Le Matin d'Algérie

Hocine Aït Ahmed en Père-Fouettard

Le président du Front des forces socialistes a envoyé un courrier à son secrétariat à Alger. Une lettre comminatoire, accusatrice. Grave par sa portée.

Des « brebis galeuses » se seraient permis de critiquer l’attitude du parti ? Aït Ahmed promet de faire le ménage dans son parti. « Il m’est parvenu des informations sur des comportements indignes de la part de responsables ou de figures importantes du parti à l’occasion de ces élections. J’ai demandé à ce que tous les manquements soient rapportés et dûment consignés dans des rapports qui seront discutés dans les instances du parti et sur lesquels je souhaite être tenu informé au plus tôt« , a averti Hocine Aït Ahmed de sa résidence suisse.

La liberté est sous surveillance dans ce vénérable parti. Tout le monde acquiesce, voire applaudit sans sourciller. Au FFS aucune tête ne doit dépasser. Aucune voix autre que celle du président perpétuelle ne doit s’élever.

Arrêtons de nous raconter des salades. L’attitude aussi partisane soit-elle est grave. Au risque de faire pousser les cris d’orfraies à ses thuriféraires, ce parti est géré d’une main de fer par un homme qui a 86 ans. Aït Ahmed est le premier responsable du FFS depuis la fameuse réunion qui a eu lieu fin septembre 1963. 49 ans déjà. Presque un demi-siècle de règne sans partage. Peut-on se revendiquer démocrate quand on refuse l’alternance ? Peut-on raisonnablement diriger un parti et décider de tout loin du pays et de ses réalités ? Il y a des silences qui ressemblent décidément aux mensonges. Ovide disait que le roi a de longues mains. Et en la matière, on ne peut dire qu’Aït Ahmed ne tient pas le FFS fermement.

Aussi respectable qu’est Aït Ahmed, sa main mise sur le FFS est autocratique. On ne peut reprocher au régime son autoritarisme quand on refuse la contradiction dans sa formation politique. Le président du FFS est intransigeant. C’est la loi d’airain. Il veut des mesures radicales contre ces voix qui ont critiqué la démarche du parti : « Les comportements fractionnels, les chantages à la dissidence et toutes les formes de pressions que des individus ou des groupes d’individus ont menés en direction du parti lors de la campagne électorale ou après doivent faire l’objet de mesures exemplaires« .

Aït Ahmed est né le 20 août en Haute Kabylie en 1926. Une date prémonitoire ! Il a connu au PPA/MTLD Messali Hadj, Benaï Ouali, Aït Medri, Ferhat Abbas, Ahmed Ben Bella, Krim Belkacem, Mohamed Khider, le colonel Mohand Oulhadj, l’écrasante majorité des chefs de la Révolution, des chefs d’Etat, comme l’Egyptien Nasser, le roi Hassan II, Nehru, etc. Autant dire des personnages d’un autre temps.  

Pourtant Hocine Aït Ahmed est toujours à la tête de son parti. Plusieurs secrétaires nationaux furent désignés depuis 1989, tous sont évincés pour diverses raisons. Certains se sont tus, d’autres ont quitté en désespoir de cause le FFS pour créer leur parti, d’autres sont décédés. L’alternance est l’une des raisons avancées. Mais ces changements s’arrêtent toujours à la porte de la présidence du parti. Là même où tout se fait et se défait.

Cette lettre sonne la déception de ceux qui attendaient beaucoup du FFS avant l’élection législative. Elle déplace l’espoir d’un sursaut devant ce régime qui nous maintient dans la camisole nationalo-islamiste de féodalités politiques depuis un demi-siècle.

Décidément, la scène politique est au plus mal. Il n’y a finalement pas un parti pour rattraper un autre et l’on s’étonne que 75% d’Algériens boudent les urnes. 

Yacine K.

Quitter la version mobile