C’est avec l’appui d’un important dispositif sécuritaire de la section anti-émeute que l’opération de démolition a été menée mardi. Un habitant a tenté de s’immoler pendant l’opération de « délogeage ».
Le wali d’Oran Abdelmalek Boudiaf déclare la guerre aux pauvres, des milliers d’occupants des bidonvilles de la wilaya d’Oran. Selon les estimations de la commission d’enquête, il existe plus de 44 bidonvilles recensés dans les quatre importantes communes d’Oran notamment Oran, Aïn El Turck, Arzew, Es-Sénia et Bir El Djir. Tous sont concernés par cette opération de démolition lancée tambours battants. Les centaines de pères de famille sont cependant déterminés à s’opposer à une telle décision de démolition qui touche paradoxalement que les démunis.
A contrario, tout le monde à Oran sait que bon nombre de nababs ont érigé des villas de fortune sur des terres agricoles qu’ils ont détournés de leur vocation initiale. Notamment dans les communes balnéaires de Aïn El Turc, Bousfer, les Andalouses. Cette opération d’accaparement de terres agricoles est menée avec la complicité des coopératives immobilières relevant de la commune de Bir El Djir et Es Sénia. Cette alliance d’affairistes du béton a détourné plusieurs exploitations agricoles collectives. L’une des plus emblématiques agences ayant eu la main sur l’affaire, il y a la coopérative immobilière de l’ex-P/APW Boucena. Et les nouveaux acquéreurs ont payé le prix fort pour ériger des villas de fortune avec la complicité des hauts responsables du parti du RND. Ceux-là ne sont évidemment pas touchés par cette opération de démolition.
Abdelmalek Boudiaf a déclaré devant les membres de l’APW, mardi dernier, lors du déroulement du vote du nouveau P/APW d’Oran qu’il allait procéder à l’éradication de toutes les constructions illicites. Mais ira-t-il jusqu’à démolir les villas de fortunes de l’EAC de Bir El Djir dont le président l’ex-P/APW Boucenna du parti RND et de biens d’autres affairistes de la région… ? A voir.
L’opération de démolition des constructions illicites effectuée mardi dans les deux quartiers populeux de Mimosa et Torro relevant du secteur de Haï El Badr à Oran a provoqué un mouvement de panique des habitants. Nombreux étaient les voisins qui sont venus soutenir les familles sorties de leurs bicoques sous la surveillance menaçant d’un important dispositif sécuritaire. La présence des forces de l’ordre a d’ailleurs tourné un temps à l’émeute provoquée par les occupants des maisons de fortune ayant des attestations provisoires d’installation et d’occupation des lieux dûment signées et délivrées par les services de la commune d’Oran. Selon certaines sources ces attestations ont été établies avec la complicité de quelques élus indélicats.
Ainsi, dix-neuf constructions illicites situées à Kouchet El-Djir et jouxtant la pénétrante de Ras El-Aïn ont été rasées ce jour-là par les services concernés de la commune d’Oran, qui a dépêché d’importants moyens matériels. L’opération, débutée tôt le matin, a été émaillée de mouvements de résistance des occupants ainsi que d’autres personnes venus d’ailleurs qui se sont solidarisées avec les protestataires. Il a d’ailleurs fallu recourir à l’usage de grenades lacrymogènes pour dissuader les protestataires qui voulaient à tout prix empêcher les engins de procéder à la démolition des bâtisses ciblées. Au cours de l’affrontement un des propriétaires a tenté de s’immoler de désespoir. Toutefois, une source policière nous apprend que les protestataires se sont dispersés. Mais les forces de sécurité sont restées sur le site, tout en bouclant le périmètre à plusieurs centaines de mètres à la ronde.
On apprend auprès des riverains que la plus vieille bâtisse a été réalisée il y a 4 ans, alors que la plus récente date d’une semaine. Ces taudis sont situés sur une zone très accidentée avec une pente relativement raide. Une femme concernée nous apprend qu’elle a recouru à cette occupation illégale après s’être enregistrée au cours d’un recensement effectué il y a 4 ans. Mais le « récépissé » en sa possession, présenté comme étant des services de la wilaya, ne comporte aucun cachet de service. Approché sur ce cas précis, le maire d’Oran, qui supervisait l’opération, était étonné de la source même de ce document, en précisant qu’en 2008, aucun recensement n’a été effectué. Les occupants de ces masures ont été mis en demeure plusieurs fois, mais ils n’ont jamais accepté d’évacuer les lieux, nous apprend une source communale.
Sur place, des camions de l’APC d’Oran ont été mobilisés afin d’effectuer le transfert des biens des occupants sur la fourrière communale et aucune précision n’a été donnée quant au devenir de ces neuf familles. Dans quelques jours, une opération similaire sera menée au niveau du domaine Khemisti, alors qu’en juillet, des sites des Planteurs seront également concernés. Pour rappel, le wali d’Oran avait annoncé mardi soir à l’hémicycle de la wilaya d’Oran qu’il se chargera personnellement pour le suivi des opérations de démolitions qui vont cibler les communes d’Arzew forêt d’Ahmed Zabana, les Plateaux, Guessibet Mohgoun et le Cap Carbon ; il a instruit le maire d’Arzew pour qu’il soit le premier sur les lieux pour éradiquer les bidonvilles. Dès sa prise de fonction, le wali avait confié que l’éradication des bidonvilles des trois importantes communes la wilaya, notamment Oran, Arzew et Ain El Turc, constituait l’une de ses priorités et qu’il comptait achever l’opération en 2012.
H. Medjadji
