Le Matin d'Algérie

Révolutions arabes : complots ou roue de l’histoire ?

Devant la formidable accélération de l’histoire dans la rive sud de la Méditerranée, les Etats-Unis, leurs alliés suivistes occidentaux n’ont fait que prendre le train en marche

Depuis que s’est déclenché le grand feuilleton des révoltes arabes, depuis que cet autre grand empire assoupi depuis des siècles (certains statisticiens avancent qu’un pays européen moyen comme l’Espagne avec une population vingt fois inférieure détient un PIB supérieur, produit plus de livres, investit plus pour la recherche, compte plus d’ingénieurs,  de techniciens que l’ensemble des pays arabes réunis)  commence à remuer, se réveille, tous les observateurs étonnés se posent la question : est-ce un autre grand complot étasunien ? Est-ce une véritable révolte démocratique et libertaire ?

En effet, la question est judicieuse, qui est derrière ce jeu planétaire de à qui perd gagne qui touche à intensité variable presque l’ensemble des pays de l’aire arabe, de l’Atlantique au Golfe Persique.   

Est-ce la main des hommes ? Est-ce la roue de l’histoire ?

1) Ce qui plaide pour la première thèse, le complot, c’est d’abord les anciennes déclarations du président américain George W. Bush. Il a le premier évoqué en 2003 cette doctrine floue et ambigüe de « remodelage du Grand Moyen-Orient » qui vise à transformer l’ensemble des pays arabes, ces lieux de tyrannie, de désespoir et de colère et 5 États non arabes : la Turquie, Israël, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan en y poursuivant une stratégie avancée de liberté et de démocratie. 

2) Une autre chose étonne aussi, en effet, dans ces bouleversements historiques, il semble que les dégâts collatéraux subis par le pays concernés se révèlent inversement proportionnels au niveau de relations plus ou moins élevé avec le gouvernement américain ! Je m’explique, les pays les plus proches des U.S.A, ses alliés, les royaumes et les émirats (Golfe, Arabie Saoudite, Jordanie, Maroc), les choses se déroulent plus ou moins normalement et les réformes lancées parfois très timides se déploient au rythme voulu par les pouvoirs en place (le Bahreïn reste une légère exception). Au niveau intermédiaire, là où les relations de ces Etats avec les U.S.A sont encore récentes, plus ou moins lâches (Egypte, Yémen, Tunisie) même si les pouvoirs ont été étêtés, les bouleversements ont été plus ou moins maîtrisés et les dégâts collatéraux également maîtrisés. Chez les autres (Libye, Syrie), les anciens ennemis, faux amis, le prix fort a été payé ou continue de l’être. 

3) L’engagement total des Etats-Unis et des pays occidentaux jusqu’à l’intervention militaire dans un cas, l’encouragement diplomatique, médiatique, les aides diverses apportées aux mouvements de révolte (même à reculons par beaucoup d’Etats alliés des Etats-Unis). 

En plus des dictateurs balayés, de leurs proches qui ont déterré le vieux concept de l’impérialo-sionisme, sans l’exprimer expressément, beaucoup de grands pays pensent à cette thèse, les Russes certainement, leurs anciens alliés en difficultés dans la région aussi, les Chinois peut-être un peu moins, le Brésil, l’Inde ?

La seconde thèse, celle pour laquelle je penche, c’est à dire la roue de l’histoire, ses soubresauts mystérieux et inexpliqués, ses énigmatiques rattrapages, le rétrécissement du monde par la révolution numérique, l’effet domino qui s’est créé dans des pays mal gouvernés, déchirés, pillés qui sociologiquement se ressemblent tellement. 

Les Etats-Unis, leurs alliés suivistes occidentaux n’ont fait que prendre le train en marche (voyez la réaction de cette ministre française qui cherchait à aider le dictateur tunisien pour écraser les premiers manifestants) car ils savent que si ces pays se libèrent, si le mouvement réussit, et il réussira certainement, il entrainera rapidement un extraordinaire appel d’air pour une économie mondiale moribonde (Actuellement la petite Libye, nouvellement libre, qui ne fait l’actualité que pour ses problèmes de groupes armés, d’attentats, a organisé toute seule des élections démocratiques exemplaires et son économie entrain d’exploser, certains signes le montrent : une bourse en pleine ébullition, des investissements énormes en cours, des milliers d’hommes d’affaires qui la visitent tous les jours !).

Ali Delhoum, universitaire, chercheur

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