Sarah, lycéenne de Tizi-Ouzou, nous livre sa chronique sur la grève qui se déroule dans son établissement. Après quatre jours de marche et de délégation restés sans résultat, après les menaces et les pressions, la lassitude gagne les troupes. Pourtant, personne ne peut se résoudre à abandonner la lutte…
« Hier une marche a été menée jusqu’au siège de la wilaya, là-bas des élèves des lycées des alentours, Ouaguenoune, Tadmeit, DBK, étaient au rendez vous. Ces marches deviennent carrément une routine, et ce depuis bientôt une semaine, elles n’aboutissent à rien, puisque, quand nos délégués sont reçus, on ne leur donne pas de réponses concrètes. Tout ceci ne rime plus à grand chose, et devant le constat que nous perdons des heures de cours et alourdissons ainsi notre retard, bien des questions sont soulevées.
Jour après jour, la confusion et l’inquiétude gagne nos rangs. J’ai l’impression que nous perdons de notre crédibilité et que le mouvement est en train de prendre une tournure politique. Nous commençons à croire que nous n’obtiendrons plus grand chose du ministre, qui ne cesse de nous surprendre : Après avoir accusé des mystérieux manipulateurs, il a affirmé que « Hamza Yahia » encouragerait une rébellion contre la Chariaâ, et pour finir, il menace de nous sanctionner en convoquant nos parents ! Pourquoi ne pas nous faire écrire cent fois « je ne ferai plus grève » pendant qu’il y est !
La lassitude et la fatigue sont venues à bout de notre organisation du tout début, et l’anarchie s’installe, difficile alors de trancher quand les passants dans la rue nous soutiennent en nous disant « allez-y les jeunes, courage, ne lâchez pas » et « retournez étudier, vous êtes trop jeunes, ce n’est que comme ça que vous réussirez »
Pourtant, il est difficile à la majorité d’entre nous de se résoudre à laisser tomber et de faire confiance aux promesses, peu satisfaisantes, de Benbouzid.
Un point positif, c’est que ce mouvement n’est pas spécifique à une seule région, il est national, et selon des degrés, plus ou moins suivi à travers le territoire nord.
Espérons qu’il le reste.
Une marche, cette fois nationale, est prévue pour samedi, Nous espérons qu’elle fera le maximum de bruit.
Une note circulait aux portes du lycée. Elle vise à « remonter le moral des troupes » pour qu’on retrouve la détermination dont on a besoin pour continuer. Le texte anonyme qui appelle à la grève illimité se termine ainsi: « Nous ne voulons pas être des éléments récalcitrants de la société, mais c’est notre avenir qui est en jeu. Nous ne voulons pas être traités comme des « RATS DE LABORATTOIRE », des « cobayes » ou autres, et nous refusons d’être sacrifiés pour la réussite d’une pseudo réforme. »
Beaucoup d’élèves n’approuvent pas l’idée de la grève illimitée, c’est pourquoi des désaccords font leur apparition. Beaucoup ne veulent pas perdre trop de temps.
J’ai lu certains articles de presse qui disent que comme en Octobre 1988, tout ceci n’est que combines pour arriver à des fins politiques. Que s’est-il passé ? Pourquoi certains croient que c’est en train de se répéter ? Et qu’est-ce que les lycéens ont à avoir avec ça ?
Nous improvisons chaque jour ce qu’on fait selon ce qu’on lit dans la presse matinale, et en coordination avec d’autre lycées, qui pourrait nous manipuler à part le ministre qui ne fait rien pour calmer le jeu ? «
Sarah, 17 ans, lycéenne
