Le Matin d'Algérie

Troisième mandat : le système en ordre de marche Par Hassane Zerrouky

Quant en septembre dernier, le président du Sénat et membre du RND (Rassemblement national démocratique), Abdelkader Bensalah, s’était prononcé sans ambiguité pour une révision constitutionnelle ouvrant la voie à un troisième mandat en faveur de Bouteflika, chacun savait que Ahmed Ouyahia n’allait pas tarder à s’exécuter. Ayant en mémoire le sort que fut réservé à son prédécesseur à la tête du RND en 1999, Tahar Benbaïbèche, débarqué de son poste de secrétaire général pour avoir refusé se soutenir la candidature de Bouteflika, Ahmed Ouyahia a choisi de se rallier sans état d’âme à la candidature de l’actuel chef de l’Etat. Rien ne dit cependant qu’il est tout à fait tiré d’affaire et qu’on ne lui fera pas payer le moment venu ses hésitations et ses tergiversations concernant la révision constitutionnelle. Car, telle est en effet la loi de ce système qui veut qu’on y adhère sans se poser de question. Quant au MSP, son ralliement est d’ores et déjà acquis.

Maintenant que les trois partis de l’Alliance présidentielle et de l’islamo-conservatisme sont en ordre de marche, que la Constitution sera révisée afin de permettre de sauter le verrou constitutionnel limitant à deux le mandat présidentiel et, partant, permettre à Abdelaziz Bouteflika de postuler à un troisième mandat, il ne restera plus qu’à lui trouver des opposants. Une tâche qui ne sera sans doute pas insurmontable mais qui va se heurter à quelques difficultés. La première est que le marché des présidentiables algériens où le système a pris l’habitude d’aller pêcher des candidats est limité. Trois élections présidentielles ont fini par épuiser cette ressource. En second lieu, instruit par l’expérience des présidentielles passées, les personnalités les plus en vue ne vont pas se risquer à jouer les faire-valoir et se faire les complices d’une élection jouée par avance. Quant à ceux qui seront convaincus par le système de se présenter – il va sans doute y en avoir – on sait d’ores et déjà, que quels que soient les moyens qui seront mis en œuvre pour leur fabriquer une posture de présidentiable, on ne peut pas enfanter en l’espace d’une année des candidats crédibles en mesure de postuler à l’élection présidentielle.

A la limite, certains diront que ceux qui sont derrière cette stratégie de troisième mandat n’en ont que cure des « qu’en dira-t-on ». Dans un paysage socio-politique dévasté par une politique autoritaire ne laissant que peu d’espace à une alternative démocratique, les partis islamo-conservateurs vont tenter de mettre à profit l’année 2008 pour à la fois tout verrouiller et apaiser les tensions sociales à coups de promesses, de subventions et d’aides sociales en tous genres aux régions les plus pauvres et en direction des couches sociales démunies.

Qui plus est, à coups de chiffres, dont certains sont plus que discutables, comme ceux du chômage et du revenu par habitant, ces partis ont d’ores et déjà commencé à dresser un bilan positif du quinquennat du chef de l’Etat. Or la réalité est plus complexe. Ainsi, selon la Tribune du 27 janvier, citant le Commissariat national au plan, 50% des salariés des 1,2 million d’opérateurs économiques en activité, ne sont pas déclarés. Quant au taux de chômage officiel de 11,8%, il est qualifié « d’irréaliste » par divers spécialistes algériens lit-on dans le Soir d’Algérie, d’autant que la Banque mondiale l’estime à 24% en raison de l’informel et du travail précaire ! Quant au revenu par habitant, évalué à 4000 dollars, il s’agit d’une donnée quantitative qui ne rend pas compte des profondes inégalités sociales existantes. Autrement dit, en l’absence de débats contradictoires, on peut triturer à l’envie et faire dire n’importe quoi aux chiffres.

Au final, en attendant de savoir si le président de la République, qui garde le silence sur ses intentions, va postuler ou non pour un troisième mandat, une chose est certaine : l’Algérie ne peut s’offrir le luxe de demeurer à l’écart des évolutions que connaît le monde. Comme l’ont relevé de nombreux experts algériens mais aussi étrangers, le besoin de changement, de plus de liberté, de démocratie politique et sociale, est plus que jamais d’actualité. Croire que les Algériens ne sont pas à l’écoute du monde, ne s’intéressent pas à ce qui se passe autour d’eux, chez nos voisins, de l’autre côté de la Méditerranée, c’est se tromper de peuple et d’époque. Autrement, on n’a rien compris au phénomène des haragas ou aux manifestations lycéennes !

H.Z

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