Nigeria: Boko Haram étend le règne obscurantiste du "califat islamique"

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau.
Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a placé sous le règne du "califat islamique" une ville du nord-est du Nigeria prise par le groupe islamique armé, selon une vidéo obtenue dimanche par l'AFP.

"Merci à Allah qui a donné à nos frères la victoire à Gwoza", qui fait désormais "partie du califat islamique", déclare Shekau dans une vidéo de 52 minutes. Boko Haram, qui mène une insurrection armée depuis cinq ans, principalement dans le nord-est défavorisé du Nigeria, s'est fait connaître du monde entier en y enlevant plus de 200 lycéennes (dont on est toujours sans nouvelles) en avril à Chibok. Ce kidnapping avait suscité une indignation et un mouvement de soutien planétaires.

L'armée nigériane a très vite réagi dimanche après-midi, rejetant la proclamation de Boko Haram. "Cette proclamation est vide de sens. La souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Etat nigérian sont intactes", a déclaré dans un communiqué le porte-parole des armées, Chris Olukolade.

Dans une précédente vidéo diffusée le 13 juillet, Abubakar Shekau avait apporté son soutien au chef de l'Etat islamique Abou Bakr Al-Baghdadi, qui contrôle de larges pans de territoires en Irak et en Syrie et a été proclamé par son groupe "calife" de tous les musulmans. Mais Shekau ne mentionne pas Al-Baghdadi dans sa dernière vidéo de ce dimanche, et n'explique pas plus précisément s'il se range sous la bannière d'Al-Baghdadi ou s'il évoque un nouveau califat au Nigeria.

Au XIXe siècle, dans une région couvrant le nord de l'actuel Nigeria, avait existé le puissant califat de Sokoto, indépendant de l'Empire ottoman.

"Nous sommes venus pour rester"

Les liens idéologiques, financiers et militaires de Boko Haram avec d'autres mouvements jihadistes sont mal connus. Selon les experts, seuls des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont avérés. Dans cette nouvelle vidéo tournée en plein air, Shekau s'exprime alternativement en arabe et en haoussa, principale langue du nord du Nigeria.

Habillé d'un treillis militaire, de bottes noires, Kalachnikov sur l'épaule, il est flanqué de cinq hommes masqués et armés. Derrière eux, trois véhicules tout-terrains, avec à l'arrière plan des arbres et de la végétation, sans qu'il soit possible de localiser l'endroit.

"Ils appellent (ce pays) le Nigeria". "Nous sommes dans le califat islamique. Nous n'avons rien à faire avec le Nigeria", déclare Shekau, qualifié de "terroriste à l'échelle mondiale" par les Etats-Unis qui ont mis à prix sa tête pour 7 millions de dollars. "Nous n'allons pas quitter la ville (de Gwoza). Nous sommes venus pour rester", affirme plus loin dans la vidéo un autre militant, non-identifié.

Après le monologue de 25 minutes de Shekau, la vidéo montre des scènes de tirs et de combats, puis des scènes atroces d'exécution, similaires à celles vues sur des vidéos de l'Etat islamique diffusées ces dernières semaines.

Une stratégie de conquête

La stratégie de Boko Haram a évolué, passant de la guérilla à une logique de conquête de territoires, selon plusieurs analystes. Selon l'agence humanitaire des Nations unies (Ocha), Boko Haram s'est emparé début août de Gwoza, dans l'Etat de Borno.

Depuis avril, le groupe radical s'est emparé de nombreuses localités et contrôle des zones entières du nord-est du pays d'où l'armée a disparu, selon les témoignages d'habitants, de responsables de la sécurité et d'experts. L'insurrection armée de Boko Haram, et sa répression féroce par l'armée nigériane, ont fait plus de 10.000 morts depuis 2009, selon des estimations. Quelque 4.000 personnes ont été tuées depuis début 2014 d'après Amnesty international, et 650.000 chassées de leurs foyers selon l'ONU.

Outre les régions isolées et pauvres du nord-est du Nigeria, des grandes villes comme Kano (nord) et Jos (centre), ainsi que la capitale fédérale Abuja (centre) ont été touchées par des attentats de Boko Haram.

L'armée nigériane, pourtant dotée d'un budget conséquent de 4,5 milliards d'euros par an, grâce aux revenus du pétrole dont le pays est le premier producteur en Afrique, s'est montrée jusqu'à présent incapable d'enrayer l'insurrection islamiste, en raison, selon des experts, de la corruption et de la désorganisation qui la minent.

Les soldats se plaignent d'être sous-équipés et mal armés face à Boko Haram. Une mutinerie a même éclaté cette semaine dans une base de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno où est né le groupe islamiste.

AFP

Plus d'articles de : L'actu en Algérie et ailleurs

Commentaires (0) | Réagir ?