Durant son séjour de trois jours à Alger, qui coïncide avec la nomination du gouvernement Sellal, la ministre déléguée en charge des Français de l’étranger et de la Francophonie, Yamina Benguigui, a abordé tous les sujets, dans une diversité dissonante et une morale surfaite avec le nouveau Premier ministre et les membres de son gouvernement.
Et d’abord, la prochaine visite à Alger pour laquelle François Hollande ne semble pas pressé, préférant l’envoi d’émissaires en vue de tester le terrain. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lors de sa dernière visite à Alger, dans le contexte du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie pour lequel les autorités françaises avaient exhorté Alger à la « retenue« , a laissé en suspens l’urgence de l’intervention militaire au nord du Mali rejetée par Alger. Or, la ministre déléguée chargée de Francophonie a passé outre cette question qui, certes, ne relève pas de son domaine de compétence, mais elle semble l’avoir enrobée dans une visite qu’elle a qualifiée d' »apaisée » de François Hollande au moment où les relations algériennes sur ce dossier précisément semblent distendues. Elle a notamment indiqué que le président français, M. François Hollande, arrivera en Algérie, avant la fin de l’année en cours, en affirmant que le futur entre les deux pays sera différent de ce qu’il n’a été jusqu’à présent. L’on ne sait ni comment ni pourquoi.
Yamina Benguigui est ainsi persuadée que la visite du président français, qui est en préparation puisque la visite du ministre français de l’Intérieur à Alger est annoncée dans cette optique, marquera « le point de départ d’un dialogue » entre les deux pays. Si Yamina Benguigui est persuadée que cette visite au sommet de l’Etat français est loin d’être « anodine« , elle a insisté, comme pour rassurer ses interlocuteurs algériens, sur le fait que le président français sera porteur de « nouveaux mots, un nouveau langage, un langage très humain » ? Fait-elle implicitement référence par opposition au discours prononcé par François Hollande à l’occasion de la fête du 14 juillet dernier lors duquel, s’exprimant sur la crise malienne, il a clairement opté pour une intervention armée au nord Mali afin de lutter d’abord contre Al Qaïda au Maghreb islamique qui présente un danger à l’échelle africaine et ce, au moment où Alger ne démordait pas de son option « diplomatique » et du recours au dialogue avec toutes les parties du conflit, y compris les groupes terroristes armés d’Al Qaïda au Mghreb islamique.
Ni avec le ministre des Affaires étrangères, ni encore avec Abdelkader Messahel, l’affaire des diplomates algériens retenus en otage au Mali n’a été évoquée et, notamment, le dernier communiqué du Mouvement pour l’unité et le Jihad en Afrique de l’ouest annonçant l’exécution d’un des quatre otages, le vice-consul Tahar Touati. Mourad Medelci qui avait promis de « vérifier » l’information a fait comme si de rien n’était, tout autant que le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Yamina Benguigui, puisqu’elle a évoqué la crise malienne, n’a fait qu’enregistrer une initiative bureaucratique, encore une de plus, celle de M. Messahel relative à la tenue d’une réunion des 12 pays Amis du Mali en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies qu’elle a qualifiée d' »initiative favorable » et qu’elle transmettrait au président Hollande et au ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, comme s’ils n’en étaient pas déjà informés.
Ayant été reçue par plusieurs ministres nouvellement nommés ou reconduits dans le gouvernement Sellal, la ministre déléguée à la Francocophonie a comme butiné à plusieurs domaines passant de la réédition en Algérie des oeuvres d’auteurs algériens de langue française avec Mme Khalida Toumi, la formation des formateurs avec le nouveau ministre de l’Education nationale, fustigeant la loi sur la colonisation positive adoptée puis avortée sous le gouvernement Sarkozy, affirmant avec un zeste de naïveté condescendante: « On ne mettra jamais de croix sur le passé colonial et d’ailleurs ce n’est pas la volonté de M. François Hollande, pour qui la visite en Algérie pèse lourd« , tenant à préciser, comme attester la véracité du propos, qu’elle était d’origine algérienne, reconnaissant que « beaucoup de maladresses dans les mots ont été constatées dans le passé » a rassuré la ministre déléguée à la Francophonie; une francophonie qui n’est pas indemne de tout soupçon, elle aussi, des « bienfaits » de la colonisation avait déclaré le chantre de la négritude, le regretté Aimé Césaire. L’hôte des autorités algériennes n’a pas été avare en propos gorgés de morale et de satisfecit à l’endroit des réformes engagées par Abdelaziz Bouteflika, la tenue des législatives, la nomination du « nouveau » gouvernement; autant d' »actes concrets » qui, selon elle, permettent de « relancer » les liens entre les deux rives.
Dans un récent entretien accordé au Journal Le monde, François Hollande a avoué que nombre de ses ministres étaient encore des novices en la matière et qu’ils se permettent d’avancer des propos qui dépassent leur domaine de compétence. Est-ce la cas pour la ministre déléguée à la Francophonie qui s’est exprimée sur la crise malienne sans en faire référence à la ligne stratégique défendue par François Hollande, laissant même suggérer que ce dernier allait la « ramollir » dans cette « bonne parole » (presque évangélique) prêchée par Yamina Benguigui.
N.R
