Le Matin d'Algérie

Manœuvres en coulisses contre les réformes politiques

Les partis politiques multiplient le grenouillage en coulisses pour faire barrage aux propositions de loi qu’ils ne trouvent pas à leur goût. Décryptage.

Les projets de loi portant réformes politiques, actuellement en délibération au niveau de la commission des affaires juridiques et administratives de l’Assemblée, sont loin d’être une révolution copernicienne par rapport aux textes en vigueur. Des aménagements, tout au plus. Mais cela n’empêche pas des partis politiques de multiplier les grenouillages en coulisses pour faire barrage aux dispositions qui remettent en cause l’ordre établi et les rentes de situation y afférentes.

Ces mêmes partis jurent pourtant en public, la main sur le cœur, qu’ils appuieront sans réserve « les réformes du frère Abdelaziz Bouteflika« . L’une de ces dispositions qui fait paradoxalement jaser dans les coulisses de l’Assemblée est celle qui interdit le cumul du mandat de député avec une autre activité dans l’administration ou dans tout autre secteur. Exception faite pour des professeurs d’université autorisés à exercer une activité pédagogique en parallèle. Ce qui est somme toute normal pour un directeur de recherche, élu député, de continuer à suivre les travaux de recherche de ses étudiants. C’est une pratique universelle. Les partisans du cumul veulent garder les choses en l’état pour continuer « à mâcher des deux mâchoires« , comme dirait l’adage populaire.

Un autre projet d’article qui ne trouve pas grâce à leurs yeux : l’obligation pour chaque parti de mettre un tiers des femmes sur ses listes électorales. On pensait que cette loi, qui découle pourtant de l’application du dernier amendement de la Constitution, visant à « la promotion du rôle politique de la femme », allait avoir les faveurs des députés. Eh bien, non. Tant que le projet n’était qu’une généreuse profession de foi, tout le monde applaudissait. Maintenant que les honorables députés sont en face de la réalité, ils trouvent à redire. Et vont chercher partout des arguties pour justifier leur refus.

Pour certains, il est difficile de trouver des femmes pour se porter candidates, eu égard aux pesanteurs sociologiques du pays, notamment en régions rurales. C’est pourquoi des formations, comme le FLN et le MSP, sans être tout à fait contre, proposent de ramener la liste à 20 au lieu de 30% de femmes et de maintenir la disposition, pour les élections au niveau des collectivités locales, aux communes ayant plus de 20 000 habitants.

Moussa Touati, dont le parti compte actuellement 13 députés, voit dans cette disposition « une ingérence de l’administration dans les affaires internes du parti ». Plus scandaleuse nous paraît la position de Louisa Hanoune qui conteste cette discrimination positive en faveur des femmes. C’est vrai que la Constitution algérienne consacre l’égalité des sexes. En théorie seulement, car en pratique, les femmes sont des « quantités négligeables ». Encore plus dans l’exercice politique.

Pour une fois que l’administration veut réparer un tant soit peu cette injustice historique, Mme Hanoune aurait dû applaudir. Elle qui mène depuis deux mandatures une croisade contre le « nomadisme politique », dont sa formation est la plus grande victime, devrait déployer un grand lobbying pour convaincre ses collègues députés à garder la disposition du projet de loi qui interdit cette pratique. Car le FLN, en particulier, qui en a été toujours le bénéficiaire, trouve que cette loi est « anticonstitutionnelle ». Ce qui est vrai, mais la proposition contenue dans le projet du ministère de l’Intérieur répondait à une sorte de souhait général visant à en finir avec une pratique inédite qui a contribué pour beaucoup à discréditer le Parlement. Cette disposition, c’est de l’hygiène politique. Mais, vraisemblablement, elle ne fait pas l’affaire des parasites et autres virus de la scène politique. Les ministres du FLN et du MSP ne sont pas d’accord sur la disposition qui leur fait obligation de démissionner, trois mois avant l’élection, de leur poste pour ceux qui veulent briguer un mandat de député. Cela découle d’une volonté de l’administration de placer tous les candidats dans les mêmes conditions de compétition.

Eux, visiblement, ne l’entendent pas de cette oreille. D’où leurs manœuvres de coulisses pour faire tomber cette loi de façon à pouvoir partir dès le départ avec des longueurs d’avance sur les autres candidats, en gardant leur statut de ministre, et jouir de la logistique de leur administration.

En vérité, l’hostilité que les députés manifestent vis-à-vis de ces projets de loi apporte la preuve qu’ils ne sont pas prêts psychologiquement à accepter des réformes politiques qui comportent quelques timides avancées. De toutes les façons, ils ont toute latitude de les retoquer au moment du vote en plénière. Et à ce moment, le dernier mot reviendra au président Bouteflika, qui pourrait alors choisir de passer en force. Car ces réformes, ce sont d’abord les siennes. Il y va de sa parole.

Amar Ouali

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