Sans vouloir épiloguer sur le report de la visite présidentielle à Constantine, décidée dans l’urgence, les deux hypothèses avancées par les observateurs pour l’expliquer (la situation sécuritaire et l’ébullition qui caractérise la ville) aboutissent à une conclusion terrible : le terrorisme et le mécontentement social ont atteint un tel degré de gravité (même Ksentini s’en alarme), qu’ils ont peut-être rendu le pays ingouvernable.
Car comment qualifier autrement un pays dont le président ne peut plus se déplacer dans une wilaya sauf à risquer sa vie (Batna) ou se faire escorter de 5000 policiers et d’une escadrille de l’armée de l’air (Tamanrasset) ?
Qu’il craigne un coup des groupes armés terroristes ou l’hostilité de sa propre population, ou les deux à la fois, le président de la République reconnaît de facto une dégradation de la situation socio-politique sans précédent depuis l’indépendance. Pire : cette détérioration, en plus de bloquer le fonctionnement normal des institutions, semble échapper totalement au contrôle de l’Etat.
Pareille situation sous-entend une conséquence tragique pour le pays : elle le met dans une situation de faillite politique qui, à l’image de la faillite économique, implique de confier les tâches essentielles (endiguer le terrorisme surtout), à des mains extérieures. Ce qui rapproche le spectre de l’irakisation.
Comment en est-on arrivé là aussi brusquement ? C’est la rançon du mensonge, de la dissimulation et de la démagogie.
Que faire, diriez-vous. De toute urgence, arrêter cette scandaleuse bouffonnerie qu’est la compétition pour le troisième mandat et qui accapare tous les esprits. D’abord parce que c’est indispensable pour commencer à réaliser la situation. Ensuite pour éliminer définitivement de la scène l’homme qui a conduit l’Algérie à cette faillite politique. Enfin, pour ouvrir la voie à une vraie opération de sauvetage qui est peut-être celle de la dernière chance.
Chacun est averti… Et l’heure tourne…
Le Matin
