Le Matin d'Algérie

Partis politiques : rush contrasté au scrutin local

Tous les partis politiques agréés se préparent à un rush aux élections locales du 29 novembre prochain. Ils justifient leur participation à ce scrutin par leur hantise du pouvoir et non par les élus locaux qu’ils sont censé présenter.

Le ministre de l’intérieur et des collectivités locales, Dahou Ould Kablia a donné le la hier : il a enjoint les partis politiques à désigner leur représentant aux bureaux de vote des urnes pour les locales du 29 novembre. Tous les partis politiques agréés, y compris de l’opposition, comme le RCD, se préparent à un véritable rush aux élections communales.

Pour les partis de la majorité présidentielle, il n’y a pas de doute : les urnes locales confirmeront le verdict des législatives du 10 mais ils restent tout de même sur le qui-vive car, d’ici cette échéance, les luttes intestines qui les minent peuvent changer la donne. En revanche, ceux dits de l’opposition assortissent leur participation au scrutin local d’arguments contraires à leur participation qu’ils considèrent soit comme une « fatalité » ou comme le dernier recours d’une opposition « régionale » afin de ne pas, considèrent-ils, livrer les communes au pouvoir.

Le Front des forces socialistes (FFS) se dit pouvoir jouer un rôle « important » dans les Assemblées populaires communales (APC) et de wilayas (APW), même s’il est « conscient » que les « prérogatives des élus locaux sont nulles » rappelant que son parti a participé aux dernières législatives dans l’objectif de « remobiliser la société et donner une nouvelle dynamique politique au parti. » Le FFS n’en est pas à sa première contradiction. Dans ses discours de campagne pour les communales, Ali Laskri n’a cessé de relever l’absence de l’Etat de droit, de l’indépendance de la justice, de dénoncer le « bricolage économique » mais ces critiques ne l’empêchent pas d’être dans les processus électoraux du pouvoir.

Le RCD qui a boycotté les législatives après avoir longtemps hésité, est traversé par les mêmes contradictions, celles qui consistent à se déclarer parti de l’opposition démocratique tout en louvoyant du côté du pouvoir. Mohcine Belabbas, le nouveau patron du RCD a justifié sa participation aux urnes locales en se posant plus de questions qu’il n’en a de réponses: « Peut-on laisser la gestion des affaires des collectivités locales à des individus qui ont montré leur absence de motivation militante et leur tentation de servir de levier au pouvoir qui utilise les structures de l’État pour menacer et soumettre les citoyens qui revendiquent leurs droits ? Peut-on laisser le pouvoir local à des élus par défaut ?” Il a illustré lui-même ce qu’il appelle l' »incohérence stratégique » en considérant un élu local comme un militant politique de l’opposition capable d’arracher « une parcelle de terre » au pouvoir alors que, ainsi que le reconnait le FFS, son pouvoir es « nul« .

De même, le Parti des travailleurs joue une opposition sujette aux « garantes » attendues du pouvoir. Louisa Hanoune feint de subordonner sa participation au scrutin local par des conditions restées lettres mortes lors des législatives du 10 mai. Elle a appelé à à l’élargissement des prérogatives de la commission de surveillance des élections et à un assainissement  des listes électorales. Elle a également exigé d’ arrêter ce qu’elle a qualifié de « pollution politique » générée par le département d’Ould Kablia qui distribue, selon elle,  à tout-va « des agréments à plusieurs partis« .

La mouvance islamiste dite de « L’alliance verte » qui regroupe le MSP, El Islah et En-Nahdha, après une hésitation, a annoncé sa participation aux prochaines élections municipales  en en faisant une tribune anti-gouvernement Sellal. Bouguerra Soltani a relevé un « grand fossé » entre le plan d’action de M. Sellal et le programme du Président de la République. Soltani s’est fait le champion de cette zizanie qu’il veut semer au sein même du clan présidentiel en relevant « l’absence de toute mention de la réconciliation nationale« . Les trois partis de « l’Alliance verte » ont, par ailleurs, saisi l’opportunité des locales pour en faire une tribune idéologique : ils appellent à la criminalisation des actes offensant l’Islam et le Prophète.

Les arguments défendus par les uns et les autres pour justifier leur participation aux élections communales, outre le fait qu’ils sont à quelques nuances près à leur OK aux législatives, relèvent du dilemme d’un choix cornélien: l’oeuf ou la poule? D’évidence, ces arguments tranchent avec les réalités du terrain local pour lequel ils optent tous, que ce soit pour les APC et les APW. Ceux qui sont encore des «élus» en fonction ont abandonné ce type de discours de campagne et sont, pour la plupart, éclaboussés par des affaires de corruption.

R.N

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