Le Matin d'Algérie

Abdelaziz Bouteflika : la gestion par l’indifférence

Après une éclipse sans tambours ni trompettes qui aura duré un mois, le président signe son retour. Et de quelle manière !

Les éclipses-apparitions du président ne répondent à aucun agenda en lien avec les attentes citoyennes. Sa réapparition à l’occasion de Laylat El Qadr prouve si besoin est qu’il est très loin des préoccupations des Algériens. Car, il faut le souligner, rien de ce qui s’est produit en Algérie (hormis la médaille d’or olympique) n’a sorti Bouteflika de sa khaloua coutumière.

Ni les soldats de l’ANP, tués à la fleur de l’âge, traîtreusement par les sicaires d’Al Qaïda. En d’autres pays où les présidents sont élus par le peuple, un soldat mort pour le pays est un soldat honoré et décoré avec tous les égards officiels. Pas chez nous. Au contraire, même la grève des milliers de gardes communaux qui ont combattu l’islamisme armé pendant que l’Algérie vacillait sous la terreur, n’a pas suscité la moindre sympathie du président. Ni encore la mort de l’un des leurs pendant les manifestations. 

Que dire des dizaines de milliers de citoyens qui subissent depuis le début de la canicule la pénurie d’électricité ? Le tout par la faute de dirigeants incompétents qui n’ont pas su anticiper les besoins croissants des Algériens. Pour se défendre, c’est juste si ces responsables n’accusent pas leurs concitoyens de trop consommer l’électricité ! Malgré la gravité de la situation, aucun d’entre eux n’a été dégommé de son poste, et personne n’a eu le courage de remettre sa démission. Mais il faut l’avouer : démissionner n’est pas dans nos mœurs.

Mais après tout ça, fallait-il s’attendre à quelque compassion, voire réaction du président devant ce que subissent les Algériens ? Assurément non, car le président s’est toujours montré distant, voire indifférent à la détresse du peuple. L’exemple le plus emblématique : les inondations du 10 novembre 2001 qui ont touché le quartier de Bab El Oued. Les Algérois se rappelleront longtemps que le président n’a eu aucune déclaration malgré les 800 morts et les énormes dégâts qu’il y a eu. Bouteflika a attendu la venue du président français Jacques Chirac pour se rendre en sa compagnie dans ce quartier martyr quelques jours plus tard.

Que dire alors du printemps noir de Kabylie ? 127 jeunes assassinés par les services de sécurité, plus de deux ans de répression-manifestations et aucun mot du président. Il y a bien eu la commission dirigée par le défunt Mohand Issad ; elle a bien pointé les responsables de ce massacre. Mais en vain. Le président a enterré le dossier comme toutes ses promesses depuis avril 1999.

Le président est égal à lui-même en somme. Tout n’est pas lui ne mérite qu’indifférence. « Pas d’évolution ni dans les pratiques, ni dans les gestes. Les bains de foules sont érigés en règles sacrées pour camoufler la profonde crise de confiance. La fermeture totale de la télévision et de la radio confirme, pour beaucoup d’observateurs, que l’horloge biologique du chef de l’Etat est bloquée. Il n’y a aucun « risque » qu’elle reprenne ses tic-tac« , écrit Fayçal Metaoui (*). 

Yacine K.

(*) Notre ami Bouteflika de l’Etat rêvé à l’Etat scélérat, publié chez Riveneuve éditions

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