Un homme, Mouhib Khatir, élu du peuple, risque de mourir par la faute d’une « justice » aux ordres. Une « justice » asservie, aux mains d’une clique influente, riche et au bras long. Un homme, élu du peuple, mis en prison pour s’être dressé contre la mafia locale risque de mourir et le ministre de tutelle garde un silence méprisant.
En dépit des différents appels adressés aux responsables de la justice et les organisations des droits de l’homme en Algérie et ailleurs, rien ne se passe de nouveau pour le maire de Zéralda emprisonné depuis le 6 juillet dernier pour des affaires relevant de l’invraisemblable. Ce lundi, il entame son 24e jour de grève de la faim et pour la 2e fois. Son épouse qui lui a rendu visite le jeudi dernier n’a pu le voir que pendant 5 minutes. Il a insisté ensuite pour voir sa mère elle-même malade mais son état ne lui a pas permis de lui dire grand-chose, ils se sont contentés d’un regard d’adieu… Ceci devient de plus en plus inquiétant car cette fois-ci, il refuse de se nourrir jusqu’à ce qu’il obtienne une date pour son procès.
Pourquoi cette date devient-elle si problématique ?
Selon son avocat (voir El Watan du 10 octobre 2011) le dossier relatif à l’affaire pour laquelle il est maintenu en détention provisoire est vide dans le fond et dans la forme pour au moins deux raisons : la première est qu’il s’agit d’une affaire commerciale qui devait toucher le maire en tant que personne morale et donc son incarcération n’est nullement justifiée. La deuxième est qu’il existe un plaignant sans plainte comme s’il a été téléguidé de quelque part pour faire du mal et se retirer. Tout porte à croire que cette confusion judiciaire dérange la juge en charge de l’instruction du dossier. Cet embarras la contraint de différer sans cesse la signature de l’ordonnance d’engagement et l’envoi de l’affaire pour un procès qui permettra à un juge et un public d’apprécier les bases de ces inculpations aussi graves pour cinq portables et un téléviseur. Il faut souligner que le nouveau président de la cour de Blida qui a jugé cette instruction longue l’aurait sommé de clôturer ce dossier il y a près d’un mois. Une promesse ferme lui a été faite par cette juge pour le faire en 3 jours mais en vain.
L’article 125 de la loi 86-05 du 4 mars 1986 qui régit la détention préventive précise qu’en plus de son caractère exceptionnel, cette dernière ne peut excéder 4 mois. Si le maintien s’avère nécessaire, le juge d’instruction peut prolonger la détention par ordonnance motivée d’après les éléments de la procédure rendus sur les réquisitions également motivées du procureur de la République. Sachant que l’accusé se meurt, cette juge dans l’incapacité de trancher, saisit le procureur de la République près le tribunal de Hadjout pour l’informer du refus du maire de Zéralda de s’exprimer ou de répondre à ses questions. L’intéressé ayant remarqué selon ses avocats qu’on le ramène fatigué de sa prison devant une juge pour le harceler avec les mêmes questions, autant le juger et c’est son droit. Cet saisine au procureur ne serait-elle pas une manière indirecte de demander un appui du procureur pour justifier une éventuelle prolongation de la détention préventive du maire de Zéralda ? Pourquoi accélérer sa mort ? A qui profite-elle ? Et pour quel dessein ? En même temps, on lit dans la page facebook du Comité de soutien au président de l’APC de Zéralda une information très curieuse et si elle s’avère vraie, reste très préjudiciable pour la justice algérienne et confirme sa dérive et son parti pris.
Nous avons reproduit le texte tel qu’il est, que les lecteurs jugent par eux-mêmes : « On apprend hier que Lilya Isaad la « gérante » de l’hôtel objet de tous les maux dans l’affaire de M. Mouhib Khatir, a été acquittéee !!!! …. Comme la justice fait bien son travail !!! Cette « femme » est condamnée au tribunal de Chéraga à 5 ans de prison ferme pour proxénétisme aggravé, son avocat fait appel, sachant que Lilya Issad n’a jamais eu besoin de se déplacer ni en première instance ni pour l’appel, elle comparait libre…..trop de chance ou piston ? En un mois, elle est condamnée puis acquittée en un mois. Sans parler de ces mineures retrouvées dans un établissement ainsi que ces couples qui n’ont pas eu autant de chance qu’elle. Mouhib Khatir, lui, attend son procès pour 3,5 portables,Issad et Boucif ont le même avocat et on voudrait nous parler de coïncidence ? Ils ont en tout cas c’est certain les mêmes donneurs d’ordres… », etc (les détails ont été supprimés par l’auteur)
Si ces informations se confirment, cela voudra dire que les accusateurs du maire n’ont pas eu à se déplacer pour être jugé, alors que celui qui les a dénoncés croupit en prison pendant près de quatre mois. Il y a vraiment de quoi s’inquiéter de cette justice à deux poids et deux mesures
Rabah Reghis, consultant/chercheur
