Le Matin d'Algérie

Jeux de ping-pong : Bouteflika, Sellal, Ghlamallah et consorts…

Tandis que le Premier ministre se fait le garant et le continuateur des réformes d’Abdelaziz Bouteflika, son ministre des Affaires religieuses, Ghlamalah, le prend au mot par un projet de création d’un clergé qui viendrait couronner la future Grande Mosquée du chef de l’Etat dont il a béni les fondations…

L’histoire immanente du gouvernement Sellal retiendra que sa première action ne vient pas d’un technocrate sur une mesure sociale attendue des citoyens, l’emploi des jeunes notamment, mais d’une décision cléricale prise par le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Bouabdellah Ghlamallah, reconduit à son poste sans commentaires.

Dès sa prise de fonction, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait déclaré que la priorité de son gouvernement était de « consolider les réformes de Bouteflika ». Ces propos ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. Puisque Ghlamallah a annoncé un véritable décret non pas seulement des modalités devant régenter les associations religieuses, mais la mise en place d’un vrai clergé dont il voudrait être à la tête, ne se suffisant pas d’un ministère dont ne dépend pas les autorisations de constitution d’associations religieuses. Ainsi, Ghlamallah a pris au mot, à la volée, les déclarations péremptoires de son Premier ministre, comme pour lui signifier que les premières mesures idoines à prendre pour cette « priorité aux réformes de Bouteflika » seraient celles qui viendraient accompagner la construction de la Grande mosquée de Bouteflika que Ghlamallah a béni en ces termes : « La Grande mosquée d’Alger est le symbole, voulu par le président de la République, du recouvrement de la souveraineté et l’indépendance nationales ». Pour Ghlamallah, ce n’est pas la guerre de Libération, les fondations des rébellions démocratiques de 1963, de 1980, 188, 2001 qui consacrent la souveraineté du pays, mais celles de la Mosquée « chinoise » de Bouteflika. A chacun ses repères décidément !

Cette même souveraineté nationale est reprise comme principal argument dans son projet d’une institution cléricale qui ne se contenterait plus de surveiller des croissants de lune ou de conduire les prières officielles de chaque fête religieuse, mais de devenir la gardienne idéologique – islamique – de la constitution algérienne pour la révision de laquelle le ministre de la religion entend peser de tout son poids face à un gouvernement qui semble avoir été nommé pour combler un vide institutionnel.

Que n’a-t-il pas fait ce Ghlamallah pour être maintenu à son poste, un poste qui d’ailleurs, s’avère être, contrairement aux autres départements, un supra ministère consacré par l’article 2 de la Constitution « l’Islam est la religion ». Récemment, pour soutenir du haut des minarets les réformes de Bouteflika, il a instruit ses imams sur la nécessité d’entreprendre une campagne d’éducation « sexuelle » auprès des jeunes fidèles en vilipendant les moeurs jugées dégradées de la société algérienne qu’il entend, via les mosquées, assainir. Parti en guerre contre les Algériens ayant embrassé d’autres confessions, il n’a pas caché sa satisfaction suite à la série d’arrestations, à travers plusieurs régions du pays, d’Algériens accusés de porter atteinte à la sécurité du pays, rien que pour avoir choisi la religion chrétienne.

Le Premier ministre Abdelmalek Sellal, ancien directeur des campagnes présidentelles de Bouteflika, semble, ainsi, avoir été pris au mot.

L. M.

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