Edito : C'est la lutte qui change la vie, pas les urnes !

La passivité des acteurs politiques face aux attaques frontales et brutales contre nos existences confine même à la complicité. Pendant que le pays s’enfonce dans le sous-développement, et les Algériens dans la misère, les partis, animés essentiellement par une logique de pouvoir, sombrent un à un dans des batailles stériles sans lien aucun avec les réalités et les préoccupations sociales de la population…, comme s’ils étaient sourds au bruit des luttes, aveugles aux mouvements de révolte populaire qui défrayent la chronique et enflamment la rue.

L’indécente foire d’empoigne à laquelle se livre leurs partisans pour se faire désigner candidats aux prochaines élections communales nous donne la mesure de la vacuité et de l’indigence du débat électoral national, réduit à criailleries, chausse-trapes en tout genre, chicanes et interminables querelles sur des questions de leadership, ou de préséance pour l’assouvissement d’ambitions personnelles.

Pour ne pas faire injure aux Algériens affamés par les spéculateurs en plein ramadan, nous avons choisi de ne pas rendre compte de ces jérémiades dans nos colonnes. Le débat de ces élections, si tant est qu’on puisse appeler empoignades un débat, est à l’image de la classe politique qui l’imprime − inconsistant et limité. Etranger aux préoccupations de la majorité des Algériens, il ne fait que dresser de nouvelles barrières, renforcer la méfiance et le rejet ; désormais, la distance entre la société civile et les organisations politiques, déjà perceptible en temps normal, est devenue en cette période de course aux sièges une véritable fracture, aussi grave et profonde que celle séparant le pouvoir de la population.

Le paysage politique algérien est une sorte d’auberge espagnole où chacun mange ce qu’il ramène, du moment qu’on ne dérange pas l’ordre établi par les maîtres des lieux, à savoir le Pouvoir en place. On y voit se bousculer des candidats au poste de «représentant du peuple», délégués par des partis conçus par des officines, des formations sans tradition ni expérience, sans bagage conceptuel ni projet, objectivement inaptes à saisir les attentes d’une société en voie de paupérisation, à être en phase avec le mouvement social d’un pays qui redécouvre la malnutrition et les maladies venues des temps les plus sombres de la colonisation ; des partis qui s’interdisent une quelconque vocation à représenter des intérêts autres que les leurs propres. On ne sait rien de leur programme… Mais en ont-ils seulement un programme ? Quelle que soit la compétition à laquelle ils participent, ils n’abordent les questions sociales que du bout des lèvres et pas du tout celles économiques, un domaine réservé et, de toutes les façons, auquel le bon peuple, présumé superficiel et ignare, est supposé ne pas s’intéresser. Et pourtant ! Les véritables enjeux sont là, précisément dans ces thèmes qu’on se garde d’aborder. Cette manière de faire l’impasse sur ces sujets, d’escamoter le débat montre la limite des projets portés par les futurs élus. Pour tout discours, ils n’ont que ces mots à la bouche : rupture, changement politique. Discours ressassé, rabâché, transformé en panacée universelle, qui a figé le débat depuis plus d’une décennie sur le thème unique : le pouvoir politique. L’engagement des luttes autour de la question exclusive de la politique politicienne a coupé les liens des partis avec le mouvement social qui reste − l’histoire nous l’enseigne depuis toujours −, le véritable moteur du changement. La polarisation sur la seule dimension «politique» détourne inévitablement d’un quelconque intérêt pour les luttes sociales.

Changement politique, oui…, et APRÈS ? Qui va enfin oser parler de cet «après» , oser s’aventurer hors de ce sentier battu, quitter les débats balisés, et s’ouvrir à des initiatives nouvelles centrées sur des problématiques sociales, économiques, écologiques urgentes, qui conditionnent tout autant, sinon plus, la question du pouvoir politique, le devenir du pays.

