Au moins quatorze personnes ont perdu la vie mercredi dans la ville de Homs, au centre du pays.
Au moins 14 personnes ont été tuées par les forces de sécurité mercredi à Homs, dans le centre de la Syrie, où a été reportée une visite du chef de la Ligue arabe qui devait exprimer les inquiétudes grandissantes de la communauté internationale face à la poursuite de la répression. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil El Arabi, devait rencontrer le président syrien mercredi à Damas dans la foulée des appels lancés par les pays arabes la semaine dernière à mettre un terme au bain de sang qui a fait plus de 2 200 morts dans le pays ces six derniers mois, selon les Nations unies.
L’agence de presse syrienne écrit que la visite a été reportée pour des « raisons objectives », sans pour autant préciser lesquelles. Elle devrait finalement avoir lieu samedi, rapporte la chaîne de télévision Al Arabiya. Selon une source diplomatique arabe, Damas entendait protester contre la rencontre entre El Arabi et des membres de l’opposition syrienne et dénoncer des fuites concernant une possible action arabe contre Damas. Les ministres arabes des Affaires étrangères ont prévu de se réunir mardi prochain au Caire pour discuter de la Syrie, a-t-on appris auprès de diplomates. Il n’existe toutefois aucun plan pour suspendre la Syrie de la Ligue arabe, contrairement à ce qui s’est produit pour la Libye en février.
« Personne ne pense aujourd’hui à suspendre la Syrie de la Ligue arabe parce que tous les pays arabes souhaitent la stabilité de la Syrie. Tous les ministres arabes des Affaires étrangères ont demandé lors de la dernière réunion d’intensifier le rythme des réformes et de mettre un terme à la violence », a dit un haut diplomate.
Nouvelle incursion à Homs
En visite en Russie, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a exhorté Moscou à soutenir une résolution assortie de sanctions contre Damas au Conseil de sécurité de l’ONU. « Nous pensons que ce pays doit envoyer un signal fort indiquant que la poursuite de ces actions est inacceptable », a-t-il déclaré. « J’espère que la Russie nous apportera son soutien au Conseil de sécurité de l’ONU, même si nos positions actuelles ne coïncident pas complètement. » La France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Allemagne et le Portugal ont fait circuler un projet de résolution en août qui prévoit des sanctions contre Assad, mais Moscou et Pékin ont menacé jusqu’à présent de faire usage de leur droit de veto.
Face au mouvement de contestation entamé à la mi-mars, Bachar Al-Assad a alterné promesses de changement et offensives militaires. Ainsi, mercredi, des chars ont fait une incursion dans Homs et des tirs d’artillerie ont retenti dans cette ville située à 165 kilomètres au nord de Damas, ont rapporté des habitants.
« Les chars sont entrés à l’aube et ont commencé à procéder à des tirs d’artillerie lourde au hasard sur les maisons de Bab Tadmur, le quartier Warsha et Bab Dreib », a dit l’union des quartiers de la ville. Les accès à la ville ont été bouclés et la plupart des lignes téléphoniques et des connexions internet ont été coupées, a-t-elle ajouté. Un militant présent dans la ville a fait état d’affrontements entre l’armée et les forces de sécurité et des hommes armés. « Les affrontements ont commencé la nuit dernière et se poursuivent. Les heurts ne sont pas liés aux manifestations, les manifestations sont pacifiques », a-t-il dit.
Désertions
L’armée s’est déployée à Homs il y a quatre mois après de grandes manifestations réclamant la démission de Bachar el-Assad, au pouvoir depuis 2000. Depuis lors, les relations se sont tendues entre la majorité sunnite et les quartiers habités par des membres de la minorité chiite alaouite, à laquelle appartient le président syrien.
Selon des militants et des habitants, les désertions se sont multipliées au sein de l’armée à Homs et dans les environs. Les habitants de Rastan, près d’Homs, ont diffusé des vidéos montrant des soldats ayant fait défection qui saluent d’un balcon plusieurs milliers de personnes la semaine dernière. Les autorités syriennes, qui ont interdit l’accès au pays à la quasi-totalité des médias indépendants depuis le début du soulèvement à la mi-mars, affirment qu’il n’y a eu aucune défection dans les rangs de l’armée et imputent les violences à des groupes d’hommes armés.
Nikolaos Van Dama, un spécialiste néerlandais de la politique syrienne et ancien haut responsable du ministère des Affaires étrangères, estime que les désertions se poursuivent dans l’armée, mais que, tant qu’il ne s’agit pas de défections à grande échelle, elles ne menacent pas le pouvoir.
Reuters
