Les faux chiffres de chômage du ministre du Travail

Tayeb Louh, ministre du Travail
Tayeb Louh, ministre du Travail

Le ministre du Travail donne depuis des années des chiffres erronés sur le taux de chômage réel en Algérie, induisant en erreur les plus hautes autorités du pays et la population algérienne. Pour preuve, les tensions sociales actuelles dans la majorité des wilayas où les chômeurs en majorité des jeunes diplômés ou non, par millions réclament du travail. Comment fera-t-on, pour absorber la sortie uniquement pour l’enseignement supérieur de 2 millions d’étudiants horizon 2015/2017 ?

Paradoxe, avec le taux officiel annoncé, l'Algérie ne devrait pas connaitre de remous sociaux Pourquoi donc ces données euphoriques déconnectées de la réalité sociale ? Connaissant parfaitement le dossier, ayant eu à diriger un audit sur l’emploi et les salaires pour les pouvoirs publics entre 2007/2008, avec un diagnostic serein et des propositions concrètes (1), je tiens à faire les remarques suivantes déjà contenues dans ce rapport.

1.- N’a-t-on pas assisté au communiqué de l’APS en date du 08 aout 2011 je le cite "quelque 1.090.435 emplois ont été créés durant le 1er semestre de 2011, indique un bilan des services du Premier ministre". Le Premier ministre a-t-il été induit en erreur par le ministre de tutelle ? D’après ce communiqué en Algérie le chômage était déjà en 2011 en voie d’éradication. Pour le ministre du Travail, le taux de chômage s’établirait à 15% en 2007, 11,3% ente 2008/2009, 10,2 % en 2010, 10% en 2011 et 9,5% en 2012 sur une population active estimée à environ 11 millions fin 2012. Cela signifie qu’avec une demande additionnelle d’emplois d’environ 350.000/400.000 par an, minimisant d’ailleurs la demande féminine , que le taux de croissance réel a permis en plus d’absorption de ce flux, de réduire le stock précédent Or, existe une loi économique valable pour tout pays, le taux d’emploi est fonction de l’entreprise, ne créant pas des emplois par décret du taux de croissance et des structures des taux de productivité, la crise mondiale actuelle étant une crise de la sphère réelle.

Comment avec un taux de croissance selon les rapports internationaux de 3% entre 2004/2012 peut-on avoir créé autant d’emplois, malgré une dépense publique entre 2004/2012 d’environ 500 milliards de dollars alors que le taux de croissance aurait dû être entre 10/15% ? Mauvaise allocation des ressources, mauvaise gestion avec des surcoûts exorbitants et corruption expliquent cette situation. En fait, le pays dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport aux pays similaires du niveau du bassin méditerranéen selon une récente étude pour la région MENA. Des calculs précis que je peux mettre à la disposition des lecteurs, montrent clairement que sur les 6% de croissance hors hydrocarbures officiellement 80% l’ont été par la dépense publique via les hydrocarbures et que les entreprises évoluant dans le cadre des valeurs internationales contribuent à moins de 20% du produit intérieur brut. Pour preuve l’Algérie exporte 98% en hydrocarbures brut et semi-brut et importe plus de 70% de ses besoins. Toujours dans ce cadre, 70% de la dépense publique ont été absorbés par les infrastructures (dont BTPH) qui ne sont qu’un moyen, l’entreprise et le savoir étant dévalorisés. ? Pour preuve, le poste services est passé de 2 milliards de dollars en 2002 à plus de 12 milliards de dollars fin 2012 avec ce paradoxe fuite des cerveaux algériens et appel à l’assistance étrangère. Après la fin des chantiers que deviendront ces milliers de travailleurs en espérant une non-chute brutale du cours des hydrocarbures due à la crise mondiale. A-t-on médité la crise immobilière en Occident et notamment en Espagne ? L’actuelle structuration économique et les différentes institutions chargées de promouvoir l’investissement et l’emploi organes bureaucratiques se sont avérés un véritable échec avons nous noté dans notre rapport en 2008. Le peu de performance est confirmée par la tertiairisation de l’économie (83% de la superficie économique), la dominance des entreprises unipersonnelles à responsabilité limitée (Eurl) 48,84%) suivies des sociétés à responsabilité limitée (Sarl) 41,96%). Fait plus grave, l’ONS confirme certaines enquêtes au niveau de l’ANDI et l’Ansej où les dépôts de bilan dépassent 40% ces cinq dernières années, c’est-à-dire d’entreprises radiées du répertoire des entreprises pour cessation d’activités

