Vive réaction ce dimanche de l’ambassade d’Algérie à Londres qui accuse le quotidien londonien « The Telegraph » d’avoir offensé « Qassamane », l’hymne national algérien dans son édition du 26 juillet dernier dans le contexte des Jeux olympiques.
Dans une déclaration rapportée par l’APS ce dimanche, l’ambassade d’Algérie à Londres a élevé une « vive protestation » auprès du directeur de la publication du Daily Telegraph du 26 juillet qui, selon lui, a porté atteinte, dans un article de presse, à l’hymne national. « Réagissant à l’article paru le 26 juillet dans la version online du Daily Telegraph qui l’ambassade d’Algérie à Londres a élevé une vive protestation auprès du directeur de cette publication, assortie d’une mise au point à insérer dans ce quotidien« , a précisé le porte?parole du ministère des Affaires étrangère, Amar Belani.
De quoi s’agit-il exactement ? Dans cet article non-signé, « The Telegraph » passe en revue 10 hymnes nationaux sur les 205 hymnes de toutes les nations qui participent à ces jeux olympiques de Londres: ceux de la Corée du Nord, de l’Uruguay, la Grece, l’Espagne, l’Algérie, la Colombie, l’Iraq, le Burkina Faso, le Kazakhstan et la République démocratique du Congo. Certes, le choix de cette liste n’est pas motivé et peut prêter à polémiques. Chaque hymne national ainsi retenu de ces pays fait l’objet d’un bref commentaire descriptif qui ne comporte aucune injure ou blasphème à l’endroit des différents hymnes nationaux dont celui de l’Algérie. Que dit « The Telegraph » de l’hymne national algérien :
« The composer of Algeria’s national anthem, poet Mufdi Zakariah, wrote the lyrics in blood on the walls of his cell in a French colonial prison in 1956. As well as glorifying machine guns and gunpowder, the anthem is the one of a few in the world to make reference to another state, namely France. » ( « Le compositeur de l’hymne national de l’Algérie, le poète Mufdi Zakariah, a écrit les paroles avec le sang sur les murs de sa cellule dans une prison coloniale française en 1956, écrit le Telegraph. En plus de glorifier les mitrailleuses et la poudre à canon, l’hymne est celui parmi les quelques-uns au monde à faire référence à un autre Etat, à savoir la France.« ) (Traduction)
En quoi « la teneur » de ce brève porte-elle « atteinte aux symboles de l’État algérien, particulièrement à son hymne national aux longues souffrances endurées par le peuple algérien pour recouvrer son indépendance et sa dignité de nation souveraine et qui attente à son hymne national qui est une conquête immuable de la glorieuse Révolution du 1er-Novembre 1954 » comme indiqué dans le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères qui, par ailleurs, estime que l’article en question « bafoue l’esprit et l’idéal olympique » interférant ainsi l’hymne national algérien et une compétition mondiale . » Le contenu du bref commentaire qui ne comporte aucun mot dépréciatif, voire insultant, comprend deux parties. La première se réfère à l’auteur et aux circonstances historiques de la composition de l’hymne national que ne peuvent démentir les autorités algériennes qui en attestent les faits chaque Premier novembre. La deuxième partie est un commentaire succint du texte de l’hymne national qui relève bien de l’esprit nationaliste de l’époque et qui constitue la thématique centrale de la poésie militante de Moufdi Zakaria. En témoignent ces deux extraits auxquels « The Télégraph » fait référence :
« Le bruit de la poudre a été notre mesure?/ Et le crépitement des mitrailleuse notre chant favori/?Et nous avons juré de mourir pour que vive l’Algérie !«
« Ô France ! le temps des palabres est révolu?/ Nous l’avons clos comme on ferme un livre/ ?Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes!«
Il faut rappeler dans ce contexte que, dans son dernier album, Matoub Lounès a parodié l’hymne national dans une chanson du même titre « Qassaman » revisité aux impératifs des revendications démocratiques de l’Algérie post 88 : « Je sais que ça va me valoir des diatribes, voire un enfermement, mais je prends ce risque, après tout il faut avancer dans la démocratie et la liberté d’expression » avait-il déclaré à la sortie de l’album qui a connu un vif succès, comme tous ses albums, auprès des fans qui l’entonnent dans les stades mais la chanson reste interdite à la radio et à la télévision d’Etat.
Cette levée de boucliers des autorités algériennes qui prend d’ores et déjà les proportions d’une affaire d’Etat, est-elle une manœuvre de diversion pour faire oublier qu’en ce cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, contrairement à tous les autres chefs d’Etat, jaloux de leur hymne national, n’a pas tenu de discours à la Nation généralement introduit et clôt par l’hymne national. Qu’un journal comme « TheTelegraph » se permette un commentaire aux connotions ludiques sur notre hymne national parmi d’autres, dans un contexte des Jeux Olympiques où les hymnes nationaux sont performants, retentissent aux médailles remportées par les athlètes, il n’y a pas de quoi fouetter un chat…
R.N
