Le Matin d'Algérie

Briser les enlèvements contre rançons d'Al Qaïda : mode d'emploi US

Le patron américain au Trésor pour la lutte contre le terrorisme et le renseignement financier, David Cohen, a appelé à l’urgence de briser le « cercle vicieux » des enlèvements contre rançons. Il estime que cette pratique est « la plus grande menace » en matière de financement du terrorisme, en particulier d’Al Qaïda au Maghreb islamique.

Dans une intervention intitulée « les enlèvements contre rançon : un défi croissant du financement du terrorisme », M. Cohen a exposé les enjeux de ce fléau dans le cadre d’une tournée effectuée, la semaine écoulée, en Europe où il s’est réuni avec plusieurs hauts responsables en France, en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni dans le but de développer une approche unifiée face à cette forme de financement du terrorisme.

A ce propos, il a observé qu’au Mali, en particulier, l’origine de la force des groupes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) provient de l’argent accumulé essentiellement à travers cette pratique. Le gouvernement américain estime que les organisations terroristes ont collecté environ 120 millions de dollars en paiements de rançons au cours des huit (8) dernières années: « Aqmi est probablement la branche d’Al-Qaïda qui a profité le plus des enlèvements contre rançon, en récoltant des dizaines de millions de dollars depuis 2008, et a encore recueilli des fonds importants pour ses opérations d’enlèvements au début de 2012 ».

Le patron américain de la lutte contre le financement du terrorisme a précisé que le montant moyen d’une rançon par otage payée à Aqmi est passé de 4,5 millions de dollars en 2010 à 5,4 millions de dollars en 2011: « Il devient de plus en plus clair que AQMI utilise les revenus générés par les enlèvements contre rançon afin d’élargir son champ et son influence », a-t-il soutenu.

Selon lui, certaines branches terroristes sont allées, parfois, au-delà de rançons. Il a fait savoir qu’une filiale d’Al-Qaïda avait même tenté d’extorquer des paiements annuels importants, s’élevant à des millions d’euros par an, auprès d’une société basée en Europe, en échange de la promesse de ne pas cibler ses intérêts en Afrique. Quant à l’utilisation des rançons, M. Cohen a expliqué qu’elles permettent aux groupes terroristes de financer l’ensemble de leurs activités, dont « le recrutement et l’endoctrinement de nouveaux membres, le paiement des salaires, l’établissement de camps d’entraînement, l’acquisition d’armes et de matériels de communication, la préparation des attentats et la formation de prochaines générations des groupes extrémistes violents ». Selon ses observations, les preneurs d’otages font, généralement, la distinction entre les gouvernements qui acceptent de verser des rançons et ceux qui refusent, relevant que Aqmi cible principalement les Européens du fait, a-t-il dit, que des gouvernements européens payent les rançons demandées.

A partir de l’ensemble de ces données, M. Cohen a préconisé trois « lignes de défense » pour lutter contre ce fléau :

  1. la prévention en proposant, entre autres, que les gouvernements ou les compagnies d’assurances, notamment, devraient publier des conseils aux voyageurs sur les zones à risque, notamment celles sujettes à des enlèvements contre rançon.
  2. La deuxième ligne de défense consiste à encourager les gouvernements à refuser de faire des concessions aux terroristes, mais tout en gérant la situation.
  3. Empêcher les preneurs d’otages de tirer profit du financement lorsqu’il est obtenu en essayant de suivre la traçabilité des fonds versés.

Rappelons que l’Algérie a plaidé à New York, en septembre dernier, dans le cadre du dispositif légal international contre le paiement des rançons aux groupes terroristes pour la libération d’otages, pour la criminalisation de ce fléau.

LM/APS

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