Assassinat d'une militante au lendemain des législatives en Libye

Les Libyens ne se sont pas déplacés en masse pour ce scrutin.
Les Libyens ne se sont pas déplacés en masse pour ce scrutin.

Les Libyens attendaient jeudi l'annonce des résultats préliminaires des législatives endeuillées par l'assassinat d'une militante réputée des droits de l'Homme dans le pays plongé dans le chaos.

Malgré une faible participation et des attaques meurtrières, les autorités libyennes ont estimé "acceptable" le déroulement mercredi des législatives "compte tenu des conditions difficiles dans lesquelles elles ont été organisées", selon la Haute commission électorale (Hnec). En effet, le scrutin a été maintenu malgré une escalade des violences en particulier dans l'est du pays, théâtre depuis un mois d'affrontements quotidiens entre une force paramilitaire loyale au général dissident Khalifa Haftar et des groupes islamistes qui pullulent dans la région et s'en prennent également à l'armée. Jeudi encore, une voiture piégée a explosé près des locaux de l'Assemblée constituante qui siège à Al-Baida dans l'est libyen, sans faire de victimes. Sept soldats avaient été tués au cours de la journée électorale et plus d'une cinquantaine blessés dans des affrontements avec un groupe islamiste dans le sud de Benghazi. 

Ces violences n'ont pas perturbé le vote dans la ville, selon la Hnec, mais Benghazi a été meurtrie par l'assassinat de Salwa Bouguiguis, une avocate et militante des droits de l'Homme, tuée chez elle par des inconnus peu après la clôture du vote. Son mari est porté disparu depuis l'attaque, dans laquelle un gardien de la maison a été blessé par balle, a indiqué jeudi un responsable de sécurité. Depuis la révolution de 2011, la région orientale de la Libye, et en particulier sa plus grande ville Benghazi, est le théâtre d'une série d'attaques et d'assassinats visant notamment des militaires, des policiers et des juges, mais aussi des journalistes et militants des droits de l'Homme. Ces attaques qui sont rarement revendiquées sont régulièrement attribuées à des groupes radicaux.

"Acte ignoble"

"Une fois de plus, Benghazi a été le théâtre d'une attaque sanglante, la dernière d'une série visant essentiellement des civils", a déploré la mission des Nations Unies en Libye (Unsmil), appelant les autorités libyennes à enquêter et traduire les auteurs en justice. Sur son compte Twitter, l'ambassadrice américaine en Libye Deborah Jones, a dénoncé aussitôt "un acte ignoble, lâche et honteux", tandis que l'ambassadeur britannique Michael Aron s'est dit de son côté "dévasté par l'horrible assassinat".

Les Libyens ont manifesté un faible engouement pour ce scrutin, jugé crucial par la communauté internationale pour sortir le pays de l'anarchie. Ils étaient appelés à élire les membres de la future Chambre des représentants, qui doit remplacer le Congrès général national (CGN, Parlement), la plus haute autorité politique et législative, dont la légitimité est contestée et qui est accusée d'avoir aggravé la crise dans le pays en raison d'une lutte d'influence entre les courants libéral et islamiste.

Toutefois, seulement 630.000 Libyens ont voté mercredi, soit un taux de participation 42%, selon des estimations préliminaires. La Hnec doit commencer à partir de jeudi ou vendredi à annoncer les résultats préliminaires. Les résultats définitifs devraient être connus dans deux semaines. Les listes politiques ont été bannies dans le scrutin. Seuls des "candidats individuels" mais pas forcément indépendants, avaient été appelés à se présenter. Ainsi la composition politique du futur Parlement ne sera connue qu'après la formation de blocs parlementaires.

Sièges non pourvus

Les résultats devraient porter sur 184 sièges (sur 200), voire moins. En effet, la Hnec estime à 16 le nombre de sièges non pourvus, après l'annulation du vote dans plusieurs bureaux en raison de violences. La Hnec doit réorganiser le scrutin dans ces localités. Dans l'ouest du pays, la Hnec a dû ainsi suspendre le vote à Al-Jemil, après des violences, tandis que dans l'est, les élections n'ont pas pu être organisées à Derna, ville contrôlée par des groupes islamistes radicaux.

Malgré ces incidents, la Hnec a annoncé que le scrutin avait pu avoir lieu dans 98% des quelques 1.600 centres de vote. Des doutes avaient été émis quant à la capacité des autorités à organiser ces élections notamment après le lancement en mai par le général dissident Khalifa Haftar d'une opération, selon lui, contre les "groupes terroristes" qui font la loi à Benghazi. A la tête d'une force paramilitaire, M. Haftar est accusé par les autorités de mener un coup d'Etat.

AFP

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