Pendant longtemps, le piège électoral, celui que les libertaires réfractaires aux faux-semblants de la démocratie bourgeoise qualifient avec humour de piège à c…, a fonctionné à merveille en Algérie ; aujourd’hui encore, une grande partie de la classe politique y est enfermée mais, depuis avril 2007, des milliers d’Algériens ont réussi à s’en échapper. Auraient-il enfin compris que ce n’est pas un bulletin de vote qui transformera leur vie, mais leurs luttes ? Qui sait ? La rentrée sociale qui s’effectue aujourd’hui devrait être chaude et combative, la riposte syndicale d’envergure qui se prépare est une façon magistrale de rompre avec la critique exclusive de l’instance politique.

Où seront «nos» futurs élus quand les syndicats autonomes lanceront leur offensive ?

Ghania Hammadou

8 réflexions au sujet de “Edito : C'est la lutte qui change la vie, pas les urnes !”

  1. C?est cette volonté de vouloir à tout prix édifier une nation avec l’héritage d?une barbarie d?un autre âge qui est à l’origine de la claustration de l’Algérien dans le degré de civilisation zéro. En imposant le barbarisme arabo-islamique comme culture, le pouvoir, jouant contre la force du temps et du progrès humain, a privé le pays de connaître son évolution naturelle. La politique culturelle du pouvoir qui consiste à perpétuer une idéologie rétrograde née d?une histoire barbare vieille de plus de 14 siècles anéantit tout espoir de transcender les contradictions et les traumatismes de notre mémoire violée pour s?inscrire sur l’orbite du monde civilisé. La seule thérapie pour le pays est de changer radicalement son orientation culturelle. Quand on fait du barbarisme une culture qu?on impose à tout un pays, il est clair qu?on va à l’encontre de la modernité et de la civilisation. Les partis politiques algériens, à l’instar du pouvoir obscurantiste, ne sont que l’expression d?une catastrophe culturelle où même la représentation spirituelle- sensée être bienfaisante- est fondamentalement maléfique.

  2. je salu ghania vos positions(du moins ceux recentes) que je partage ;notamment les elections sont des solutions attrappe-nigaux.la solution pour notre pays, helas il nya pas(pour l’instant).les pouvoirs partagent bien la rente, les seuls lézés sont ceux qui vous ressemblent(le reél ce n’est pas vos lectures ni votre culture universelle encore moins votre logique et ton raisonnement).le reel, il ya ceux qui sont malins et les bouh hiouf et tant qu’il ya du petrole et le coran(religion)!! cela ne va pas dire qu’il faut baisser les bras.

  3. Mr. Lounés Tafrara dit: " En imposant le barbarisme comme culture arabo-islamique comme culture, …"
    Il ne faut pas mélanger l’Islam à toutes les sauces. Il y a un problème de démocratie en Algérie, c’est tout, mais l’attribuer directement à l’Islam c’est aller vite en besogne. Le principal obstacle à la démocratie en Algérie n’est pas l’Islam, et c’est ce que vous voulez nous faire comprendre, mais le régime en place. La confusion entre Islam et non-démocratie est entretenu par les mouvements politiques dépourvus de programme économique et qui rassemblent leurs forces d’opposition autour de l’Islam.
    Je finirai par vous faire remarquer que le système algérien est beaucoup plus prés de Mussolini que des Ayatollah, en gros on est entre une dictature et la mafia plutôt qu’entre le coran et Salah eddine el ayoubi.
    Je vous remercie pour votre compréhension.

  4. Le poste 3 merci lire ainsi :
    "…Le principal obstacle à la démocratie en Algérie n’est pas l’Islam, et c’est ce que vous devez comprendre…"

  5. Oui ce n’est pas les urnes ou dominent les partis-etat et les islamistes(ne pas confondre islam et islamistes) qui amélioreront la vie du citoyen, au contraire.Un changement politique permettra
    le retour du Matin, cette liberté necéssaire aux syndicats, aux partis politiques, aux associationx de défense du consommateur…de s’organiser librement, au jeune soldat de fumer sa cigarette librement une mise hors la loi définitive de ceux qui se servent de la religion de mettre en prison tous ceux qui sont responsables de cette tragédie et de liberer tous ceux qui sont en prison injustement
    à l’exemple du patriote Gharbi Mohamed Tounsi; enfin le changement politique qui permettra de consolider la démocratie en instituant la laïcité, de faire une répartition des richesse plus équitable d’élliminer les entraves dont la corruption pour encourager les investissements productifs et lutter contre le chomage….Ce n’est pas des réformettes ou l’accusation d’une des institutions de l’Etat qui aménera le changement….

