41% des dépenses proviennent de 10% de la population aisée algérienne

Les richesses se concentrent entre les mains d'une minorité d'affairistes algériens.
Les richesses se concentrent entre les mains d'une minorité d'affairistes algériens.

L’enquête de l’Office national des statistiques (ONS) s’étalent de 2000 à 2011 dont les conclusions viennent d’être rendues publiques le 8 novembre 2013 est intéressante dans la mesure où elle dévoile pour la première fois qu’existe une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité certainement pas les entrepreneurs créateurs de richesses mais d’une minorité spéculative mue par la consommation.

Cette enquête nécessite néanmoins des enquêtes complémentaires indispensables sur la répartition du revenu national et ce pour une plus grande visibilité et cohérence dans la politique économique et sociale.

A- Les principales conclusions de l’ONS

1.- Selon cette enquête, les dépenses annuelles des algériens ont triplé en l’espace de dix années, étant passées d’un peu plus de 1500 milliards de Da en 2000 à environ 4500 milliards de Da en 2011 donc une dépense moyenne mensuelle de l’ordre de 59 700 Da mais avec des disparités coefficient 2,4 en zone rurale contre 6,1 en zone urbaine. La part des biens alimentaires représente 46% en zone rurale contre 40% en zone urbaine. La part du logement vient en seconde position avec 20,4% suivi du transport/communications avec 12% et habillement/chaussures, 8% mais là aussi avec des disparités entre la zone rurale et urbaine.

2.- Environ 20% des Algériens, (la couche la plus aisée), représentent 40% des dépenses annuelles des ménages, ayant dépensé 7,4 fois plus que les plus défavorisés

3.- 10% des Algériens les plus aisées ont dépensé 26% du total des dépenses des ménages et 80% de la population ayant absorbés les 60% des dépenses

4.- En ce qui concerne la nature des produits consommés et achetés, cette enquête révèle que 41% des dépenses des populations proviennent de 10% de la population aisée et 28% des populations les plus défavorisées.

B- Remarques

1.- Des données globales d’accroissement tant de la dépense que du revenu global au niveau macro-économique n’ont aucunes significations pouvant cacher des disparités criardes d’où l’importance se saisir le lien dialectique entre le mode d’accumulation, la répartition du revenu national et le modèle de consommation entre les différentes couches sociales. Aussi, afin d’avoir une interprétation correcte, aurait-il été plus pertinent de faire un enquête sur la répartition du revenu national par couches sociales : combien les 10% des couches aisées s’accaparent-ils en % le revenu national. Exemple : quel est le pourcentage de ceux qui gagnent (salariés et indépendants ) entre 10.000 dinars et 50.000 dinars par mois net ; le pourcentage de ceux qui gagnent entre 50.000 et 100.000 ; le pourcentage de ceux qui gagnent entre 100.000 et 200.000 dinars ; le pourcentage de ceux qui gagnent entre 200.000 et 400.000 dinars, le pourcentage de ceux qui gagnent entre 400.000 et 500.000 dinars et la strate supérieure 500.000 dinars et plus. Car au sein des zones rurales et urbaines, la (délimitation géographique n’étant pas pertinente), existe des disparités sociales où d’ailleurs la configuration de l’espace urbanistique préfigure la future structuration sociale.

2.- Liée à la question précédente, comme l’économie algérienne est une économie rentière , le pourcentage de corrélation entre la rente des hydrocarbures et le pouvoir d’achat des algériens entre 2000/2011 incluant bien entendu l’évolution des subventions non ciblées( plus de 20 milliards de dollars pour la loi de finances 2014) et donc profondément injustes, celui qui perçoit 5000 euros en bénéficiant comme celui qui perçoit 100 euros par mois. L’on devra quantifier également en plus du revenu net les avantages dont bénéficient certains hauts fonctionnaires (téléphone, voiture, logement etc ). A cela doit s’ajouter impérativement l’analyse des surcoûts des projets (mauvaise gestion ou corruption) et à travers l’analyse de la balance des paiements utilisant la méthode résiduelle de la banque mondiale, le montant des transferts illicites de capitaux. Car ce sont des revenus captés illégalement qui s’ajoutent aux revenus légaux d’une minorité, qui souvent a un modèle de consommation largement supérieur aux ménages moyens occidentaux.

3.- Afin de corriger la politique socio-économique, il est fondamental de structurer le revenu national et celui de la dépense de consommation entre les emplois productifs, indirectement productifs (santé éducation) et les secteurs non producteurs de valeur bénéficiant d’un transfert comme le commerce et les administrations. Privilégie t- on les emplois rentes ou les emplois créateurs de valeur et quelle leur part dans la répartition du revenu national ? Comme il y a lieu de raisonner en termes réel et non nominal tenant compte de l’évolution de l’inflation entre 2000/2011, en réactualisant l’indice de calcul (l’INSEE le fait par catégories socioprofessionnelles), car, le besoin est historiquement daté : être connecté à internet et avoir un ordinateur est aujourd’hui un besoin.

