Le Matin d'Algérie

Le Maghreb d’Abdelkader Messahel

Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines a annoncé depuis Londres que L’Algérie de Bouteflika mise à genoux par la prédation économique et la concorde civile a « une vision à long terme pour bâtir une économie dynamique et stable au Maghreb »;

Les diplomates algériens enlevés au Nord du Mali, retenus en otage depuis le mois d’avril dernier, la demande rançon de leur ravisseur le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) qui a revendiqué l’attentat kamikaze contre le siège de la gendarmerie de Ouargla, les terroristes d’Ansar Eddine qui, reçus par Bouteflika pour une solution politique négociée au Mali, réduisent Tombouctou en ruines, tout cela, favorise-t-il, selon les propos d’Abdelkader Messahel qui, de Londres, a annoncé mercredi dernier que « L’Algérie a une vision à long terme pour bâtir une économie dynamique et stable au Maghreb« , soutenant cette déclaration pour le moins cérémoniale, la récente réunion à Alger des ministres des Affaires Etrangères des pays du Maghreb consacrée à la sécurité de l’espace maghrébin.

Messahel feint-il d’ignorer la réalité alarmante dans le domaine sécuritaire qui fait du Maghreb, et surtout de l’Algérie, une poudrière, prise en étau, de l’intérieur et à ses frontières, par Al Qaïda au Maghreb islamique qui défit l’armée algérienne frappée au cœur de ses symboles et semble s’installer durablement dans l’immense territoire du Nord Mali où les « émirs » terroristes algériens, des ex du GSPC, condamnés à mort par contumace par la justice algérienne, au côté d’autres groupes terroristes locaux, deviennent des interlocuteurs dignes de foi pour le Président algérien qui trouve dans cette situation chaotique, une opportunité pour relancer, à la faveur du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, une concorde civile moribonde, à charge aux groupes d’Ansar Eddine et du Mujao de lui redonner de la chaire.

Le Maghreb islamique d’El Qaïda et le Maghreb arabe de Bouteflika sont-ils si différents ? Solidaires dans leur volonté de réprimer tout ce qui n’est pas « musulman » et « arabe » dans l’Algérien, ces Maghreb-là que magnifie Abdelkader Messahel sont en puissance de connaître la situation du Nord Mali. La stabilité de la région est fragilisée, davantage en Algérie, par une économie prédatrice et rentière et par l’islamisme politique dont l’idéologie est financée par une implantation du wahabisme sous le couvert de projets économiques lancés par des investisseurs du Qatar qui inaugurent, avec le projet touristique des Emirati sur les côtes ouest d’Alger bradées, un modèle de consommation» dans lequel l’application de la chari’a se mesurera aux voitures derniers cris, aux grands bazars et à un tourisme néocolonial.

Le Maghreb de Bouteflika a appelé, alors que Kadhafi était recherché, à un « cessez-le feu immédiat« , a considéré la tornade de Sidi Bouzid qui allait emporter le régime de Ben Ali, de « chahut de gamins« , défié même les manifestants de la Place Tahrir exultant de joie à l’annonce du départ de Moubarek et, ne faillant pas à cette logique, invite les groupes terroristes d’Al Qaïda au Maghreb islamique à une table de négociations à Alger.

R.N

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