2.- Il ne suffit pas de donner des intentions mais les réalisations effectives en distinguant la part devises et la part dinars, tant des équipements que des entrants, le tout afin de dresser une balance devises prévisionnelles non biaisée, tenant compte de la concurrence internationale. Quel a été le devenir des projets qui ont bénéficié des avantages financiers et leur durée de vie et le nombre de faillite ? Cette euphorie actuelle où la majorité des jeunes déposent des dossiers à Ansej se concrétiseront-ils par l’émergence d’entrepreneurs dynamiques alors que ceux déjà installés souffrent des contraintes d’environnent (bureaucratie, système financier inadapté, foncier, rareté et la main d’œuvre qualifié adaptée) ? A-t-on tenu compte des sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques, la productivité du travail en Algérie selon les rapports de l’OCDE étant une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen. Il s’agit de ventiler les emplois à valeur ajoutée, des emplois non productifs ou faiblement productif (le commerce de détail connaît une implosion selon le dernier recensement du registre de commerce), des temporaires qui constituent le plus gros des effectifs. Dans ce cadre, quelle est la structuration des effectifs recrutés par niveau de qualification, la ressource humaine étant une richesse bien plus importante que toutes els richesses d’hydrocarbures ? Enfin quelle est la part de l’emploi informel en distinguant les emplois à valeur ajoutée et de la sphère informelle marchande spéculative dominante Le taux officiel redressé par les sureffectifs, les emplois fictifs temporaires, le taux de chômage ne fluctuerait-il pas entre 20/25%. C’est que les Algériens vivent dans la réalité et ne mangent pas les chiffres. Car, comment mener une bonne politique sans avoir un tableau de bord clair évitant de falsifier les données. Il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité, ni verser dans la sinistrose, ni dans l’autosatisfaction, source de névrose collective.

Les Espagnols n’ont pas honte d’affirmer que le taux de chômage est de 24% du à la crise économique. Invoquer des données qui ne correspondent pas à la réalité surtout à l’ère d’internet où le monde est devenu une maison de verre, favorise tant le divorce Etat/citoyens que le discrédit de l’Algérie au niveau international. C’est que corrigé, le taux de chômage et le taux de croissance officiel sont des taux artificiels irrigués par la rente des hydrocarbures avec des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social. Il en est de même pour l’inflation que l’on comprime artificiellement par des subventions généralisées et non ciblées source de gaspillage et de fuite de produits hors des frontières, donc avec des impacts mitigés sur le pouvoir d’achat des Algériens, faute de production suffisante et de mécanismes clairs de régulation avec la dominance de la sphère informelle qui contrôle les principaux segments clefs des produits de première nécessité. Cela traduit les liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de cette sphère, de la nécessité de la transition d’une économie de rente à une économie hoirs hydrocarbures, qui renvoie à une autre gouvernance. Et à l’urgence d’imaginer dès aujourd’hui un nouveau modèle de consommation énergétique car l’Algérie sera importatrice, tenant compte de la forte consommation intérieure, des exportations extrapolées car dépensant (équipement et fonctionnement) sur la base d’un cours de plus de 100 dollars, de pétrole horizon 2020 et de gaz conventionnel horizon 2025/2030. Sans cela, ce sera la révolution sociale permanente avec des incidences politiques désastreuses.

En conclusion, je considère que le rôle d’un cadre de la nation, de l’intellectuel n’est pas de produire des louanges contreproductives mais d’émettre des idées constructives, base de l’action concrète, par un discours de vérité pour faire avancer la société. Notre seul souci, servir les intérêts supérieurs de l’Algérie, au moment où d’importants bouleversements géostratégiques s’annoncent. Dans ce cadre, je suis prêt à un débat public contradictoire productif au niveau des télévisions algériennes animé par des journalistes spécialisés avec le ministre du Travail. La population algérienne qui est en droit de savoir jugera. 

Abderrahmane Mebtoul, professeur des Universités, expert international en management stratégique

(1) Le professeur Abderrahmane Mebtoul a dirigé pour le compte des pouvoirs publics avec une équipe pluridisciplinaire complexe entre 2007/2008 un audit sur l’emploi et les salaires (9 volumes 980 pages ) toujours d’une brulante actualité au vu des tensions sociales actuelles.

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Commentaires (7) | Réagir ?

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amazigh zouvaligh

Tout ce qui a été fait depuis 1962 repose sur du faux et usage de faux à commencer par notre histoire plusieurs fois millénaire et à laquelle on veut copier l'arabité par tous les subterfuges !

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maissinissa ougaroudj

Y a pas que les chiffres du chômage qui sont faux, mais tout est faux en Algérie. L' Algérie elle-même est fausse, le peuple est faux, les fondements sont faux, les institutions sont fausse, l'identité elle-même est fausse............ ;

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