Au début, à son arrivée à El Mouradia, il a fallu que certains de ses conseillers, par des allusions, sous-entendus, insinuations adressés aux walis, aux directeurs généraux hôtes, aux maires, poussent à faire démarrer la machine.
Le président confiaient-ils à l’époque appréciait les cadeaux. Et en avant !!! Tout de suite c’est l’emballement. C’est à qui offrira le cadeau le plus original. Le plus beau. Celui qui a le plus de valeur. Ignorée par tous les anciens présidents, cette règle nouvelle est devenue une tradition. Une institution même. Certains walis le classe en tête de tous les préparatifs d’une visite présidentielle. Le cadeau de base, le minimum, celui qui est offert au président partout où il passe, c’est un cheval, un pur-sang, si possible un barbe, une race très appréciée dans les pays du Golfe, dont le prix n’est jamais inférieur à un million de dinars. Accompagnant le barbe, il faut toujours trouver quelque chose d’original, c’est bien précisé lors des discussions de la préparation de la visite. Certains walis sans imagination organisent des réunions pour se faire aider à trouver une idée de cadeau original. Les walis les plus malins, les plus appréciés aussi, ne cherchent pas loin, ils puisent dans les musées : des tableaux de valeur, des manuscrits, des sculptures sans prix, des objets de valeur, tapis, meubles. Les autres, ceux qui n’ont pas un musée, commandent des objets en or ou en argent massif, épées, statuettes, grosses clés de la ville, vieux tapis sans prix. Un wali a même offert à Bouteflika la dernière panthère algérienne empaillée, propriété d’une des communes de sa wilaya.
La remise a été faite publiquement et cela a fait beaucoup de bruit à l’époque. Maintenant, cela se fait discrètement. Entre quatre yeux. Sauf à la foire du livre, là ses amis passent le mot : « Cadeau, cadeau ! » et dans chaque stand il gratte. Tout ce qu’il touche est à lui ! Tous ces cadeaux passent de la sphère publique à la sphère privée et sont transférés tout de suite vers l’étranger car il n’existe pas actuellement en Algérie un endroit où sont gardés les cadeaux remis au président. D’ailleurs c’est sa famille qui s’occupe de tout cela. Son frère Saïd en particulier. Les ministres aussi ont suivi le mouvement et leurs chefs de cabinet ou chargés du protocole n’oublient jamais eux aussi de rappeler aux walis ou maires ou directeurs généraux hôtes de penser à cracher au bassinet ! Gare aux récalcitrants. Ils n’auront aucun projet à se mettre sous la dent. Pauvre Algérie !
Kouider Hassouna
