Le système bureaucratique algérien est-il un mal nécessaire ?

Caricature de Kemila Madjid
Caricature de Kemila Madjid

Au moment où les pouvoirs publics algériens tentent de mener une lutte contre la bureaucratie (réalité ou utopie) , il me semble nécessaire d’éclaircir ce concept en le démystifiant, où on lui donne souvent une définition négative, sans analyse objective.

1.- Le bureau existe depuis que le monde est monde étant est un facteur essentiel du fonctionnement de toute société. Mais il doit être au service de la société et non s’autonomiser en tant que pouvoir bureaucratique. Sur le plan terminologique, le mot est construit sur la liaison du terme "bure" ou "bureau", qui jusqu’au XVIe siècle désignait tout tapis recouvrant un meuble (coffre ou table) servant à écrire, et du suffixe "cratie" qui veut dire pouvoir ou autorité de gouvernement. Bureaucratie signifie donc littéralement gouvernement par les bureaux. On retiendra une définition très générale du terme que l’on retrouve dans la majorité des manuels spécialisés dans l’organisation : une bureaucratie est un type d'organisation formelle, caractérisée par une hiérarchie administrative complexe, une spécialisation des compétences et des tâches, des limites discrétionnaires établies par un ensemble de règles et un comportement impersonnel vis à vis des consommateurs. Nous avons deux conceptions de la bureaucratie, une positive, l’autre négative.

2.- La conception positive se retrouve dans la description de Marx Weber comprenant plusieurs aspects le système du bureau étant efficace parce que la dépersonnalisation extrême permet une grande coordination et un très bon contrôle: Premièrement l’individu n’est pas propriétaire de sa fonction et il ne peut la transmettre ; deuxièmement, il y a suppression de l’hérédité des charges ; troisièmement, la bureaucratie fonctionne suivant des règles générales impersonnelles ; écrites ; quatrièmement , les postes sont rigoureusement définis par contrat dans une hiérarchie d’emplois claire et bien définie ; cinquièmement, l’avancement résulte de l’ancienneté et du jugement des supérieur; sixièmement, à la définition des postes correspond la spécialisation des fonctions et des compétences de l’individu qui les rempli ; sixièmement, la sélection est ouverte et repose sur la qualification professionnelle sanctionnée par examen, concours et diplôme ; septièmement, une organisation bureaucratique est structurée comme une hiérarchie ; enfin huitièmement, les fonctionnaires sont soumis à une discipline ainsi qu’à un contrôle enfin une bureaucratie emploie des fonctionnaires, c’est-à-dire des spécialistes plein temps et qui y font carrière ; ce qui assure la continuité de l’organisation. Pour Weber, les raisons de l’efficacité du modèle bureaucratique tiennent : au rejet de préférences personnelles du chef et au rejet des coutumes et des traditions ;à la stricte définition du travail et de l’autorité de chacun ; à la structure hiérarchique qui contrôle tout (la forme écrite étant nécessaire pour l’efficacité) et aux experts qui connaissent bien leur travail.

