Lors de leur conférence conjointe ce lundi à Alger, Laurent Fabius et son homologue algérien, Mourad Medelci, sont restés partagés sur la situation au Mali. La « voie diplomatique » d’Alger et « les voies adaptées » de la France, dont une intervention militaire dans la région, n’ont pas bougé…
Hormis la nouvelle de la confirmation par le ministre des affaires étrangères algérien de la libération de trois des sept otages enlevés au consulat algérien de Gao, le 5 avril dernier, rien de nouveau dans la visite du ministre des Affaires étrangères français à Alger. Le statu quo teinté de quelques effets dimplomatiques de bon voisinage, n’a pas fait bouger les lignes défendues respectivement par Paris et Alger sur la crise malienne.
Mourad Medelci a réaffirmé la position algérienne sur la crise malienne, à savoir que l’intervention militaire est exclue pour le moment : « Je crois que, dans tous les cas de figure, la solution du Mali est entre les mains des Maliens. Nous devons donc travailler, grâce à un dialogue politique, à l’effacement de cette frontière et au rétablissement de la convivialité dans les rapports entre Maliens. » sans faire référence au danger d’Al Qaïda au Maghreb Islamique.
Du côté français, officiellement, les positions n’ont pas bougé. Même si Laiurent Fabius s’est voulu plus prudent, nuançant son propos sur l’intervention militaire qui, selon lui, « n’est pas à écarter » : «Si – ce qui est à craindre -, le terrorisme se maintient, il faudra traiter, selon les voies adaptées, ce terrorisme qui est dangereux pour tout le monde. » Dans ces « voies adaptées » à la lutte contre Al Qaïda au Maghreb islamique, il est hors de question pour Paris, ainsi que l’a réitéré le Président de la République française, François Hollande, le 14 juillet, de « voie diplomatique« .
Ainsi, la » voie diplomatique » de Medelci » et » les voies adaptées » (à la lutte antiterroriste) divergent sur le fond.
Mourad Melci privilégie « le dialogue politique »; Laurent Fabius, quant à lui, dépasse la conjoncture politique malienne et insiste sur l’urgence de la lutte antiterroriste dans cette région où sévit Al Qaïda au Maghreb islamique.
Pour le ministre français, le véritable enjeu consiste à convaincre les dirigeants algériens d’accepter une intervention militaire locale, africaine avec l’aide internationale ; une intervention qu’écarte clairement Mourad Medelci et ce, quelques mois après l’opposition d’Alger à l’intervention militaire en Libye. La France, dont les forces spéciales sont basées au Burkina Faso, prudemment mais sûrement sur cette question, en insistant surtout sur le caractère africain de l’éventuelle opération ; ce qui met sur le qui vive Alger qui se méfie des « velléités » françaises dans ses « ex-colonies » ; un passé qui, selon Laurent Fabius, à l’issue de sa visite, « permet de faire un long chemin ensemble…«
Dans la même journée d’hier, lundi, Ahmed Ouyahia représentant du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, à la 19ème session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), semble contredire la « voie diplomatique » défendue par Bouteflika sur la crise malienne, insistant sur le fait que l’Algérie est « préoccupée » et « interpellée » par la situation dans ce pays, insistant sur la lutte « déterminée » et « implacable » contre le terrorisme arguant le fait que l’Algérie a payé un lourd tribut durant la décennie noire, soulignant la lutte antiterroriste armée contre les maquis terroristes du GSPC…devenu, faut-il le souligner, Al Qaïda au Maghreb islamique qui s’implante au Mali.
RN avec AFP et Africa.com
