Le Matin d'Algérie

Algérie, un pays « réconcilié » tétanisé par la peur Par Hassane Zerrouky

Après le démantèlement du réseau ayant organisé le double attentat kamikaze du 11 décembre, puis l’arrestation de onze personnes impliquées dans l’attentat suicide de Thenia qui a fait trois morts le 29 janvier, les forces de sécurité sont sur les dents et multiplient les opérations visant à prévenir les risques d’attentats. Ainsi en est-il de cette décision de placarder les portraits de 39 présumés kamikazes en « vadrouille » sur les murs des commissariats de la région centre et ailleurs afin que la population aide à les neutraliser. De plus, des numéros verts ont été mis à la disposition de la population pour informer sur tout véhicule ou colis suspect. On apprend également, selon El Chourouq, citant des sources sécuritaires, que la Qaïda aurait décidé de réduire de neuf à quatre ses zones opérationnelles. En fait de réduction, il s’agirait plutôt d’une réorganisation en quatre grandes zones : le centre ( Alger, Boumerdes, Bouira et la Kabylie), l’est, le centre-ouest ( Blida, Médéa, Tipaza) et le sud ( Laghouat et l’extrême sud saharien). Autres signes montrant que la situation est préoccupante, d’une part cette décision de porter les effectifs de la police à 200 000 hommes au rythme de 15 000 par an ; et d’autre part, cette décision de la wilaya de Tamanrasset d’interdire certains circuits du grand sud aux touristes étrangers ! La lecture de ces faits montrent que les autorités ne minimisent plus la menace terroriste, et ce, même si elles se gardent de l’admettre publiquement. La réconciliation nationale censée mettre fin à la violence islamiste est de moins en moins évoquée par le discours officiel. Non parce que cette mesure n’a nullement mis fin au terrorisme mais parce que cet argument si souvent martelé par nos gouvernants ne convainc que peu de monde. Seuls en sont convaincus ceux qui, de tout temps ont milité pour le retour de l’ex-FIS sur la scène politique et qui, à travers la réconciliation nationale, veulent absolument voir le projet islamo-conservateur réussir. Quand aux Algériens, quelle que soit par ailleurs leur vision de la société, ils voient que les dernières arrestations de présumés terroristes ont eu lieu dans les ex-fiefs de l’ex-GIA ( Les Eucalyptus, Oued Ouchayeh, Bachdjarrah, Leveilley) là où précisément les repentis ayant bénéficié des deux lois ( concorde civile et réconciliation nationale) sont retournés après leur amnistie. Ils voient bien que parmi les islamistes recherchés après avoir commis des crimes, abattus ou arrêtés figurent des repentis. Mohamed Seddouki, ex-chef du GIA, a rejoint le maquis quelques temps après sa sortie de prison. Charef Larbi, le kamikaze qui s’est fait exploser devant le siège constitutionnel a été amnistié en 2006… Autrement dit, ces repentis, retournés dans leurs quartiers auréolés du titre de « moudjahid » n’ont pas renoncé à leurs convictions – la loi ne les y contraint pas – mais ils ont repris du service à divers titres. Certains en réactivant discrètement les réseaux dormants, d’autres ( comme l’ont rapporté plusieurs journaux) en participant activement aux pressions religieuses sur les habitants des quartiers comme cela se faisait à la fin des années 80 et au tout début des années 90. Le regain de religiosité, via les médias publics et le discours officiel – voir l’excellente chronique de Kamel Daoud dans le Quotidien d’Oran du 12 février – n’est pas de nature à contenir la pression islamiste. A bien des égards, la situation actuelle ressemble à s’y méprendre à celle du début des années 90 quand l’ex-FIS avait pignon sur rue. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, après Madani Mezrag, l’ex-chef de l’AIS, qui a clamé haut et fort qu’il travaillait à la création d’un parti islamiste, Ali Benhadj effectue, via un entretien au Monde, un retour remarqué sur la scène politique. En fait, dans le climat de fort mécontentement social ( grèves à répétition, émeutes sociales, haragas) où l’Etat paraît absent et un contexte politique délétère où la question du troisième mandat semble être la préoccupation première des partis au pouvoir et de leurs relais avec en toile de fond une persistance de la violence terroriste, les islamistes toutes tendances confondues ne peuvent que reprendre du poil de la bête. Dans certains quartiers d’Alger, Bachdjarah par exemple, les mosquées où officient des imams désignés par l’Etat sont boycottées au profit de celles où prêche un imam « indépendant ». Dans d’autres quartiers, c’est carrément des appels au djihad… pour aller en Irak qui sont lancés. Mais au fond, chacun sait qu’en fait d’Irak, ces « volontaires » vont opérer en Algérie ! Par ailleurs, le voile islamiste se propage tandis que le kamis, en tant que symbole politico-religieux, fait un retour en force. La nature ayant horreur du vide, les islamistes en profitent pour le combler, alors que les forces démocrates et la société civile sont de plus en plus marginalisées par le pouvoir politique !

H.Z

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