Le Matin d'Algérie

Mali : le MNLA dénonce la campagne d'intoxication et annonce un cessez-le-feu

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé mercredi un cessez-le-feu immédiat dans le nord du Mali, où la composante laïque de la rébellion touareg, aujourd’hui supplantée par les groupes islamistes, a annoncé la fin de ses « opérations militaires ».

Le MNLA qui a déclenché ses attaques contre l’armée malienne le 17 janvier a pris de l’ampleur depuis quelques jours. Profitant du putsch de Bamako, les Touareg du MNLA appuyés de groupes islamistes ont pris en fin de semaine le contrôle des trois métropoles du nord du Mali, Kidal, Gao et Tombouctou, sans rencontrer de résistance de la part d’une armée malienne sous-équipée et désorganisée, coupant de fait le pays en deux.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a dénoncé dans une déclaration hier que « l’espace médiatique malien et une certaine presse internationale, des mercenaires de la plume au service des mafias, dénigrent par des écrits inappropriés, des mensonges, notre action« . Le Mouvement touareg estime qu' »une certaine presse internationale et des mercenaires de la plume au service de la mafia dénigrent par des écrits inappropriés et des mensonges notre action« .

Il considère les dépêches de l’AFP (Agence France Presse), reprisent à travers le monde comme une campagne d’intoxication et de désinformation contre les Touaregs. Il est vrai que depuis que Tombouctou est tombée entre les mains du MNLA et des groupes d’Ansar Eddin, cette agence de presse a redoublé de férocité contre le mouvement rebelle, en martelant notamment que le MNLA est débordé, voire infiltré par les terroristes d’Aqmi. Un battage médiatique qui a poussé l’Onu à appeler à la trêve. Cela dit, dans sa déclaration, le Mouvement Azawad ne dénonce pas non plus les combattants d’Ansar Eddin, et ne se prononce pas aussi sur le contrôle réel de Tombouctou par exemple.

Dans une autre déclaration, le MNLA a répondu à l’ONU en proclamant mercredi « la fin » de ses « opérations militaires » dans le nord du Mali. Ce qui le distingue de facto des groupes islamistes qui composeraient la rébellion. Le MNLA « décide unilatéralement de proclamer la fin des opérations militaires à compter de jeudi minuit« , indique un communiqué mis en ligne mercredi soir sur le site Internet du mouvement et signé de son secrétaire général, Bilal Ag Chérif. Cette décision a été prise à la « suite de la libération complète du territoire de l’Azawad et compte tenu de la forte demande de la communauté internationale, notamment du Conseil de sécurité de l’ONU, des Etats-Unis, de la France ainsi que des Etats de la sous-région (…)« , explique le texte. Le MNLA « invite en conséquence les Etats de la sous-région et la communauté internationale à garantir le peuple de l’Azawad contre toute agression du Mali« , conclut le communiqué, signé depuis Gao, ville du Nord malien prise samedi. Par ailleurs, selon certaines sources au Burkina Faso, depuis mardi, une petite délégation d’émissaires burkinabés et mauritaniens, accompagnée de deux experts militaires, est à Gao auprès du MNLA. Objectif : convaincre les sécessionnistes touaregs que la partition du Mali leur est acquise en échange d’un grand coup de torchon. Autrement dit, s’attaquer aux groupes islamistes d’Iyad ag Ghaly et d’Aqmi. Même si l’on ignore la force dont dispose le MNLA, une dénonciation franche des mouvements islamistes, lui permettra en tout cas de faire cesser les critiques de la junte militaire et autres cris d’orfraies de la communauté internationale, dont la France en premier.

Les terroristes d’Aqmi au front ?

Selon certaines agences de presse, les islamistes d’Ansar Dine, dirigés par le chef touareg Iyad Ag Ghaly, et des éléments d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont depuis lors pris le dessus sur le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). L’information est difficilement vérifiable. La montée en puissance de ces islamistes, qui ont annoncé leur intention d’imposer la charia dans leur zone, a suscité l’inquiétude au sein de la communauté internationale, en particulier de la France qui a obtenu mercredi le vote d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Depuis deux jours, l’AFP évoque même la présence de Mokhtar Belmokhtar, abou Zayed et Yahia Abou El Hammam. Le tout, avec une photo floue comme preuve à l’appui. Le quatrième chef islamiste Iyad Ag Ghaly était jusqu’à il y a quelques mois, le négociateur au nom du gouvernement d’Amadou Toumani avec les ravisseurs d’Aqmi. Il a, à ce propos, joué un rôle dans la libération de quelques otages au Sahel.

A Tombouctou, les hommes d’Ansar Dine et les « moujahidines » d’Aqmi ont, selon l’AFP, chassé le MNLA, dont seuls une vingtaine d’hommes sont cantonnés près de l’aéroport, et mis fin aux pillages au nom de leur nouvel ordre islamique, selon des habitants. Plus aucun service ne fonctionne, la ville n’a plus d’électricité depuis la mi-journé et l’eau pourrait bientôt être coupée, selon une source humanitaire malienne sur place.

L’ONU s’inquiète

Dans une déclaration proposée par la France, les 15 membres du Conseil de sécurité ont aussi réclamé le retour à un gouvernement légitime à Bamako où une junte militaire a renversé le président Amadou Toumani Touré il y a deux semaines. Les membres du Conseil se sont « inquiétés de la présence dans la région du groupe terroriste Aqmi« , ce qui pourrait « déstabiliser encore davantage la situation« . Ils ont invité les rebelles à « cesser immédiatement toute violence et à rechercher une solution pacifique par un dialogue politique », et « condamné fermement les attaques, les pillages et la confiscation de territoire auxquels se livrent » ces groupes rebelles. Comble du cynisme, à l’ONU, on s’inquiète de la présence d’un groupe armé, mais pas de la sécheresse qui sévit depuis quelques mois et de la terrible situation des milliers de civils. Quelque 90.000 personnes déplacées qui se trouvaient à Gao, Tombouctou et Kidal, sont aujourd’hui « sans assistance« , selon Caritas international.

La junte crie à l’invasion

Les putschistes ne savent plus où donner de la tête. Acculés par la communauté internationale, dénoncés par certains partis politiques maliens, et menacés par l’insurrection du nord, ils ruent dans les brancards, multiplient les déclarations sans lendemain. Depuis Bamako, la junte du capitaine Amadou Sanogo a dénoncé « de graves violations des droits de l’homme » dans le nord, et plus particulièrmeent à Gao, depuis « l’invasion des combattants MNLA, Ansar Dine et Aqmi« . « Les femmes et les filles sont enlevées puis violées par les nouveaux occupants qui y dictent leur loi« , a affirmé la junte. Bien entendu, ces affirmations de la juntes sont pour le moment invérifiables, puisque l’enfer c’est toujours les autres. Les putschistes ont annoncé mercredi soir le report de la « convention nationale » qui devait s’y ouvrir aujourd’hui, à leur initiative, première étape d’une « transition » voulue par les putschistes mais dont ils n’ont pas précisé la durée. Un front anti-junte, rassemblant une cinquantaine de partis politiques et une « centaine » d’associations et organisations syndicales, a rejeté toute participation à une telle convention. Une coalition pro-junte, le Mouvement populaire du 22 mars (MP22), a elle exhorté la junte « à demeurer fermes et à désormais rejeter entièrement les diktats des impérialistes français et occidentaux« . Soumise depuis lundi à un embargo diplomatique, économique et financier imposé par ses voisins, la junte s’est vu infliger mardi de nouvelles sanctions par l’Union africaine (UA) et les Etats-Unis.

Sofiane Ayache

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