La rue de la Bastille c’est la rue la plus sale d’Oran. La plaie. Le marché informel le plus ancien. Elle bloque le centre-ville, la circulation dans des dizaines de rues depuis des années.
A certains endroits, la crasse atteint une épaisseur extraordinaire de 50 centimètres et les égouts y sont bouchés depuis la saint Glinglin. A deux cent mètres de là on la sent et on se bouche le nez. Elle s’est tellement étendue ces dernières années qu’elle occupe actuellement presque tout le centre-ville. C’est le premier vecteur de maladies et de délinquance de la ville ; on l’appelle le marché des voleurs ou l’antre des produits périmés. Elle n’est plus nettoyée depuis des années car les étals des vendeurs ambulants restent sur place à longueur de journée et la nuit elle devient un coupe-gorge. C’est le royaume des pickpockets.
Tous les walis qui sont passés par Oran n’ont rien pu faire (Sellal et Ould Kablia qui ont tous les deux été walis d’Oran sont dans le lot !). Les maires à Oran, en avez-vous entendu parler ? il n’y en a jamais eu ! Un wali courageux (Zoukh), il faut toujours reconnaître les Hommes avec un H, a prévu de la faire transférer dans une grande bâtisse abandonnée à quelques mètres de là, une ancienne cave à vin, il s’est cassé les dents. Qui dit lieu fermé dit contrôle possible, paiement des loyers, impôts etc… Après une vague de rumeurs l’accusant de tous les maux, tout le monde s’y est mis, car il a aussi touché d’autres intérêts, ce wali rare, courageux a été muté ailleurs (à Médéa). Aujourd’hui même après l’opération publicitaire et coup de poing d’Abdelmalek Sellal pour déloger les marchés informels, c’est la seule qui n’a pas été touchée.
Même les journaux locaux qui connaissent la musique et préfèrent parler de ce qui se passe à Benghazi ou à Tataouine et ignorer ce qui se passe sous leurs fenêtres (jamais un journal d’Oran n’a révélé quoique ce soit de malhonnête qui se déroule dans la ville) manipulés comme d’habitude avertissent : Attention ! La rue de la Bastille khat Ahmar !
Pourquoi ? Pourquoi ? C’est simple, ceux qui exploitent les commerces et y vendent les carreaux, parfois pour des sommes effarantes sont les indétrônables fonctionnaires qui tiennent la ville depuis des dizaines d’années et qui y font la loi. La wilaya d’Oran est la seule wilaya d’Algérie où de petits fonctionnaires possèdent des parts dans des journaux privés, des hôtels, des ensembles immobiliers, et où on y refuse les promotions… ailleurs ! On refuse des postes de directeurs de l’exécutif, chefs de daïra, ailleurs pour rester sur place sous-directeur, chef de bureau ou rien avec la complicité du ministère de l’intérieur !
El-Hbib Bouchelaghem
