Après plusieurs mois d’un troublant silence, la Ligue arabe sort de sa coutumière retenue et appelle pour la première fois les autorités syriennes à cessez « immédiatement » les opérations de répression. Malgré l’avalanche de critiques, Bachar Al Assad pousuit de réprimer dans le sang les manifestations.
Qu’est-ce qui a bien poussé la Ligue arabe a sortir de son silence ? On ne peut pas dire que ce soit la féroce répression de l’armée syrienne contre la population qui en est la seule raison. Car elle n’est pas d’aujourd’hui.
A toute fin utile, selon un communiqué officiel de l’organisation, le secrétaire général de la Ligue, Nabil al-Arabi, « appelle les autorités syriennes à mettre fin immédiatement à tous les actes de violence et aux campagnes sécuritaires contre les civils« . Il a aussi fait part de « sa préoccupation croissante » en raison de « la détérioration de la situation sécuritaire en Syrie suite à la montée de la violence et des opérations militaires à Hama, Deir Ezzor et diverses régions de la Syrie« .
Auparavant, et en dépit du millier de morts enregistré depuis le début des manifestations, le SG de la Ligue qui s’était entretenu le 13 juillet à Damas avec le président Al-Assad, avait déclaré à la presse que « personne n’a le droit de retirer sa légitimité à un dirigeant car c’est le peuple qui le décide« .
Dimanche, fidèle à sa réserve, il s’est de nouveau gardé de demander le départ du dirigeant syrien comme l’exigent les manifestants syriens depuis près de cinq mois : « La Ligue arabe, conformément à sa charte, refuse les ingérences étrangères dans les affaires intérieures des pays arabes et veille à la sécurité de ses pays membres et à leur stabilité politique« , a-t-il dit. Rappelons que samedi, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appelé dans un communiqué à mettre « fin dans l’immédiat à la violence (… ) et à l’effusion de sang« . LE CCG ( Arabie Saoudite, Koweït, Bahrein, Emirats arabes unis, Oman et Qatar) a appelé à « la raison et à l’introduction de sérieuses et nécessaire réformes, protégeant les droits et la dignité du peuple…« .
La palme de l’impassibilité pour ne pas dire de la compromission revient sans nul doute à l’ancien patron de l’organisation, Amr Moussa. Maniant sa légendaire langue de bois, il s’était borné en juin à faire état de « l’inquiétude » du monde arabe face à la situation en Syrie.
Une soixantaine de victimes encore ce dimanche
Selon l’opposition, les forces de sécurité syriennes ont encore assassiné dimanche plusieurs dizaines de civils. Notamment à Daïr az Zour. L’assaut contre cette grande ville de l’est du pays aurait fait 38 morts. « Tôt ce matin, des colonnes de chars et de bulldozers, couvertes par un feu nourri, ont enfoncé les entrées ouest et nord de la ville et détruit les barricades érigées par les habitants« , a raconté un témoin à Reuters.
Selon les Comités de coordination locale, des dizaines de chars sont également intervenus dans la région agricole de Houla, au nord de Homs (centre de la Syrie), accompagnés de bus remplis de « chabiba« , les miliciens fidèles à Bachar Al-Assad. Par ailleurs, selon membre de l’Union de coordination de la révolution syrienne, la répression a fait au moins 57 morts. Cela dit, rappelons que ces informations sont difficiles à vérifier, car la Syrie ayant expulsé la plupart des correspondants des médias indépendants depuis le début de la révolte.
Y. K. avec Agences
