie, ils ont décidé de s’accaparer la commémoration du 20 avril 1980 tout en interdisant les manifestations citoyennes.

A quoi joue le pouvoir en Kabylie ? La question mérite d’être sérieusement posée après les premières interdictions de conférences sur le printemps amazigh. Pendant que le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) promet d’amuser la galerie kabyle, les associations et partis souhaitant organiser des manifestations, conférences et autres pour célébrer le 36e anniversaire du soulèvement populaire du 20 Avril 1980 se voient opposer un refus systématique des autorités.

C’est le monde à l’envers ! Ces mêmes autorités qui ont impitoyablement réprimé, emprisonné les militants amazighs, interdit toute expression identitaire se décident de procéder autrement pour contourner la revendication et la neutraliser. La méthode ? Enlever l’expression de cette célébration à ses initiateurs pour l’organiser lui-même. Objectif non avoué ? L’aseptiser en l'a dépouillant de son caractère populaire et par-delà l’éloigner définitivement de ces initiateurs. Le plan est, avouons-le, diabolique. Machiavel n’aurait pas imaginé pire.

Il est vrai que Ali Hadad, le patron proche du clan au pouvoir et Ould Ali Lhadi, ministre et autre grand défenseur de l’oligarchie à El-Mouradia avaient déjà esquissé, il y a quelques jours, les plans de bataille pour permettre au pouvoir de "privatiser" ce grand mouvement populaire.

Première victime ? Hakim Saheb. Ce secrétaire national du RCD et ex-député du parti a vu sa conférence prévue à l’université Mouloud Mammeri interdite. Si l’on comprend bien cette université, d’où était parti ce mouvement populaire, est désormais interdite à toute expression sur le sujet. Restent les rares salles de spectacles. Mais celles-ci, si elles ne sont pas fermées, elles seront inévitablement programmées au profit des noubas du HCA. Que restera-t-il donc aux autres initiateurs des célébrations ? La rue bien entendu. Sauf que celle-ci sera occupée également par les services de sécurité. Vu le savoir-faire des policiers en matière de "gestion démocratique" des manifestations, cela nous promet quelques échauffourées.

La manœuvre est vraiment hardie, machiavélique.

Cela étant dit, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie semble surtout le premier à être dans la ligne de mire des sous-traitants locaux du pouvoir. En effet, on a beau ne pas partager ses idées politiques, le MAK a été ces dernières années le seul mouvement à occuper sans discontinue l’espace politique local en organisant manifestations et commémorations.

La profondeur populaire du MAK en est arrivée à inquiéter le pouvoir. Les déclarations particulièrement violentes d’Ali Hadad et du wali de Tizi-Ouzou en sont la meilleure expression. Cependant, comme à son habituel aveuglement, en lieu et place d’une réponse ou traitement politique conséquent, le pouvoir a délégué ses relais locaux pour couper violemment l’herbe sous les pieds du Mouvement que dirige Aït Chebib.

Comme dans toute manœuvre opérée au bulldozer, on ne fait bien évidemment pas dans la dentelle. On interdit tout et tout le monde. En l’espèce, il faut bien avouer que le pouvoir est un mauvais élève. Il ne retient pas les leçons. Il oublie (ou feint-il d’oublier ?) que, quels qu’en soient le temps et les moyens utilisés toute expression populaire est inaliénable.

Hamid Arab

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Le Matin d'Algérie

Première victime ? Hakim Saheb. Ce secrétaire national du RCD et ex-député du parti a vu sa conférence prévue à l’université Mouloud Mammeri interdite. Si l’on comprend bien cette université, d’où était parti ce mouvement populaire, est désormais interdite à toute expression sur le sujet. Restent les rares salles de spectacles. Mais celles-ci, si elles ne sont pas fermées, elles seront inévitablement programmées au profit des noubas du HCA. Que restera-t-il donc aux autres initiateurs des célébrations ? La rue bien entendu. Sauf que celle-ci sera occupée également par les services de sécurité. Vu le savoir-faire des policiers en matière de "gestion démocratique" des manifestations, cela nous promet quelques échauffourées.

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gtu gtu

merci bien pour le site

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