3.- L’analyse négative du système bureaucratique a été analysé par le sociologue Michel Crozier qui a mis en relief les dysfonctionnements de l’organisation bureaucratique rejoignant les analyses de Marx pour la bureaucratie crée rarement la nouvelle richesse par elle-même, mais plutôt commande, coordonne et régit la production, la distribution et la consommation de la richesse. La bureaucratie comme strate sociale dérive son revenu de l'appropriation d'une partie du social produit en surplus du travail d'humain. La richesse est appropriée par la bureaucratie par loi par des honoraires, impôts, prélèvements ect… Ainsi, le phénomène bureaucratique, peut se caractériser par quatre aspects. Premièrement, le développement des règles impersonnelles : cela correspond à cette ambition de tout prévoir, de tout réglementer à l’avance. L’avantage est que la règle protège de l’arbitraire du chef, et protège le chef des revendications de ces subordonnés. L’inconvénient est que la règle tue l’initiative. Le problème est ici de conjuguer créativité et sécurité. Deuxièmement, la centralisation des décisions : la centralisation des décisions ne résulte pas de l’obsession des dirigeants des organisations bureaucratiques à concentrer le pouvoir entre leurs mains ; celle-ci découle davantage du souci de conserver aux règles leurs caractères impersonnels. Mais souvent nous avons des effets pervers où les décideurs sont coupés d’une connaissance qualitative sérieuse de la réalité. Ils peuvent difficilement évaluer les effets des décisions qu’ils prennent. Cela les motive souvent davantage à s’intéresser aux mesures concernant le fonctionnaire interne de leur organisation plutôt qu’à réfléchir à des mesures susceptibles de favoriser d’adaptation de l’organisation à son environnent. Troisièmement, la satisfaction de l’organisation : délivré du contrôle de ses supérieurs, l’agent bureaucratique est en revanche fortement soumis à l’influence de ces pairs qui visent souvent à faire échec aux supérieurs hiérarchiques et aux clients de l’organisation. Les intérêts de la strate passent souvent avant ceux de l’entreprise. C’est ce que l’on nomme le ritualisme bureaucratique : le règlement de l’organisation est appliqué à la lettre parfois même contre les intérêts objectifs de cette dernière. Quatrièmement, le cercle vicieux de la bureaucratie : incapables de s’adapter à un environnement dont il lui est structurellement difficile de prendre en compte la complexité et les transformations, l’organisation bureaucratique ne sait pas se réformer. Dans un monde complexe et incertain, tel celui que nous connaissons aujourd’hui, l’organisation bureaucratique est condamnée à s’adapter si elle ne veut pas être un obstacle majeur au développement d’un pays.

4.- En Algérie, existe une illusion entretenue par certains responsables , ignorant les lois économiques, de créer des emplois dans l’administration malheureusement avec la fonctionnarisation à outrance, (plus de deux millions de fonctionnaires), et la véritable réforme de l’Etat, douloureuse et souvent différée, à l’avenir sera justement de s’attaquer à la réforme de la fonction publique, où à Sonatrach déjà en sureffectif pouvant être assimilé à une banque primaire, le pouvoir bureaucratique sclérosant a ainsi trois conséquences nuisibles au développement du Maghreb :

  • une centralisation pour régenter la vie politique, sociale et économique du pays ; l’élimination de tout pouvoir rival au nom du pouvoir bureaucratique ;
  • la bureaucratie bâtit au nom de l’Etat des plans dont l’efficacité sinon l’imagination se révèle bien faible ; 
  • le but du bureaucrate étant de donner l’illusion d’un gouvernement même si l’administration fonctionne à vide, en fait de gouverner une population infime en ignorant la société majoritaire. 

Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités Expert International en management stratégique

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Bachir ARIOUAT

Monsieur, vous le savez très bien, il s'agit de la pire des utopies, comme cela n'a jamais cesser d'exister en Algérie, et cela continuera tant que le peuple Algérie enfouira sa tête dans le sable, faisant semblant de ne rien voir et rien entendre et qu'il se cachera derrière leurs femmes dans l'espoir de se protéger.

Que vous fassiez une analyse objective ou une analyse subjective, cela ne changera rien, tant que les juges, les avocats, les mafieux, les gouvernants, mangeront ensemble dans des assiettes dorées d'or et ils se nourrissent entre eux, en milliard de dinars, voir de dollars et que le peuple Algérien ne dit cela continuera, vos articles bidons ne serviront à rien, si ce n'est à dire faire l'éloge que tout va bien et que les choses s'améliorent, alors qu'en faite sur le terrain c'est de pire en pire.

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Walid Sdak

... Max Weber et non Marx Weber ! et quand on parle de Marx, généralement il s'agit de Karl Marx

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