Le conseiller de Bouteflika, M. Kamel Rezzag Bara a tenu, vendredi dernier, devant l’ONU à New York, un discours surréaliste sur le miracle de la « charte pour la paix et le réconciliation nationale » qui, selon lui, sur le « front intérieur » et « transnational » a apporté la « paix » et est garante des droits de l’Homme…
Il n’y a qu’un conseiller de Bouteflika, comme M. Kamel Rezzag Bara, pour présenter vendredi dernier, devant l’ONU à New York, l’approche algérienne de lutte contre le terrorisme dans le cadre d’une réconciliation nationale qui n’a eu d’autres effets que, plus qu’une amnésie institutionnelle, la trahison des deux cent mille morts, tribut d’une longue et tenace résistance du peuple algérien à la barbarie islamiste, l’instauration d’une impunité systémique, mode d’une gouvernance prédatrice.
Devant l’Assemblée générale de l’ONU, M. Kamel Rezzag Bara a décrit les principaux éléments de l’approche poursuivie par l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme, ”qui émane de l’évaluation par le pays des menaces et des défis posés par ce fléau.” Cette approche, selon l’orateur, repose en grande partie sur la nécessité de mobiliser « le front intérieur« , (L’Algérie) en relevant que la dimension politique est d’une “importance primordiale”.
A ce propos, il n’a pas manqué d’affirmer que la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale initiée par le Président Bouteflika a permis d’”assurer le retour de la paix civile, restaurer la cohésion sociale et promouvoir le développement économique et social.”
Cependant, a-t-il insisté, la lutte contre le terrorisme ne pourrait réussir sans prendre en compte “le traitement de ses sources idéologiques et la lutte contre le discours provocateur extrémiste qui influe sur les catégories potentiellement plus vulnérables et moins résilientes.” Mais que propose-t-il pour s’attaquer à ces « sources idéologiques » du terrorisme ?
A ce sujet, il a expliqué que l’Algérie a élaboré des programmes d’orientation religieuse, éducatifs et culturels “qui favorisent les principes de tolérance, de la paix et des droits de l’homme.” Ainsi, les appels à l’intolérance, à la haine, à la fitna lancés des minarets, la mobilisation des imams sommés de soutenir les réformes de Bouteflika, d’être ses porte-voix et ceux de son FLN, de faire de la religion, comme il le dit si bien « une orientation religieuse » qui appelle à la mise à mort d’Algériens d’autres confessions, de transformer, toujours au nom de « cette orientation de l’islam » des policiers en véritables gardiens de » la paix » de Bouteflika qui consiste à épier les non jeuneurs, les non pratiquants, absents de la mosquée du quartier portés sur la liste « noire », et puis, de la justice un moyen efficace de l’intronisation de l’impunité… Tout cela, l’orateur, à la tribune de l’ONU l’érige en « principes de tolérance » . L’art de corrompre les mots participe d’une stratégie discursive qui inverse les échelles de valeurs et fait de ces valeurs « droits de l’homme », « tolérance » , « orientation religieuse » leur antinomie même. L’orateur va plus loin dans sa démonstration surréaliste sur les effets de « ces sources idéologiques» de l’extrémisme en considérant que ce qu’il appelle le « discours provocateur » n’affecte que les » plus vulnérables » , autrement dit une minorité négligeable qu’il s’agit par une politique d’éducation religieuse de protéger. Sur ce « front intérieur » de la charte pour la paix et la réconciliation nationale qui se propose donc de ramener à la bergerie quelques brebis égarées, M. Kamel Rezzag Bara invente une autre dimension ignorée jusque-là par la concorde civile locale : le terrorisme transnational. Il a soutenu contre vents et marées que la politique de l’Algérie dans ce domaine est dotée d’une “dimension régionale d’une extrême importance.”?Dans ce sens, il a évoqué “la coopération étroite et multiforme avec les pays de la région du Sahel qui a connu ces dernières années, et plus particulièrement au cours de ces derniers mois, des développements et des défis graves représentés par l’expansion des activités des groupes terroristes dont l’organisation Al-Qaïda dans le Maghreb islamique (AQMI).” Sur ce sujet, bien sûr, aucun mot sur l’attentat terroriste de Ouargla, aucune condamnation d’Al Qaïda au Maghreb islamique, née d’un GSPC et de ses « émirs » sanguinaires qui exportent de l’Algérie, du ventre matriciel de la « paix » de Bouteflika le chaos d’un Etat théocratique.
Il a tenu à rappeler que l’Algérie a mis une stratégie en œuvre avec les pays du champ pour renforcer la coopération dans la lutte contre le terrorisme dans la région, qui s’est traduite, selon ses propos, par l’élaboration de “mécanismes opérationnels » sans en préciser la teneur. Entend-il par « mécanismes opérationnels » qui relève pourtant du lexique militaire, la table de négociations mise et prête à recevoir ses convives : les terroristes d’Ansar Eddine ou encore cette politique de l’autruche qui consiste à dialoguer avec l’ennemi au plus fort de la bataille.
Par ailleurs, le Conseiller à la présidence de la République a attiré l’attention de l’Assemblée générale de l’ONU sur le fait que “l’insécurité dans la région du Sahel et la recrudescence des activités terroristes sont également liées au activités de la contrebande d’armes et de trafic de drogue.” Une manière comme une autre de minimiser l’idéologie de l’islamisme politique qui fabrique et se nourrit non seulement de la drogue, certes, mais surtout d’une autre drogue, celle qui consiste à accorder l’impunité aux égorgeurs, aux bourreaux d’Al Qaïda au Maghreb islamique dont l’islam vit de cocaïne, de prostitution, de viols, de vols, de trafics en tous genres.
Inversant la problématique, M. Rezzag Bara a cru devoir attirer l’attention de l’ONU et de la communauté internationale sur “la nécessité de lutter contre le financement du terrorisme avec plus de promptitude et de détermination, et de combattre les enlèvements des otages contre rançons lesquelles ont permis aux groupes terroristes de renflouer leurs caisses et, par ricochet, de renforcer leurs capacités destructrices.” Ainsi, les rapts, les attentats appartiennent au domaine de faits-divers lié à la contrebande qui fabrique Al Qaïda au Maghreb islamique et non l’inverse. On croirait lire « L’équation africaine », roman de Yasmina Khadra qui s’échine à prouver que les enlèvements de touristes, de coopérants au Sahel ne portent pas la griffe d’Al Qaïda au Maghreb islamique mais sont le fait de bandits de « grand désert » qui monnayent leurs otages au plus offrant.
Tout ce discours savamment orchestré à l’ONU ne tient pas car il est démenti par la réalité du terrain et les silences d’un Président qui ne veut pas parler aux Algériens avant d’absoudre de tout crime ses pseudo-repentis.
R.M
