« On en viendra bientôt à ne plus céder à un penchant vers la vie contemplative, c’est-à-dire se promener, accompagné de pensées et d’amis, sans mépris de soi et mauvaise conscience. » Nietzsche
Quelle ait été la réalité sur le concret de la consultation électorale du 10 mai écoulé, l’opinion dominante dans les villes et les campagnes, dans les tranches d’âge et les sexes, grosso modo dans les fortunes, ne semble pas se résoudre à accorder le moindre crédit au bien-fondé d’une victoire FLN dans les sens d’un rassemblement majoritaire autour d’une formation politique, au travers de candidats et candidates qui la représentent.
En tout cas, à l’observation, une chose est certaine, le comportement de Abdelaziz Belkhadem depuis la convocation officielle du corps électoral par le chef de l’Etat s’empare d’une espèce d’agitation euphorique que nul ne lui reconnaît. Ses actions sur le terrain, dans le concert de la politique générale comme dans l’entreprise organique, dans les décisions impliquant les rôles majeurs, donnent de lui l’image d’un téméraire va-t-en-guerre cinglant sur un champ de mine. Comme si son entité corporelle s’est fait doter de quelque faculté occulte empêchant les engins périlleux d’exploser sur son chemin.
Le vrai chef du FLN ?
Des ennemis dans les strates de l’encadrement, dans les mouhafadates comme dans le comité central, se dressent contre lui, jusqu’à carrément nier la confiance en ce qu’il puisse représenter en tant que secrétaire général du parti et en tant que conseiller du chef de l’Etat, président d’honneur du FLN – qui ne veut absolument pas dire que dans la façon implicite, d’intéressement pour une programmation au long cours, l’ancien ministre des Affaires étrangères durant les quinze années de léthargie du FLN étouffé par Houari Boumediene, ne soit pas son chef de corps et d’esprit. Il faut vouloir être amnésique pour se laisser oublier qu’il a eu par deux fois de la part de cette formation un « gros coup dur » à endurer durant son passé sans. Soit
Mais l’assurance et la sérénité qui accompagnent partout Abdelaziz Belkhadem, par la parole et par le mouvement, n’indiquent pas autre suspicion que celle d’une garantie lui étant quelque part démontrée par le leadership que soi-disant il conseille ou par des zones de prépondérance équivalentes. Il navigue à contre-courant, pour ainsi dire, comme gagnant sur tous les fronts que tout le monde lui sait perdants. A la commémoration du 24 février regroupant sur le même pied les représentants du monde syndical et les travailleurs des hydrocarbures il veut faire figure de héros, sous le regard mixte et narquois des syndicats autonomes et de la fédération UGTA du monde pétrolier qui ne le suivent pas dans son discours sur la paternité historique garantissant toute les légitimités. A ce point du sordide, lors de la fête du travail à Bejaia, pour reconduire un lyrisme révolutionnaire entamé la veille à Tizi Ouzou, il se désengage carrément de l’Etat, ce ministre d’Etat, et des institutions officielles, lui qui il n’y a pas longtemps a été ministre des Affaires étrangères puis chef du guvernement, pour dire sans sourciller que le parti qu’il dirige se suffit du congrès de la Soummam, histoire de chiper gratuitement un peu de l’aura de Ben M’hidi, de Krim Belkacem et de Abane Ramdane, les grands martyrs de la Révolution, à moindre frais, comme si le parterre de ces vastes contrées de l’Algérie était fait des derniers conards de l’Algérie indépendante sur lesquels, et sur bien d’autres dans d’autres contrées aussi vastes et aussi denses, justement ce parti au lendemain de l’indépendance a expérimenté les infamies les plus perverses.
La danse de Belkadem, sûr et ivre de la victoire
Donc au soir de l’officialisation de la tenue des élections, comme ça, sans argumentation de préalable pour démontrer pourquoi il devient soudain heureux, il se met, à la manière d’un enchantement, dans la peau d’un vainqueur sur ses pairs dans le parti et sur les autres formations. Des semaines avant le début administratif de la campagne il explique le triomphe de ses candidats et candidates que le parti n’a pas encore présentés. Pour la première fois dans l’histoire de la télévision algérienne les intervenants critiquent en direct l’Etat et ses institutions, d’aucuns, automatiquement ont dit qu’ils ont obtenu de bonnes promesses ou de la tune pour le faire, mais Belkhadem s’enorgueillit de la démocratie et de la liberté d’expression « orchestrées par les dispositions dans les résolutions prônées » par le parti qu’il chapote. Mais pendant l’établissement des listes il fait pratiquement cavalier seul pour la désignation des promus. Ce qui pousse les ténors du parti, parmi eux les ministres en exercice, à agir pour leur compte en s’organisant par groupes de pression, parfois même de menace, de façon à bénéficier du ticket parasol.
Le faux espoir de Ahmed Ouyahia
Dans le même espace-temps politico-administratif, Ahmed Ouyahia, ne voyant rien lui parvenir en clair, le nez à la piste comme à ses coutumes durant les périodes les plus incertaines, plus en tant que chef du gouvernement que leader de parti, il fonce front bas intrinsèquement dans les directives présidentielles. Il était certain de la trame de quelque fourberie, mais comme d’habitude aussi, ici, il n’est pas mis au parfum parce qu’il doit se contenter de s’acquitter en bon commis de la tâche qu’il lui est allouée : appliquer au pied de la lettre les directives consignées dans la feuille de route qui sort du cabinet d’El Mouradia.
Des indiscrétions dans son entourage avaient affirmé au lendemain du discours chialant du chef de l’Etat lors de la commémoration du 8 mai 45 – dont beaucoup admettent qu’une place essentielle lui a été prévue et réservée dans la feuille de route réformatrice – que Ahmed Ouyahia était quasiment certain que le RND partagerait la poire avec le FLN dans l’équité. Et « tab djnani » de Bouteflika cette fois vraiment vieux et malade lui a agréablement chanté dans la tête qu’il se voit en face à face présidentiel avec Bekhadem. Qui lui, est déjà dans la peau d’un chef d’Etat.
Nadir Bacha
