Le domicile du PDG de la chaîne privée tunisienne Nessma, dont des salafistes ont réclamé la fermeture après la diffusion du film Persepolis, a été attaqué vendredi soir par « un groupe d’une centaine d’hommes », a dénoncé la chaîne dans son journal du soir.
« La chaîne Nessma TV dénonce l’attaque de la maison de son PDG Nabil Karoui (à Tunis) par un groupe d’une centaine d’hommes qui ont jeté des cocktails Molotov« , a déclaré la présentatrice du journal, précisant que la famille avait pu être sauvée « in extremis ».
Des milliers de personnes, dont des salafistes, ont manifesté vendredi à Tunis pour dénoncer la diffusion la semaine dernière du film franco-iranien Persepolis, dont une séquence représente Dieu sous les traits d’un vieillard barbu, ce que l’islam proscrit. Sofiane Ben Hmida, un des journalistes vedettes de la chaîne, a précisé à l’AFP qu’une vingtaine d’hommes étaient parvenus à entrer dans la maison, où se trouvaient la femme et les enfants de M. Karoui. Ce dernier n’était pas chez lui lors de l’attaque, survenue vers 19h. « La famille a pu sortir par derrière et est en sécurité. Les assaillants ont saccagé la maison et ont mis le feu », a-t-il dit.
Joint par l’AFP, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Hichem Meddeb, a confirmé l’attaque, mais livré une version légèrement différente. « Une centaine de personnes se sont présentées devant la maison de M. Karoui à La Soukra (banlieue de Tunis). Ils ont forcé la porte extérieure, cassé des vitres et arraché deux tuyaux de gaz », a-t-il dit, précisant ignorer si la famille se trouvait dans la maison à ce moment-là. « Cinq personnes ont été arrêtées », a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.
De son côté, la chaîne Nessma a directement mis en cause les islamistes. A l’antenne, une journaliste a dénoncé « l’incitation de quelques imams à commettre des crimes à l’encontre des employés de la chaîne », notamment à l’occasion des prêches de vendredi, jour de prière. « Certains imams se sont comportés comme des militants politiques, c’est cela le double discours qu’on voit à l’oeuvre », a lancé Sofiane Ben Hmida.
Défenseurs des droits de l’Homme, militantes féministes et associations ont dénoncé, à l’approche des élections du 23 octobre, un « double discours » des islamistes, notamment du parti favori du scrutin Ennahda qui, selon eux, condamne la violence tout en encourageant en sous main les salafistes pour imposer leur idéologie à la société tunisienne.
