Tandis que le conseil du gouvernement appose un « RAS » à la rentrée scolaire, les experts de la mosquée de Bouteflika et plusieurs rencontres religieuses qui se tiennent à Oran et à Sétif appellent à un islam sans « failles »…
Tous les regards officiels se portent sur la santé du sol de la grande mosquée d’Alger, dite « La mosquée de Bouteflika« . Gouffre financier, sur le chantier duquel s’activent jour et nuit, les armées chinoises, elle vient de faire l’objet d’une expertise de son assiette dont n’a bénéficié, jusque-là, aucune école de la République. Selon les informations rapportées par l’APS ce lundi, deux grandes expertises parasismiques ont conclu que le terrain sur lequel elle sera édifiée est « dur, sans failles et sans risques de liquéfaction » et que son système parasismique est « très performant capable d’absorber plus de 70% de l’accélération du séisme« . Toute l’Algérie peut s’écrouler comme un château de cartes, qu’elle sera la seule à rester debout, grâce à Dieu !
Parmi les premiers points abordés lors du conseil des ministres, on peut lire « la poursuite et la dynamisation de la moralisation de la vie publique » qui, par le terme de « moralisation » contient implicitement toutes les attentions technico-politiques dont fait l’objet cette mosquée dans laquelle le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Bouabdellal Ghlamallah, une « consolidation et consécration de l’indépendance nationale ! » Le « RAS » mentionné dans le communiqué du conseil du gouvernement pour la rentrée scolaire 2012/2013 n’a certainement pas été l’objet d’expertises parasismiques des écoles algériennes dont beaucoup en zones rurales sont encore d’anciennes casernes des SAS de l’armée françaises ou encore, celles construites dans les années quatre-vingt, débordées dans leur capacité d’accueil, ne sont l’objet d’aucune expertise de ce genre. A Boumerdès, après le séisme de 2003 qui révélé par ses ruines, l’immance trafic sur la fiabilité des matériaux de construction, plusieurs écoles primaires, collèges et lycées, continuent de fonctionner, surchargés, avec des failles. Ce « Rien à signaler » pour cette rentrée scolaire s’oppose nettement, scandaleusement, aux excédents d’informations données sur la mosquée de Bouteflika « troisième au monde après celle des lieux saints.«
Tandis qu’en cette rentrée universitaire qui a fait l’objet d’un « RAS » lors du conseil des ministres, l’université Ferhat-Abbas de Sétif abrite à partir d’aujourd’hui un séminaire international sur « L’éducation et la diversité religieuse en Méditerranée occidentale« . Cette rencontre, la quatrième organisée dans le cadre du projet de recherche EDIR (Education à la diversité religieuse) coordonné par le Conseil de l’Europe et regroupant des chercheurs universitaires s’intéresse à la « place accordée aux croyances et aux convictions religieuses et non religieuses à l’école« , aux « approches les plus fécondes pour développer la capacité des systèmes éducatifs à prendre en compte la diversité religieuse« .
Or, un simple regard dans les manuels de l’éducation religieuse utilisés dans les écoles privées et publics algériennes dans les classes du primaire suffirait pour attester que les programmes combattent la tolérance, font de l’islam le territoire des interdits et de la mort, une « tolérance zéro« . La traque policière des non jeuneurs et de ceux qu’on appelle encore aujourd’hui les « mtourni » (les Algériens qui ont embrassé la religion chrétienne) et que la justice algérienne considère comme une « atteinte à la sécurité de l’Etat » vient également mettre en doute l’objectif de ce séminaire qui se tient dans un contexte où Al Qaïda internationale a appelé le monde arabe à continuer ses attaques contre les représentations consulaires US à cause d’une petite vidéo alors que, faut-il le signaler, les « grandes » vidéos de Ben Laden, de son numéro 2, celles des ravisseurs d’Al Qaïda au Maghreb islamique, n’ont pas poussé le monde arabe, ainsi « offensé« , jaloux de l’islam et de la tolérance, à dénoncer ces appels à la haine et au meurtre. Qu’un tel séminaire se tienne en pleine rentrée universitaire des plus perturbée malgré le « RAS » laconique du conseil du gouvernement, laisse perplexe.
A Oran, l’Académie internationale de Fiqh musulman a appelé, hier, l’Onu à « criminaliser les actes et comportements portant atteinte aux religions révélées » et elle le fait dans un pays où cette « criminalisation » concerne plutôt des milliers de chômeurs qui prennent le large, où le terrorisme islamiste a bénéficié de tout le contraire de cette « criminalisation » : l’amnistie générale. Un conseiller au cabinet de l’Académie et membre de l’instance des oulémas d’Arabie saoudite, présent à Oran, s’est fait le porte-parole de la rue arabe enflammée. Nous n’accepterons jamais que les convictions et la sensibilité des musulmans soient bafouées« , a-t-il déclaré, au sujet du film américain. Un slogan par lequel ne manqueront pas de fleurir les associations religieuses pour l’imamat de Ghlamallah.
Si donc l’assiette de la grande mosquée de Bouteflika est sans failles, elle ne saurait faire oublier ou refermer les « failles » béantes d’un tel système de gouvernance hautement sismique.
R.N
