ABDESSELAM ALI-RACHEDI : Personnellement, je n’ai jamais cru à la candidature de Benflis en 2004. Et pour cause, j’étais moi-même candidat à la candidature et j’ai pu constater, sur le terrain, que tous les appareils du système, sans exception aucune, travaillaient à la réélection de Bouteflika.
Lorsque j’ai eu la preuve que les signatures étaient légalisées à l’extérieur des APC, y compris dans les casernes, j’ai annoncé mon retrait pour des raisons faciles à comprendre. J’ai aussi été totalement en désaccord avec certains de mes amis au sujet de la maladie du président. D’abord parce que la vie politique d’un pays ne peut jamais se résumer au sort d’une seule personne, fût-elle le chef de l’Etat.
Ensuite parce que des exemples historiques montrent que, du fait des progrès de la médecine, même une maladie grave ne constitue pas un obstacle insurmontable à l’exercice du pouvoir. Ainsi, Kennedy, atteint d’une maladie d’Addison (maladie sévère des glandes surrénales) a pu assurer normalement son mandat jusqu’à son assassinat. Plus près de nous, Mitterand, avec un cancer de la prostate, a pu faire ses deux mandats (14 ans en tout) sans aucun problème. Sans parler des chefs d’Etat qui ont cultivé le secret sur leur état de santé. Par ailleurs, je n’ai jamais été nigaud au point de croire à la fable de « l’armée républicaine », seule force organisée pour faire barrage à la barbarie intégriste.
Ni aux prétendus « modernistes » ou « démocrates » au sein du pouvoir. Que ceux qui ont cru dans ces chimères réalisent maintenant qu’ils ont été dupés, c’est tant mieux. Pourtant, je ne les inviterai pas à se soigner mais seulement à penser autrement. Le problème avec une certaine élite algérienne, notamment les anciens journalistes et patrons de presse, c’est qu’ils n’ont pas divorcé avec une certaine forme de pensée, alors même que la chute du mur de Berlin date de près de vingt ans. Cette pensée, dite de gauche ou républicaine, confère à l’Etat un rôle central dans la modernisation de la société, considérée comme dominée par des archaïsmes de toutes sortes. Elle accorde également un rôle central à l’Etat dans le développement économique.
Elle fait donc de la question du pouvoir une question clé et ramène tout au social et au rôle déterminant de l’économique. Elle ne fait pas trop cas des droits de la personne humaine et accorde un intérêt marginal à la question des libertés, en particulier des libertés individuelles (sauf lorsqu’elles sont menacées par les islamistes). A l’opposé, une autre école de pensée considère, au contraire, que les questions liées à la liberté du sujet (le droit d’avoir des droits) sont primordiales et que les institutions ont justement pour rôle de garantir ces libertés.
C’est la conception de la démocratie qui s’articule autour des droits de la personne humaine (politiques, sociaux, mais aussi culturels !) et qui accorde un rôle primordial à la société civile. Apprenons donc à penser autrement. Peut-être verrons-nous alors plus clair dans l’analyse de la situation et trouverons-nous ensemble les voies et moyens d’une sortie de l’impasse…