Le Matin d'Algérie

"Charlie Hebdo" se convertit au commerce du blasphème

Charlie Hebdo, un journal français satirique, habitué des scoops scandaleux, dont il fait sa ligne éditoriale, publie ce mercredi 19 septembre des caricatures sur le prophète Mohamed. Une opération purement commerciale.

Profitant de la crise qui secoue actuellement le monde musulman après l’affaire du film Innocence of Muslims, il espère ainsi faire gratuitement de la publicité à son canard en constante baisse de popularité depuis quelque temps. Surtout depuis le désaveux de son génie de caricaturiste Siné, qui l’a quitté en dénonçant son manque de professionnalisme, par sa soumission a des lobbys politiques et financiers puissants. Notamment, sa soumission et sa compromission avec le clan de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. Siné continue d’ailleurs de rayonner de plus belle par son travail, dont il donnait récemment énormément de bonheur aux visiteurs qui sont venus à la fête de l’Humanité, qui vient d’avoir lieu les 14, 15 et 16 septembre. Charlie Hebdo espère donc par cette affaire publicitaire et commerciale inespérée renflouer sa caisse et remonter sa cote de popularité. 

L’argument ici de la liberté d’expression ne peut pas tenir la route, car il enfreint une certaine déontologie de la presse, qui consiste à témoigner de l’injustice, des violations des droits de l’homme et de toutes les libertés dans le monde, y compris celle de la liberté d’expression. En s’attaquant à la personne du prophète Mohamed en ces moments troubles, il ne fait qu’exacerber la colère des masses musulmanes contre l’occident et renforcer son identification comme un ennemi acharné de l’Islam. Par cette action, ces caricatures, pas seulement n’aideront pas les musulmans à s’émanciper des aliénations nombreuses dues à l’emprise de la religion sur la société, mais vont plutôt renforcer le repli sur soi par une réaction de défense naturelle. Cette résultante sert en définitive, comme une aubaine, les théocrates, les dictateurs et les derniers parvenus au pouvoir sous la dénomination d’ »islamistes modérés« , qui vont renflouer à leur tour les urnes aux prochaines élections et sévir à leur aise contre leurs peuples, en les privant de tous leurs droits civils et de toutes les libertés fondamentales et bien évidemment de leur droit à la liberté d’expression. Paradoxalement, cette action au lieu de servir la liberté d’expression, elle vient plutôt la desservir.

La violation de la déontologie de la presse est d’autant plus flagrante ici, parce qu’il rajoute de l’oppression contre les masses arabes, en les blessant dans leur amour-propre, en s’attaquant maladroitement à leur croyance, dans laquelle ils sont maintenus par la force de la coercition et de la violence. Au lieu de dénoncer leurs oppresseurs, qui usent de l’instrumentalisation de l’idéologie religieuse pour les priver de tous leurs droits. Faire preuve de liberté d’expression et de respect de la déontologie de la presse, consisterait dans ce cas à dénoncer l’archaïsme des théocraties. Dénoncer les républiques de façade, comme celle de l’Algérie, qui fonctionnent comme des théocraties, avec le créationnisme comme fondement de l’éducation nationale, la charia comme source d’inspiration de la loi fondamentale et la persécution des blasphémateurs et des partis politiques progressistes et laïcs porteurs de discours émancipateurs pour leurs peuples. 

La déontologie de la presse et la liberté d’expression devraient inspirer plutôt ses auteurs à dénoncer les détournements de biens acquis sur le compte de l’instrumentalisation religieuse en privant les populations musulmanes de leurs droits sociaux. De dénoncer inlassablement le réinvestissent de ces biens mal acquis dans leurs pays en provenance de pays despotiques comme l’Algérie. Dénoncer surtout, par devoir en tant que « citoyens libres » dans des « pays libres« , la complicité et l’indifférence de leurs pouvoirs publics dans le cautionnement et la complicité avec ces pouvoirs despotiques.

Youcef Benzatat

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