L’engagement de Bouteflika à combattre la démocratie

Abdelaziz Bouteflika.
Abdelaziz Bouteflika.

L’assassinat d’Hervé Gourdel met en lumière la véritable fonction de l’antiterrorisme en Algérie. L’engagement d'Abdelaziz Bouteflika pour combattre la démocratie se révèle total.

Le rôle des autorités algériennes dans l’assassinat du touriste français Hervé Gourdel est troublant. Le développement prédit depuis plusieurs mois s'est finalement produit avec ce meurtre. La résurgence du terrorisme islamiste recommence à retarder l'évolution de la démocratie en Algérie.

Il y a un lien fort entre le vol du pouvoir algérien par l’élection truquée de Bouteflika et l'assassinat d'Hervé Gourdel. Dans les années 1990 les services secrets s’étaient liés au FIS pour empêcher l’évolution démocratique normale du pays et conserver leur contrôle des opposants politiques. Cela a entraîné plus de 100 000 morts et le déplacement de populations entières. Par la suite, le président Bouteflika a rétabli la paix en Algérie quand cela a fait son affaire. Depuis son quatrième mandat, il y laisse cependant croître la menace islamiste pour la même raison. Ceux qu’il a amnistiés dans le cadre de la loi sur la concorde civile qu'il a fait voter dès son arrivée au pouvoir en 1999 le remercient actuellement en lui assurant une mainmise sur les démocrates du pays. Le clan Bouteflika gouverne par la corruption et s’accommode du terrorisme quand il touche ses adversaires politiques.

L’impuissance de l’État à assurer la sécurité d'Hervé Gourdel sur son territoire national peut être mise en contraste avec la féroce précision du contrôle des opposants politiques du régime. Doter d’imposantes ressources financières les services de sécurité algériens semble soudainement aveugle, bien qu’ils aient fait boucler le massif du Djurdjura par des milliers d’hommes. Avec des moyens sophistiqués de surveillance des communications, ils n’ont pu intercepter les vidéos envoyées par les ravisseurs. Naturellement, la Kabylie qui est la région la plus récalcitrante au tyran est plus touchée par le terrorisme que tout autre endroit bien qu’elle soit juste à côté d’Alger. Comme dans le passé, l'armée s’engage dans des opérations de bombardements, incendie des oliveraies et fait plus de dégâts dans la population civile que les islamistes. Depuis 1999, la population de la Kabylie est mise à sac autant par les terroristes que l’occupation militaire qui les favorise.

Les populations rurales sont donc aux prises avec des égorgeurs utiles au pouvoir pour justifier la violence du régime. Personne ne trouve curieux que, contrairement à presque tous les gouvernements du monde, l'Algérie n’ait jamais formellement condamné l’enlèvement le 21 septembre ? Le ministère de l’Intérieur a attendu près d’une journée entière pour publier un communiqué laconique alors que l’information sur le rapt avait déjà fait le tour du monde depuis plusieurs heures. C'est de plus le chef de l’État français, François Hollande, qui a appris aux Algériens qu'Hervé Gourdel avait été exécuté. Paris voit-il le double jeu du dictateur ? La responsabilité du pouvoir algérien dans cet assassinat crève les yeux. Ceux qui en France avaient choisi de regarder ailleurs quand Bouteflika volait honteusement son quatrième mandat récoltent les fruits de ce qu’ils ont semé.

Abdelaziz Bouteflika, dit préconiser une stratégie multidimensionnelle à long terme pour vaincre le terrorisme. Ce n'est pas vrai. Le dictateur est plutôt déterminé à poursuivre sa lutte contre la démocratie sous toutes ses formes. Comme dans les années 1990, le pouvoir d'Alger exploite les capacités de nuisance du terrorisme islamiste pour conserver son pouvoir sur les acteurs de la démocratie et continuer impunément son exploitation des ressources du pays.

Michel Gourd

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Commentaires (13) | Réagir ?

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klouzazna klouzazna

Les leçons des intellos planqués de l'autre rive, on n'en a rien à cirer !!!

celui qui pense pouvoir faire mieux n'a qu'à rejoindre une unité spéciale et aller révéler ses talents sur l'un des terrains de combat, en irak ou en syrie...

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Massinissa Umerri

t'as pas encore compris que le DMZ est le seul terrain de combat ? On ne vient pas ici, halluciner les vierges et autres, a si dahdouh ! reguarde, meme haj-ali est venu nous rejoindre - C'est le thatre en plein air - tout le monde y vient raconter son histoire...

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Emiliano Zapata

Bouteflika n'est ni un démocrate, ni un partisan de l'Etat de droit et d'une justice indépendante. C'est un admirateur de Boumediène et de Hassan II deux dictateurs et hommes de pouvoir hors normes. Il a essayé de les immiter dans l'instrumentalisation de la religion et de l'idéologie arabo-islamique pour asservir le peuple. La construction de la Grande mosquée est la colonne vertébrale de son "projet de société". Mais l'ulcère hémorragique en 2005 et l'AVC de 2013 ont contrariés ses projets et compte sûrement sur son frére Saîd pour les réaliser et fortifier le cloone du makhzen marocain qu'il a mis en place et une clientèle surtout attirée par la rente pétrolière.

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