Le Matin d'Algérie

Aslam Taslem

Il est loin le temps où les conquérants arabes envahissaient le monde avec l’épée sur la gorge du mécréant en hurlant : «Aslam taslam» (embrasse l’Islam pour sauver ta vie).

Maintenant que la conversion est terminée, le bourreau a son «Allah Akbar» (Allah est Grand) et sa victime aussi. Dieu a beau être grand, de l’Algérie au Yémen, Quaida ou pas, le mouslim tue du mouslim avec du martyr sunnite ou chiite selon l’endroit. L’Inquisition est terminée en Europe avant même la naissance de Voltaire. Chez les «visages pâles» on a compris depuis longtemps que les affaires terrestres nécessitent un chapelet de casse-têtes, que dire de celles qui sont liées au ciel et qui échappent à notre cervelle limitée. Chez les Arabes, ça dure depuis 15 siècles, il n’y a que ça qui compte malgré l’unicité religieuse et la langue commune. Heureusement il y a l’Oncle Sam pour veiller sur la sécurité des Lieux Saints sinon ils auraient tout détruit à en croire Ibn Khaldoun. On sait que dès le second siècle de l’Hégire (VIIIème) avant même que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique, le calife abbasside de Bagdad alors qu’il accomplissait son pèlerinage reçut en cadeau à l’ombre de la Kaaba la tête de son gouverneur enveloppée dans le drapeau noir des Abbassides. Il eut cette phrase «Rendons grâce à Allah d’avoir placé la mer entre nous et un ennemi tel Abderrahmane !» Le tort de ce wali c’est d’avoir été nommé à Cordoue par le calife de Bagdad. Même à cette époque soi-disant mirifique il ne fallait pas énerver le frère. Au X eme siècle, l’Ouma avait déjà trois califes sans compter les sultanats turcopersans. Trente années après la mort du Prophète, la division chiite sunnite est devenue irréversible avec l’assassinat de son gendre Ali. On nous a toujours dit que les chiites étaient des non arabes pires que les kouffars.

En réalité le chiisme est né au cœur de l’Arabie 100% arabo-musulman avec cette question : «Qui est apte à hériter de l’Elu, l’époux de la fille-bien aimée Fatima ou le père de l’épouse préférée Aicha ? »La haine qu’a suscité cette question dure toujours et probablement jusqu’à la fin de notre monde. Les Vietnamiens qui ont connu l’enfer des bombes américaines n’ont commis aucun attentat aux USA et n’ont gardé aucune haine envers leurs agresseurs ; malgré Hiroshima et Nagasaki, le Japon a mis sa sécurité entre les mains de son ancien ennemi quant à l’Europe d’aujourd’hui, aucun complexe ne la travaille quand elle choisit comme chef de file l’Allemagne ex hitlérienne. Chez les Arabes, il faut inventer l’ennemi quand il n’existe pas. Les chars saoudiens sunnites après avoir maté leurs chiites qui bossent à 70 % sur les champs pétrolifères finissent le boulot au Bahrein à 66% non sunnite. En Syrie, c’est le contraire plus ou moins puisque la minorité régnante des alaouites sont une variance du chiisme, sans parler des druzes, fatigués des frères syriens et libanais, qui préfèrent la sécurité de l’occupation israélienne. Quant à l’Irak, le nœud vipérin est plus tenace que du temps de Saddam et Assad père qui se haïssaient mutuellement tout en appartenant à la même idéologie baathiste. Précisons que le parti Baath a été crée par un Syrien chrétien pour unir les Arabes.(1) La Turquie qui est donnée en exemple, la situation est plus compliquée avec des Kurdes bombardés régulièrement pour leur faire oublier leur bled volé et partagé. En une seule journée irakienne on peut tuer plus de civils que de soldats étrangers en Afghanistan durant 10 ans. On n’oublie pas l’Algérie sunnite contre l’Algérie sunnite qui se kamikaze tous les jours malgré son terrorisme résiduel sa concorde nationale son amnistie ses repentis ses récompensés et ses chouyoukhs députés.

