Pendant que les Américains tentent de capitaliser sur les révolutions pacifiques du monde arabe, l’Arabie Saoudite essaie, au contraire, fait tout pour éviter la contagion. Première intervention, elle a mobilisé ses troupes contre la révolte, en majorité shiite, qui secoue l’Etat sunnite de Bahrein, tout en créant une union sacrée contre l’Iran au Moyen-Orient et en Asie.
Mais pas seulement. L’Arabie saoudite essaie aussi de rassembler des soutiens contre le printemps arabe, en sollicitant l’expertise de spécialistes de la répression et la mutualisation des forces avec certaines monarchies. Selon le Wall Street Journal, en mars dernier, le prince Bandar bin Sultan al Saud, qui dirige le Conseil national de sécurité saoudien a demandé l’aide des généraux pakistanais, lorsque les Saoudiens sont intervenus à Bahrein pour réprimer les manifestations contre le gouvernement du roi Hamad bin Isa al-Khalifa, selon des officiels américains, pakistanais et saoudiens. Le prince Bandar qui a été ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington pendant 20 ans, a dit aux Pakistanais qu’il ne fallait pas compter sur les Américains pour restaurer la stabilité au Moyen-Orient, ou bien pour protéger les intérêts pakistanais en Asie. Les Américains reconnaissent que l’Arabie saoudite est nerveuse face à l’Iran, et ressent une certaine frustration face à la politique américaine. Les Saoudiens ajoutent que des troupes pakistanaises auraient pu être intégrées aux 4 000 hommes, en majorité Saoudiens qui sont intervenus en mars à Bahrein à la demande du pouvoir qui accuse l’Iran de télécommander cette révolte.
Une force d’intervention arabe pour réprimer
Lors de cette opération, le prince Bandar a fait le tour des capitales pour expliquer cette intervention, aussi bien en Inde qu’en Chine ou en Malaisie (qui est aussi sunnite et prête à intervenir à Bahrein si nécessaire). Les relations entre le Pakistan, et l’Arabie saoudite sont anciennes. Le soutien saoudien représente des centaines de millions de dollars sous forme de pétrole principalement. Les Saoudiens ne sont d’ailleurs pas les seuls à s’inquiéter du mouvement qui a remis en cause le pouvoir absolu dans certains pays. Comme le rapportait Le New York times, mi-mai dernier, le fondateur de la société Blackwater a été chargée de monter une force d’intervention mercenaire de 800 hommes pour le compte des Emirats Arabes Unis. Le New York Times confirme l’analyse du Wall Street Journal, en indiquant que l’Arabie saoudite met son influence diplomatique et ses ressources financières dans la balance pour contenir la marée du changement dans le monde arabe. Les Saoudiens ont invité, au début mai, les royaumes de Jordanie ret du Maroc à rejoindre les six pays du Golfe Persique, rassemblés au sein du Gulf Cooperation Council (GCC). On se souvient que le Maroc avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en mars 2009.
Par ailleurs, les Saoudiens s’inquiètent aussi de l’influence des Frères musulmans en Egypte qui pourraient pousser un islam différend de la tradition wahhabite de la monarchie absolue saoudienne. Concernant le Yémen et la Syrie, où les pouvoirs sont contestés, les Saoudiens adoptent une attitude ambiguë. La famille royale saoudienne n’aime pas Assad, le chef de l’Etat syrien, trop lié à l’Iran à leurs yeux, mais ils craignent que des bouleversements incontrôlés ne diminuent pas pour autant l’influence iranienne.
Source : Atlantico.fr
