On peut constater qu’au Conseil National de la Révolution Algérienne issue du Congrès de la Soummam tenue le 20 Août 1956 qu’il n’y a pas un seul membre issue d’une autre communauté que musulmane.
Il n’y a pas de représentant de la minorité, jusqu’à l’absence du communiste Amar Ouzeggane (*) qui a été, dit-on, un des principaux rédacteurs de la plate forme, avec de telles exclusions on veut faire croire que le congrès peut être encore une référence pour les jeunes d’aujourd’hui. Tous les CNRA prendront exemple et resteront fermés aux autres y compris à Frantz Fanon pour ne pas parler de l’écrivain et poète Jean-El Mouhoub Amrouche, de Berrenguer Abbé Alfred ou de Pierre Chaulet, ces noms parmi d’autres étaient tous impliqués dans la guerre à de hauts niveaux de responsabilité sans qu’aucun d’eux n’ait été désigné au CNRA. Leur absence au Conseil est en deçà de l’appel du 1er Novembre 1954, et marque le présent d’une empreinte négative.
Au début de l’indépendance, le leader de la guerre de libération de l’Algérie était Ben M’Hidi, est-ce à cause de sa médiatisation par le film La bataille d’Alger, est ce à cause de sa résistance exemplaire face à la torture, est-ce à ses paroles proverbiales, à sa présidence du premier congrès de FLN. Certainement à tout cela, et à d’autres exemples. A son sujet je me suis toujours demandé s’il était possible de croire à son sourire aux lèvres, à cette façon de défier l’ennemie, exemple dit-on de milliers de soldats de l’ALN, face aux officiers tortionnaires, sans ce témoignage fixé pour la postérité par les photographes.
Aujourd’hui, il y a ceux qui cherchent une tête d’affiche à l’histoire et tentent de donner le change à Abane, à Amirouche… quand d’autres optent carrément pour afficher Messali pour les uns et Ferthat pour d’autres sans oublier que l’histoire du système brandit depuis des decennies Ben Badis et d’autres Oulama en gommant tout le reste
Dans le film de Ahmed Rachdi sur Ben Boulaïd il est affirmé que « la tête d’affiche » n’a pas été trouvée et que Lamine Debaghine a refusé de prendre le train en marche. Pourquoi après l’indépendance il en serait autrement ?
Il est utile de rappeler que le congrès de la Soummam a été présidé par Ben M’hidi, que le 1er Novembre 54 a été l’œuvre d’un collectif, et qu’il a précédé la Soummam. Des évidences certes mais des évidences qu’il est bon de rappeler. Au lieu de s’arrêter à cette vérité que la guerre de libération a été dirigée par un collectif, d’hommes d’égale valeur, on répète à satiété une fausse idée par des articles dont le seul message très souvent est d’imposer un leader à cette victoire exemplaire d’un peuple sur le colonialisme. Quand on ne relate pas la vérité on ne facilite pas l’écriture de l’histoire, la faire pencher dès le départ, c’est lui assurer une chute certaine, n’est ce pas.
Le 1er Novembre n’aurait pu survivre sans ce 20 Août 1955, et le congrès de la Soummam n’aurait pu se tenir sans ce dernier ; consolider par d’autres actes dont la plus importante restent la bravoure du soldat de l’ALN qui, essoufflé, a été réanimé par les enfants de Décembre 1960, qui ont étonné le GPRA et ont fini par assommer les stratèges de l’armée impériale et à leur tête le général de Gaulle, qui a fini par céder.
L’exemple est dans cette révolution qui a réussit une guerre d’indépendance sur une colonisation de plus de 130 ans, les congrès, ou autres réunions à l’image de certains attentats ont parfois été suivit de lacunes souvent dommageable que seule une guerre juste a pu surmonter. Favoriser un événement sur un autre, un dirigeant national sur un autre, sans être historien, c’est tendre à faire une division dont les conséquences seraient l’oubli d’acteurs de cette guerre, ce que le système politique après 1962 n’a cessé d’entretenir jusqu’à faire croire aux écoliers que la guerre de libération a été initiée par les Oulamas.
Kouidri Saâdeddine
(*) Amar Ouzeggane a été exclu du Parti communiste algérien en 1948 et arrêté en janvier 1958 pour son action au sein du FLN
