Le Mouvement démocratique et social nous a fait parvenir le communiqué suivant.
L’Algérie se trouve, au même titre que les pays de la région et de nombreux pays dans le monde, dans une période de turbulence et d’incertitudes. A la veille des législatives, la contestation sociale continue de gronder dans plusieurs secteurs malgré les tentatives du pouvoir de redistribuer la rente pour atténuer les effets négatifs de sa politique qui a favorisé l’émergence de couches parasitaires, la prédation et la rapine et écrasé les couches modernes, les forces du travail, de la connaissance et du savoir, capables de promouvoir la démocratie, de redresser économiquement le pays et de redonner l’espoir aux citoyens. C’est aussi pour contrarier la cristallisation de ces forces que le pouvoir agit contre les citoyens qui manifestent pacifiquement pour leurs droits sociaux, la démocratie et la liberté, en multipliant les interpellations et arrestations de jeunes, dont des militants et dirigeants du MDS.
Au même moment, des événements d’une extrême gravité ont lieu à nos frontières du sud. La partition proclamée du Mali et revendiquée par les touaregs ainsi que les agissements du terrorisme islamiste de l’AQMI constituent un précédent pouvant mettre en péril l’intégrité territoriale et la souveraineté des Etats de la région dont l’Algérie. S’agit-il d’une volonté de recomposition des territoires dictée par les intérêts stratégiques des grandes puissances aux visées impériales ou de l’évolution objective fondée sur le repli autour des identités de proximité ou les deux ? Les événements tragiques que connait le peuple syrien, indépendamment de la légitimité incontestable de son combat contre le despotisme, ne s’inscrivent-ils pas dans cette logique ? Il y a lieu de craindre sérieusement une ingérence étrangère dans le Sahel qui n’épargnerait pas notre pays. Seule la réhabilitation de l’Etat aux yeux des citoyens et la cohésion de la société dans le respect des différences peuvent permettre d’affronter une telle situation.
La crise financière et économique internationale produit de la dérive financière du système capitaliste se poursuit et affecte de proche en proche les Etats les plus vulnérables, dont les couches populaires paient le prix le plus lourd. Les mutations en cours dans le monde, au niveau régional, ainsi que l’évolution de la situation dans notre pays marquée par l’aggravation des injustices, l’absence de perspectives de développement économique et social, qui pousse les jeunes au désespoir et de plus en plus au suicide, posent l’exigence de changements devenus urgents et impératifs.
En ce 50ème anniversaire de l’indépendance, la disparition d’Ahmed Ben Bella, l’un des dirigeants de la guerre de libération et premier Président de la République, nous rappelle que toute l’histoire de l’Algérie a été mise en disgrâce. Cela était déjà apparu au retour de Boudiaf que les jeunes découvraient pour la première fois ! Le pouvoir tourne le dos à l’histoire et aux aspirations. Pour se prémunir contre tous les risques de déstabilisation, de régression du pays, et même de son éclatement, il faut pourtant plus de démocratie, plus de liberté, il faut bannir l’arbitraire et le despotisme et réhabiliter le suffrage universel. Il est nécessaire de dépasser le système actuel et l’ensemble de ses institutions, devenus obsolètes, et de refonder l’Etat sur un nouveau socle constitutionnel qui balise la voie d’une deuxième République démocratique et sociale moderne.
Le MDS spolié arbitrairement par le pouvoir de son droit de choisir de participer aux élections ou de s’y opposer, en l’empêchant de tenir son congrès, considère que les citoyens doivent s’impliquer dans toutes les luttes sociales, économiques et politiques en les portant à un niveau quantitatif et qualitatif supérieur. En effet, le pouvoir n’a pas peur des combats sectoriels que mènent les travailleurs, les jeunes, les femmes. Il les affronte en dressant l’appareil policier et l’appareil judiciaire. Son but est d’empêcher, par tous les moyens, que les citoyens donnent un contenu démocratique à ces luttes, et de contrarier leur implication dans les luttes politiques qui risquent, à terme, de le remettre en cause. C’est pour cela que le MDS appelle les citoyennes et les citoyens à exercer leur droit et à agir en tant qu’acteurs des événements en cours pour approfondir la démocratie, l’étendre à toutes les sphères de la vie, et affirmer la citoyenneté, pour défendre l’unité et la souveraineté nationale dans la diversité.
Compte tenu de leur caractère biaisé, les élections législatives prochaines ne peuvent pas être un tournant dans les changements qualitatifs majeurs dont le pays à besoin. L’intérêt du pays aurait voulu que de telles élections constituent le point de départ pour les changements démocratiques modernes. Malheureusement comme à la veille de chaque scrutin, les citoyens sont tenaillés par l’inquiétude, et doutent du caractère démocratique de cette échéance. Une inquiétude fondée sur le sentiment légitime qu’à chaque élection, c’est le caractère républicain démocratique de l’Etat algérien qui est en jeu ! L’agitation récurrente de l’épouvantail islamiste prend l’allure d’un chantage qui vise à assurer un vote refuge. Les citoyens qui ont vécu dans leur chair le combat contre l’islamisme criminel doivent refuser d’être pris en otage entre la menace de l’islamisme et le chaos. Comme ils doivent rejeter la focalisation sur la fraude que les tenants du pouvoir tentent de mettre en avant, en contrariant tout débat sur les bilans et programmes des candidats. La société doit refuser, aussi, toute forme de culpabilisation quand à son attitude par rapport aux élections. Le MDS l’appelle au rassemblement le plus large pour donner corps aux aspirations du peuple algérien en pesant positivement sur l’issue de la lutte engagée à l’occasion des législatives. Seul un tel rassemblement sera à même de disqualifier ceux qui sont responsables de l’échec et de la ruine du pays, et donnera la possibilité aux femmes et hommes capables de mener les changements nécessaires d’émerger.
Le Secrétaire général par intérim
