Le Matin d'Algérie

Bouteflika: un président "Top-modèle"

De la figure messianique qu’il s’est donnée en 1999, après treize ans de règne conspué, Bouteflika est réduit à une « image » de la réclame, celle-même dont usent et abusent les Top modèle éphémères.

A défaut d’une crédibilité depuis longtemps mise à mal sur la scène internationale, ébranlée par les rapports d’ONG qui dénoncent le système répressif de ses trois mandats, Bouteflika veut acheter le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie à grands renforts de grands placards publicitaires payés en devises fortes par entre autres Sonatrach dont il a fait un bien familial privé. Cette vaste opération de marketing dans les journaux occidentaux à grand tirage se prête à plusieurs lectures. C’est sans doute la première fois qu’un Président de la République du Maghreb, et surtout d’un Maghreb à l’heure des Révolutions arabes, se vend, dans une vulgaire opération commerciale, à des médias occidentaux qui ont sans aucun doute saisit la portée politique d’une telle opération qui décrédibilise l’Algérie au moment même où elle fête le demi-siècle de son indépendance.

Ce retour abrupt du culte de la personnalité, de la mise en spectacle de sa personne, apparaît, au moment où en Libye, en Tunisie, en Egypte, et, précédemment, l’Irak, les posters, les statues, les effigies des dictateurs déchus, s’arrachent, se déboulonnent, s’effacent sous la colère des manifestants. Aussi, cette surenchère publicitaire vantant son règne dans du « prêt à porter » discursif, le fait apparaître aux yeux de l’opinion publique algérienne et internationale, sous une posture clownesque et burlesque, celle d’un Président qui, depuis longtemps oublié de son pays et de son peuple, isolé de la scène politique internationale, est absent des médias à l’heure des grands enjeux géostratégiques des grandes puissances et des turbulences qui secouent le monde arabe. Il en est ainsi réduit à mendier des encarts de réclame dans les mêmes organes de presse qui l’ont traîné dans la boue dès sa première investiture. Par cette «stratégie» de communication, Bouteflika devient un Président «objet», une « image irréelle« , une virtualité publicitaire qui est construite, on le sait, sur le mensonge. Car, entre les lignes des textes panégyriques qui lui sont consacrés, dans les portraits soignés aux détails près, c’est l’envers du faux décor qui apparaît. Mais, tout cela, n’engage pas que sa personne, ses envies personnelles, ses lubies, ses fantaisies, sa nostalgie de l’ancienne vedette qu’il fut du temps où il fut un Ministre des Affaires étrangères aux cheveux longs, fumant le cigare à la manière du Che, faisant de ses missions, autant d’occasions pour frimer, multiplier les opérations de séduction.

Mais, 50 ans après l’indépendance du pays, cette opération de séduction est une insulte de trop pour l’Algérie, l’Etat algérien, sa souveraineté même qui font ainsi l’objet d’un traquenard politique, d’un guet apens médiatique payé, de surcroît aux frais de l’Etat réduit à un « guignol« . En se prêtant ainsi à une exploitation mercantile « au plus offrant« , Bouteflika mesure-t-il les graves conséquences d’une tel acte d’un « marketing » de dernière minute ? Peut être pas. Car, il n’a pas hésité, on s’en souvient, à recourir aux opérations du même genre. Au lendemain de la chute de Ben Ali, il n’a pas hésité, toute honte bue, à répondre à l’invitation de Moncef Merzouki, devenu Président de la République, et participer, hypocritement, à la célébration de l’An I de la Révolution du jasmin, lui qui a soutenu son ami Ben Ali au mépris de la révolte populaire. Mais ce retournement de veste en dépit d’une énième opération de charme, n’a pas eu les effets escomptés. On se souvient encore d’une autre image, pathétique, celle-là, qui vend par son côté pitoyable, celle d’une interview télévisée à sa sortie d’une clinique parisienne, à la suite d’une lourde opération chirurgicale.

Un autre décryptage de cette image d’un Président « top modèle »: L’attraction de la publicité tire sa force de son caractère éphémère même. Bouteflika, dans sa tour d’ivoire, ayant peur d’affronter à visage découvert, le peuple qui le conspue, n’a eu d’autres recours, après trois mandats successifs, quatorze ans de règne, que ce tapage médiatique aux espaces clos, réservés, calculés, achetés par les coursiers de l’Etat. De la figure messianique qu’il s’est donnée en 1999, le voilà réduit à une «image de papier» consommable et jetable qui vaut ce qu’elle vaut. Pourquoi s’en offusquer dans la mesure où le système rentier bureaucratique qu’il représente n’en est pas à ce million d’euros qu’a coûté ce « lifting » des sales temps d’un Président qui a promis des réformes qui finissent dans des encarts publicitaires. C’est sans doute là l’expression d’un geste désespéré qui annonce le départ de celui qui a déclaré, il y a quelques jours «tab djnan-a», une expression imagée en arabe populaire pour dire : « un jardin qui a perdu sa luxuriance, fané à jamais » …

R.N

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