  6. Cinglante analyse. Oh combien ! Reflétant la réalité de la situation dans laquelle est confinée la classe politique. Cette, supposée, opposition qui n?a de cela que le nom, une chargée, plus, de mission ayant plus le soucis d?obéir à cette ligne de conduite que ses concepteur lui ont imprimés dés sa naissance. On les voit se comporter, sans gène, sans se soucier de ce que peut penser cette population qu?ils ont sensé représenter et ouvrer pour son bien être. On les voit se chamailler entre eux déjà comme des vautours à l’assaut d?une proie, avant d?entrer en courses avec les autres vautours aux couleurs différentes des leurs. Ils n?ont plus le souci d?entretenir une certaine image acceptable de la politique, pour eux, tous, y a que le résultat qui compte. Ils avouent de par cette attitude leur filiation, bâtarde, à ce système depuis que ce dernier leur a donné naissance. Brillant par leur absence de tout ces rendez-vous, de ces combats dont ils devaient être les portes paroles et être un contre poids au pouvoir qui ne cesse de déployer son oppression pour finaliser la prise en otage définitive de tout le pays. Ils sont finalement les plus sure alliés de l’islamise qu?ils servent à leurs manière, le pouvoir étant là juste pour se servir des uns et des autres à sa guise. Ils savent rentrer au bercail comme des gentils toutous qu?ils sont, une fois la foire des élections terminée en laissant derrière eux ce vide sidéral. Au final ils auront fait détester la chose politique à la majorité d?entre nous en imprimant l’idée que les algériens ne sont mûr que pour être cette image toute sale et toute noir qu?on veut leurs imprimer.
    Il ne sert plus à rien de voter dans ce pays, toute les voix seront récupérées dans un même seau au final.
    On a vu que les dernières élections législatives ont fait réagir le pouvoir de par le taux d?abstention, la seule chose encore qui leur fait peur. Chose qui signifierait le divorce total entre la société et le pouvoir qui s?en trouverait de fait isolé et étalerait finalement sa totale illégitimité.
    Il serait mieux encore de préserver nos énergies pour ces luttes que la société doit mener d?elle-même pour se libérer de ce pouvoir et de tout ses relais. L?acte de voter serait cautionner encore la descente aux enfers à la quelle on est voué.
    Laissons les entre eux, se chamailler s?ils veulent et s?entre tuer même s?ils le veulent, ils n?ont rien à faire de notre misère alors pourquoi nous intéresser à leurs futurs petit privilèges de chargés de mission.

  7. Une spécificité algérienne : Voter contre soi-même.

    Participer aux élections organisées par une dictature barbare, c?est se conduire en traitre qui n?a aucun respect pour les Algériens parce que la participation aux échéances électorales sert uniquement à prolonger les malheurs de l’Algérie et à pérenniser un système colonial arabo-islamiste barbare qui condamne les Algériens à vivre comme des bêtes étrangères sur leur propre terre. Voter sous ce régime barbare c?est vouloir tout le mal du monde à l’Algérie, c?est accepter l’humiliation éternelle de l’Algérien, c?est refuser la liberté, c?est tourner le dos à la paix et au progrès. Il n?y a au monde que les Algériens qui votent pour approuver un système dictatorial et despotique qui est à l’origine de tous leurs malheurs.

    Les peuples du monde entier font tout pour se débarrasser de leurs oppresseurs, mais les Algériens font exactement le contraire depuis 62. Comment ne pas être tenté de tirer sa révérence à un peuple qui soutient une dictature sanguinaire et qui s?y plait à être l’esclave éternel du barbarisme mahométan?

  8. Je suis tout à fait d’accord avec vous Ghania, il faut croire à la lutte permanente et à la force de ses idées. Les louvoiements, les dérobades et les compromissions motivées l’égoisme et les solutions de facilité n’ont jamais servi les grandes causes .Comme vous, je ne crois pas non plus à la magie de l’urne dans une démocratie voulue spécifique, minée par les fossoyeurs de l’Algérie indépendante et dans une société asservie, endoctrinée et complètement prise en otage.

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