4.- Quel est le poids de la sphère informelle, qui représente 50% de la superficie économique et selon nos calculs à partir de la masse monétaire en circulation des données de la banque d’Algérie contrôlant plus de 62 milliards de dinars en 2012 avec une concentration financière, produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat, ( et donc de la logique rentière). Tout se traite en cash, avec une intermédiation financière informelle. Quelle est la part des emplois informels au sein de la population active qui dépasse en 2013 onze millions ? L’on devra distinguer la sphère informelle productive de la sphère marchande dominante en Algérie. A ce titre quel est le revenu structuré par catégories, ( travail au noir des femmes et des enfants souvent à un salaire inférieur au SMIG) et son poids dans le contrôle des biens de consommation (marché des fruits et légumes, du poisson, de la viande blanche/rouge ; textile/cuir) ?

5.- Quelle est la part au sein de cette dépense des produits importés et de ceux produit localement, du fait que plus de 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% ? La facture des produits alimentaires, qui représente 17,8% de la structure globale des importations algériennes, s’est élevée au uniquement pour les premiers mois 2013 à 5,05 mds usd contre 4,4 mds usd durant la même période en 2012, en hausse de 14,96% (657 millions de dollars) selon le Centre national de l’informatique et des statistiques (Cnis) des Douanes. L’enquête montre que c’est une minorité 10% qui poussent, via la rente des hydrocarbures, à l’accroissement des importations de biens de consommation. En donnant 28% seulement de la consommation de la majorité de la population, cela peut signifier une généralisation de la sous nutrition et explique en partie les maladies chroniques et l’importation excessive de médicaments (1,9 milliard de dollars en 2012). Les plus pauvres ne peuvent pas acheter par exemple la viande dont le kg dépasse les 1400 dinars (14kg de viande équivaut au SMIG l’algérien de 20.000 dinars net par mois, certains retraités touchant moins) où des fruits dont le prix dépasse l’entendement humain. Il aurait fallu scinder la dépense par catégories sociales entre les produits bénéficiant des subventions achetés en majorité par les pauvres (lait, farine, huile) des produits non subventionnés obéissant à la loi de l’offre et la demande pour avoir une meilleure perception de ces 28%. Et là on revient au pouvoir d’achat réel éclaté par catégories sociales et déflaté par l’inflation. Et dans ce cadre, une analyse en dinars courants additionnant des biens au prix subventionnés et des biens obéissant au marché libre), biaise les données car l’important est d’avoir à la fois la valeur et le volume consommé par catégories sociales. 

En résumé, il ne faut pas verser dans la critique négative, cette enquête pour la période 2000/2011 (la tendance a dû s’accélérer entre 2012/2013) est déjà un bon point de départ qui confirme les analyses de l’étude sur la politique de l’emploi et des salaires en Algérie réalisée pour le compte du gouvernement, sous ma direction entre 2007/2008 (1), un Etat riche (allant vers 200 milliards de dollars de réserves de change fin 2013) et une population en majorité pauvre. Cela créé un sentiment de frustration ayant des incidences politiques et économiques, une crise morale, ne pouvant pas mobiliser une population frustrée par l’injustice sociale. Cela explique les mouvements sociaux qui tendent à se généraliser où tous les segments de la société veulent leur part de rente et immédiatement quitte à conduire le pays au suicide collectif. Cela renvoie à la moralité sans laquelle aucune Nation ne peut avancer, la distribution passive de la rente des hydrocarbures pour calmer le front social étant une solution illusoire, vision de court terme. Il aurait été donc plus cohérent que l’ONS donne d’abord la répartition du revenu national et ensuite le modèle de consommation qui est fonction lui-même du revenu par couches sociales. Mais l’arbre ne doit pas cacher la foret et les apparences ne doivent pas voiler l’essence à savoir le fonctionnement réel de la société algérienne qui interpelle d’ailleurs toute la politique socio-économique de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales. 

Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités –Expert International en management stratégique

(1) Le professeur Abderahmane Mebtoul a dirigé une importante étude, regroupant des experts de différentes disciplines pour les pouvoirs publics algériens «politique de l’emploi et des salaires en Algérie» toujours d’une brûlante actualité dont l’enquête 5 années après de l’ONS confirme les prévisions (Alger- 10 volumes 980 pages- 2007/2008) -où avait été déjà démontré la tendance à la concentration des revenus et la faiblesse d’une politique salariale encourageant les segments productifs.

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Khalida targui

non une societé bien equilibrée, SEllal dit qu'il ne partira pas et le DG de el yatima dit qu (il n'y a pas de debat politique because il faut pas frapper sur tab djinanou c'est deja tayab et l'Algerie de Boutef vient d'avoir un siege dans le truc des Droits de l'Homme donc tout baigne, c'est nous qui somes pas equilibrés

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R A M E S S E S II

EN gros une société déséquilibrée du point de vue, social, économique, une dérive dangereuse pour la stabilité du pays. Comment remédier à ça, des voies s'élèvent pour reconduire un vieux malade de ses égoïsmes, un premier ministre qui ne sait pas quoi faire avec les milliards, les généraux ne lisent plus comme avant, ils s'occupent de leurs salaires que du pays, des députés es augmentations au lieu des lois de la protectorat d'Algérie, le peuple aux abonnés absent, et des pauvres à la pelle!

200 milliards c'est 5 bonnes années et adieu l'Algérie, et nous avec!