H. Abdeljabbar le grand manitou de la Cour des comptes d’Oran cherche toujours quelqu’un qui connait Benchicou.
Pour lui servir d’intermédiaire. Il y a un joli logement à la clé. Les mauvaises nouvelles s’accumulent ces dernières semaines. Sa couverture prend l’eau, son ami et protecteur le vieux président d’Alger a eu un malaise dans son bureau et risque de ne pas terminer l’année. Des informations circulent dans la ville sur une probable enquête au sujet du trafic immobilier dans lequel l’institution est impliquée. « Mains propres » d’Abdelmalek Sellal va peut-être commencer à Oran. Ce sera dit-on la première enquête de l’invisible office de répression de la corruption de M. Abdelmalek Sayah. Alors, Abdeldjabar s’affole. Tous les jours, avant de rejoindre son bureau, il fait un tour chez son prédécesseur A. Mohamed, surnommé El Haj. Pour le conseiller ?
Ce A. Mohamed, ce El Haj sorti riche comme Crésus et impuni, qui a su faire taire toutes les critiques, arroser amis et ennemis et coule une retraite de roi fainéant. Abdeljabbar accélère aussi les travaux de sa villa géante dans le quartier huppé de Seddikia en face de la frange marine. On ne sait jamais ce que l’avenir réserve. Dans son cabinet, on ne parle que de briques, de gravier et de sable et de coulage de dalles. Dans les bureaux, tous ses collaborateurs la jouent attristés, solidaires et font semblant de le soutenir et de l’aider.
D’Alger, personne n’appelle plus. Hier adulé, tous les jours appelé, aujourd’hui il est devenu un pestiféré. Il est accusé d’avoir été trop gourmand et attiré l’attention de l’ennemi sur l’institution et ses petits trafics. Lui est triste. Ah combien il a couru pour avoir cette place. Adieu veaux, vaches, cochons. Tous ses rêves de châteaux en Espagne, de harem, de milliards en dinars et en devises se sont évaporés. Le diable emporte le matindz !
Kadri Benouada
