Le Matin d'Algérie

Le gouvernement algérien savait pour les attentats Par Hassan Zerrouky

Terrorisme. Les services de sécurité étaient informés que le Conseil constitutionnel et d’autres édifices étaient ciblés. Nouvelles menaces d’Al Qaeda.

Yazid Zerhouni, ministre algérien de l’Intérieur, a révélé que les services de sécurité algériens ayant procédé à l’arrestation d’une « grande partie du réseau » terroriste qui avait organisé les attentats du 11 avril ciblant le siège du gouvernement avaient découvert que « le Conseil constitutionnel, comme d’autres édifices publics, faisait partie des objectifs » de la Al Qaeda. « On le savait, c’était un ancien objectif pour ce groupe. » Avant d’ajouter qu’« il n’y a pas eu de défaillance (de l’État). Les résultats au jour le jour des services de sécurité et le démantèlement de plusieurs réseaux prouvent le degré de pénétration et de renseignements (de l’ex-GSPC). D’autre part, aucun dispositif n’est étanche à 100 % ».

Autrement dit, le gouvernement algérien savait qu’après les attentats du 11 avril il existait une menace terroriste potentiellement élevée. Dès lors, se demande-t-on à Alger, pourquoi, suite aux aveux des membres de ce réseau auquel a fait allusion le ministre algérien, le pouvoir politique a-t-il allégé le dispositif sécuritaire au point qu’Alger donnait l’image d’une ville à l’abri des attentats terroristes ? Pointant le doigt sur cette situation, le journal l’Expression assure que « de tels attentats ont pu se produire parce que la prudence s’est relâchée quand il fallait redoubler la vigilance » avant de souligner que « la vigilance citoyenne ne peut suffire car il appartient à l’État de protéger ses nationaux ».

Sans attendre, Al Qaeda au Maghreb islamique a revendiqué mardi dans la soirée le double attentat contre le bâtiment de l’ONU, qualifié de « siège de l’apostasie internationale », et le Conseil constitutionnel. « Nous annonçons à la nation musulmane la bonne nouvelle : le succès de deux opérations martyres perpétrées par deux héros à Alger pour défendre la nation de l’islam et humilier les croisés et leurs agents, les esclaves des États-Unis et les fils de France », affirme son communiqué publié sur un site islamiste.

Indiquant que le kamikaze qui a précipité son véhicule contre le siège de l’ONU s’appelait « cheikh Ibrahim Anbou Othmane » et le second contre le siège du Conseil constitutionnel « Abderahmane Abounasser ». Avant d’ajouter que « cette attaque vient rappeler aux croisés qui occupent nos terres et qui pillent nos richesses la nécessité de bien prêter l’oreille aux exigences et aux discours de notre cheikh et émir Oussama Ben Laden ». Et de prévenir qu’au Maghreb, nombreux ceux sont qui « se bousculent pour les opérations martyres qui continueront jusqu’à la libération de toute la terre d’islam ». Est-ce à dire qu’Al Qaeda annonce de prochaines opérations suicide ? Certainement. Car ce communiqué rappelle celui qui a été publié après les attentats du 11 avril et que les autorités algériennes n’avaient pas pris très au sérieux.

À Alger, d’après de nombreux témoins, l’un des kamikazes, au volant du camion-citerne bourré d’explosifs qui a foncé sur le siège de l’ONU dans le quartier d’Hydra, était âgé d’une quarantaine d’années, le second, au volant du véhicule qui a percuté de plein fouet un bus d’étudiants, était plus jeune. Et si la presse algérienne a fait état de 72 morts, le gouvernement algérien qui a accusé les agences de presse étrangères d’amplifier le bilan, s’en tient toujours au chiffre de 31 victimes. Pourtant, il est admis que des dizaines de personnes ont été déchiquetées par l’explosion du camion-citerne, tandis que d’autres ont tout simplement été pulvérisées par la violence de la déflagration. Et hier matin, les recherches se poursuivaient pour retrouver des corps.

Hassane Zerrouky

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