Alors que la ville de Ghazaya, à l’ouest de Tripoli est tombée entre les mains des rebelles, le président du CNT annonçait la mort d’Abdel Fatah Younès, le chef militaire.
Le président du Comité national de transition libyen (CNT) a annoncé jeudi 28 juillet la mort du général libyen Abdel Fatah Younès, ancien responsable du régime du colonel Mouammar Kadhafi, rallié aux insurgés. L’homme dirigeait les opérations militaires de l’insurrection libyenne. « Avec grande tristesse et douleur, nous annonçons la mort du général Abdel Fatah Younès, chef d’Etat-major des forces de l’armée nationale (de la rébellion,) et de ses compagnons, le colonel Mohamed Khamis et le commandant Nasser Madhour« , a déclaré M. Abdeljalil lors d’une conférence de presse à Benghazi », a déclaré lors d’une conférence de presse Moustapha Abdel Djalil, le chef du CNT qui a ajouté que le chef militaire a été tué par des assaillants après avoir été convoqué devant une commission judiciaire à Benghazi. Le responsable du groupe armé qui a mené l’attaque a été arrêté, a-t-on appris sans plus de précisions.
Beaucoup de questions restent posées sur la manière avec laquelle est menée cette opération de liquidation et ses commanditaires. Le colonel Kadhafi serait-il derrière cet assassinat ? Ou serait-ce l’oeuvre d’une faction interne au CNT ? Difficile de démêler l’écheveau pour l’instant. Cela dit, des rumeurs non vérifiées avaient auparavant circulé dans la journée sur son arrestation à Benghazi, mais n’avaient pu être confirmées. D’après une source rebelle, il avait été rappelé de Brega dans la matinée. Un responsable du CNT a confirmé qu’il se trouvait à Benghazi, mais en ajoutant qu’il était revenu du front, se disant insatisfait de la situation sur le terrain, et que des responsables tentaient de le persuader d’y retourner.
Abdel Fatah Younès était présenté, avant son ralliement à la rébellion, comme le numéro deux du régime du colonel Kadhafi, occupant notamment les fonctions de ministre de l’intérieur. Il s’était rapproché des insurgés dès le début du mouvement de contestation qui a divisé le pays le 15 février et occupait depuis d’importantes responsabilités à leurs côtés.
Ghazaya entre les mains des rebelles
La région montagneuse des Berbères de Nefoussa dans l’ouest est le théâtre depuis plusieurs mois d’affrontements entre rebelles et loyalistes au régime.
Même timidement, les hommes fidèles au CNT grignotent chaque jour des bouts de terrain aux loyalistes. Les combats les plus acharnés ont eu lieu dans la partie orientale de Ghazaya, que les insurgés ont attaquée dans la matinée d’hier, à la fois par l’ouest et par l’est, a constaté l’AFP. En fait, cette ville constituait un point stratégique, en ce sens que c’est de Ghazaya, à seulement une dizaine de kilomètres de la frontière avec la Tunisie, que les loyalistes avaient intensifié ces derniers jours leurs tirs de roquettes sur Nalout, localité aux mains des rebelles à 230 km à l’ouest de la capitale libyenne.
Après un intense pilonnage, ils viennent de s’emparer de deux localités près de la frontière tunisienne, au sud-ouest de Tripoli. Les insurgés ont conquis d’abord la ville de Ghazaya, puis ont poursuivi leur route vers le village d’Om Al-Far, à une dizaine de km au nord-est, qu’ils ont pris en fin d’après-midi, selon un correspondant de l’AFP. Oum Al Far est une petite localité où résident quelques centaines d’habitants. Les rebelles y ont fait explosé un dépôt de munitions avant d’y pénétrer.
Tripoli sous les bombes
La capitale libyenne a de nouveau été la cible jeudi soir de bombardements de l’Otan. Au moins trois puissantes explosions ont secoué le centre de la ville. Deux explosions ont été ressenties vers 22h 20 locale (20h 20 GMT), suivies d’autres quelques minutes après, notamment dans le secteur de la résidence du colonel Mouammar Kadhafi au centre de Tripoli.
Des avions survolaient toujours la capitale qui avait été déjà la cible de raids de l’Otan dans la journée, selon la télévision libyenne. La télévision Al-Jamahiriya a indiqué que plusieurs « sites civils » ont été bombardés jeudi par l’Otan. Tripoli est la cible quasi-quotidienne de raids de l’Alliance atlantique depuis le début de son intervention militaire en Libye, en mars, pour soutenir la rébellion.
Des avancées diplomatiques
Avec l’aide de l’Alliance, le Conseil national de transition a marqué quelques avancées sur le terrain diplomatique. Il a notamment installé jeudi ses « ambassadeurs » en France et en Grande-Bretagne, deux pays particulièrement en pointe dans le conflit en Libye.
A Paris, le CNT, organe politique de la rébellion, a nommé Mansour Saif Al-Nasr, 63 ans. Ce Libyen, qui a quitté son pays en 1969, a été membre de la Ligue libyenne des droits de l’Homme et du Front national pour le salut de la Libye, mouvement d’opposition en exil. A Londres, le Conseil national de transition a par ailleurs choisi Mahmud Nacua, un écrivain et intellectuel de 74 ans, « impliqué dans l’opposition depuis les années 1980« , selon Guma Al-Gamaty, coordinateur en Grande-Bretagne pour le CNT. Cette nomination intervient au lendemain de la reconnaissance par la Grande-Bretagne du CNT en tant que seul « gouvernement légitime » de Libye et après l’expulsion des derniers diplomates loyaux au colonel Kadhafi.
Pour le moment, seuls les ambassadeurs basés sur le continent africain et dans le monde arabe demeurent tous fidèles au régime de Mouammar Kadhafi. Quand on connaît les liens que possède le colonel Kadhafi avec la plupart des chefs d’Etat africains, on pense que ceux-ci seront sans doute les derniers à lâcher le guide libyen.