Les choses ont évolué, on assassine plus les chefs qui assurent la stabilité on préfère massacrer les civils qui sont soupçonnés d’instabilité. Tous les jours des attentats des tueries des bombardements sous le signe du Croissant contre le Croissant. Les musulmans sont-ils devenus fous comme doivent le penser en catimini les Incroyants ? Mais un fou frappe en solo n’importe comment et n’importe qui alors qu’un attentat c’est tout sauf du n’importe quoi. Il faut planifier avoir de l’argent, on n’achète pas des armes de guerre chez le boulanger d’en face au prix d’une baguette de pain. Grosso-modo il faut beaucoup de personnes maitrisant bien leur tête : le chef qui décide planifie, celui qui construit la bombe, celui qui achète le matériel, le financier, le kamikaze et la bande d’espions chauffeurs agents qui l’aide à arriver au but sans accroc. Cachés dans des bureaux ou dans des grottes, des gens travaillent clairement sainement à tuer le plus grand nombre de personnes qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam, leurs frères en Islam. Au point où le monde commence à se lasser de ces horreurs et les JT préfèrent s’ouvrir sur 4 soldats français morts en Afghanistan que sur les 50 pèlerins chiites irakiens morts dans les mêmes conditions. Question nombre, l’égalité peut ne pas être mathématique. On échange bien un prisonnier israélien pour mille prisonniers palestiniens.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans Aslam Taslam ? Quand viendra le jour où l’Islam sera représenté par des hommes à l’image des autres religions ? Jusqu’à présent, ce sang qui coule chaque jour que Dieu fait ne dérange pas nos cheikhs. C’est vrai qu’ils sont préservés ainsi que leur progéniture de cette calamité. A la télé où ils peuvent atteindre n’importe quel gourbi, nos prédicateurs préfèrent faire de la politique en espérant un califat où ils auront leur palais des Mille et une Nuits. En attendant, ils expliquent nos rêves, ils chassent notre mauvais œil surveillent les esprits jaloux de notre bien-être, font le tri du halal et haram pour nous assurer une place au Paradis, couvrir d’anathèmes les juifs les femmes et tous les suppôts de Satan etc. Leur star, cheikh Karadaoui, porte-parole du monde musulman auprès de l’Occident est de nouveau en lune de miel. (2) Accaparé par les mariages qu’il contacte à chaque voyage, il n’a pas le temps de perturber ses fêtes et réfléchir sur ces bombes humaines qui sortent de l’«usine arabe» qui ne connait pas la crise. En Angleterre, les religieux ont inventé le football en donnant un ballon à des jeunes trop violents à leur goût.

Chez les Arabes, on les a envoyés en Afghanistan chasser les Russes pour revenir en émirs sanguinaires. Mais quand on importe que des armes quand on n’a que des noms de martyrs à donner à nos rues nos écoles quand on a que la matraque comme langue et l’armée la police comme intermédiaire avec la populace d’où peut venir le salam ? Il a suffit à la Birmanie bouddhiste la sagesse d’un seul homme au pouvoir et d’une seule femme opposante pour réussir en douce la révolution musulmane du jasmin. Certes, depuis l’immolation de Bouazizi on a vu une autre jeunesse pacifique instruite qui ne cherche qu’à vivre comme les autres dans la non violence le respect de la dignité humaine. Mais l’heure n’a pas encore sonné. Si en Tunisie et en Egypte, les héros de la place Tahrir et l’avenue Bourguiba sont obligés de s’armer de patience et céder leur place à moins naïfs qu’eux, en Algérie où ils avancent timidement revendiquent en petits groupes de petits droits, on les met en prison. Et après on s’étonne qu’ils basculent dans le pire des terrorismes : tuer le maximum de leurs semblables, des victimes comme eux. Le crime est tellement bête inutile qu’on voit mal à qui il peut profiter mais le traumatisme est là avec une profondeur impossible à sonder.

Mimmi Massiva

(1) Que Veulent les Arabes (Fereydoun Hoveyda)

(2) Kiosque Arabe, Le Soir d’Algerie 25/06/2012

Quitter la version mobile