Le scrutin législatif du 10 mai prochain s’annonce avec la rivalité sur le fond des « frères ennemis », le FFS et le RCD, entre le vieillissement du premier et le rajeunissement du second et par une guerre de chiffonniers dans le camp du pouvoir par des alliances retranchées…
Le compte à rebours de l’échéance des législatives du 10 mai prochain a commencé et le paysage politique ne cesse de se recomposer en surface. Considéré par les uns comme un coup de théâtre, par d’autres comme une décision attendue, l’abdication du FFS qui rentre dans les rangs de panurge pour la course aux législatives après des années d’ »oppositionnisme » d’un parti en mal de députation, a fait comme booster l’alliance présidentielle qui s’en est félicité et accueillie avec autant de ferveur dans le camp islamiste, celui du MSP de Bouguerra Soltani. Mais le véritable coup de théâtre est venu du « frère ennemi » du RCD qui, après avoir décidé le rejet du scrutin, perd son leader, Saïd Sadi, qui quitte délibérément la direction du parti, remplacé sitôt par son ex-chargé de communication, Mohcen Belabès, 42 ans, dont on sait peu de choses sur le rôle politique et syndical au sein du parti qu’il préside désormais.
Décidément, entre le FFS et le RCD, c’est le jeu des contrariétés : alors que le FFS congédie son jeune ex-premier secrétaire en la personne de Karim Tabbou, jugé compromettant pour son « radicalisme » vis-à-vis du pouvoir en place et opte pour un retour aux chevaux de vapeur, ex-dirigeants du FFS au têtes blanches, le RCD, par la voix de Saïd Sadi, semble entrer dans une ère de rajeunissement de la direction du parti et donc, avec certainement plus de « radicalisme » dans sa ligne politique.
Ces effets ne vont pas sans conséquence à court terme, sur les prochaines législatives et à long terme dans un nouvel échiquier politique de l’opposition démocratique qui, pour l’heure, exprime une instabilité préjudiciable aux deux partis qui, malgré les positions divergentes sur les législatives, ont tout de même exprimé un « embarras » dans leur posture du moment.
Face donc à ces divergences profondes entre le FFS et le RCD tant au niveau du renouvellement des instances dirigeantes qu’à celui des décisions politiques prises, qui, faut-il le rappeler, ont été prises après tergiversation et attentisme, les tenants qui tirent les ficelles du scrutin législatif, le FLN et le RND d’une part et de l’autre, les partis islamistes, il semble, qu’à la surface des choses, c’est la politique des camps retranchés.
Après une guéguerre qui a failli faire revivre aux deux ailes du FLN, les « légalistes » et « les redresseurs » le cauchemar de 2004, Abdelaziz Belkhadem, le N°1 du FLN vient d’annoncer qu’il n’y aura pas deux listes de l’ex-parti unique. Les divergences semblent être amorties, mises au frigo, en attendant le dégel des législatives pour lesquelles, comme d’ailleurs pour toute échéance électorale, il a toujours reconstitué son « Front » unique même si les luttes de leadership y font rage à couteaux tirés.
De la foultitude des partis agréées en dernière instance, le FLN s’en trouve conforté par la présence de nombre de ses anciens serviteurs des précédents gouvernements dont la candidature aux législatives se veut une le « couronnement » d’une fin de carrière honorable sur un siège de député dans la future assemblée quelle qu’en soit d’ailleurs la couleur politique majoritaire.
Cette « union » des forces du parti de Bouteflika qui en est le maître d’oeuvre et l’annonce électoraliste de la fin de la guerre de chiffonniers au sein du FLN semble avoir été décidée en extrême urgence face à une alliance stratégique des partis du camp islamiste formé désormais d’un trio mené le chef de file du MSP, Bouguerra Soltani qui a quitté une alliance présidentielle dans laquelle il était pris en sandwich entre le RND et le FLN qui se surveillent comme chiens et chats.
De cette guerre des tranchées au sein du sérail, le RND semble orphelin, esseulé entre le camp désormais « uni » du FLN et l’alliance de trois principaux partis islamistes, la formation d’Ahmed Ouyahia semble tourner en rond, comme fragilisée par les soudures bricolées du parti de Belkhadem et les « entendus » du trio islamistes.
Mais ces recompositions du scrutin législatif qui emballent la sphère des partis au pouvoir, y compris bien sûr les formations islamistes erratiques, ne sont pas de nature à changer quoi que ce soit dans l’objectif du scrutin législatif qui est de reconduire, perpétuer, consolider la nature rentière et corrompue de la matrice du système politique.
Mais, en dépit de ces fausses alliances électoralistes dont le but final est le même, le partage du même gâteau à portions inégales avec le couvert du service, les protagonistes du scrutin ont du mal à retenir leurs cris d’alarme face au spectre d’une abstention généralisée au rendez-vous électoral. Ces recompositions ne sont-elles pas, en elles-mêmes, l’effet tangible de cette panique, telle une armée qui recompose ses rangs face à une défaite prévisible.
R.M
