Une presse complice du régime d’Alger s’est émue que Merzak Allaouche, le réalisateur algérien le plus connu, ait dit ses vérités sur les passe-droits du ministère de la Culture ainsi que sur la situation politique en Algérie, à l’occasion de la présentation de son film «le Repenti» à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.
Un journal d’Etat s’est même écrié en page une : « Allouache critique l’Algérie !« , entendez par là que l’Algérie d’aujourd’hui, qui fuit de toutes parts, n’est pas « critiquable » et qu’elle est gouvernée par des saints, intègres et compétents.
En réalité, ce qui explique cette irritation est que le cinéaste, écouté dans le milieu médiatico-culturel occidental, soit allé à contre-courant du discours officiel mensonger et démagogique et se soit passé du financement du ministère algérien de la Culture pour faire son film en indépendant. Comme le résume le quotidien Métro : « Un film de colère, tourné dans la rage, qui laisse un goût amer, celui des vérités qui dérangent. Les spectateurs venus voir Le Repenti de Merzak Allouache à la Quinzaine des Réalisateurs ont applaudi son courage.«
Que dit Allouache ? « J’ai fait ce film pour contrer l’amnésie et ce discours officiel qui veut qu’on oublie tout. Or, ce qui se passe en Algérie est que l’Algérien n’est pas apaisé« . Mais dire ça, ce n’est pas du goût du pouvoir, et le film fut ainsi rejeté par le ministère de la Culture qui refuse qu’on contredise les thèses officielles. Le département de Mme Toumi a donc refusé de subventionner l’oeuvre de Merzak Allouache. « Je l’ai réalisé dans la rage, explique ce dernkier, car je refuse que le silence continue à régner« . Puis, dans un style direct : « Il y a des zones floues, beaucoup de manipulation en Algérie notamment lors des récentes élections législatives. Le peuple le sait. Les Algériens sont malheureux… Ce qui m’intéresse est de monter des images autres que l’on voit…«
Allouache outrage qui, en disant cela ?
Qui est dérangé par ces propos et par ceux-ci : « L’Algérie est un pays très riche où chacun essaye de prendre sa part du gâteau. Il y a beaucoup d’hypocrisie, de silences. Tout étranger qui arrive à Alger s’aperçoit, au bout de deux heures, qu’il y a quelque chose qui cloche« .
Le réalisateur contrevient-il à quelque règle de patriotisme en disant à l’AFP ceci : La ville où j’ai tourné, sur les hauts plateaux, n’a aucune salle de cinéma, aucune librairie, on se demande comment vit la culture, la création. Puis, vous tombez sur des gens qui vous disent : « J’ai vu ton dernier film!+, car ils ont une chaîne de télévision par satellite, internet ou des DVD pirates » ?
Non, il faut se faire une raison : l’âge d’or des mensonges du régime d’Alger est fini. Tant pis pour la presse complice.
L. M.
