Le Matin d'Algérie

Des bases israéliennes aux frontières algéro-libyennes ?

L’information est sortie dans un quotidien israélien. Elle est reprise, dans un entretien à géostratégie.com, par Jacques Borde, spécialiste des questions internationales et du Moyen-Orient. Celui-ci révéle l’existence d’un accord entre le Conseil national de transition et Israël. Après la France, l’Angleterre vient d’envoyer également des hélicoptères de combats. Ce qui semble accélérer le processus de la chute du colonel Kaddafi. Résumé.

Que recherchent les insurgés ?

Le savent-ils eux-mêmes ? Et surtout, qui fait quoi, chez eux ? Je vais vous donner un petit exemple : alors que les combats s’enlisent en Libye, que des centaines de civils meurent sous les bombes de l’Axe atlantique, les golpistes de Benghazi, ou du moins une partie d’entre eux, recherchent, à l’évidence, toutes les alliances possibles. Une information allant dans ce sens vient de sortir Elle nous vient du Yediot Aharonot, le premier des trois grands quotidiens israéliens. Il s’agit d’un document, supposé rester confidentiel, faisant état de la signature d’un accord entre le Conseil national transitoire (CNT) et Tel-Aviv, portant sur l’installation d’une base militaire… israélienne en Libye, au cas où les insurgés pro-occidentaux arriveraient au pouvoir. Le document en question porterait l’en-tête Israel Defense Force1. Il précise, qu’en contrepartie, Tel-Aviv s’engagerait à obtenir, de l’Alliance atlantique la multiplication de frappes aériennes contre les forces loyalistes et le ralliement de pays arabes à la cause des insurgés. Pour l’instant, la nouvelle n’a été ni confirmée, ni infirmée, par qui que ce soit du côté israélien. Ce qui en soit n’aurait rien de probant. Le fait d’ailleurs que le CNT ait pu être victime d’une opération de manipulation, ou de déception, de la part d’un quelconque Service de Renseignements, n’est pas, non plus, à exclure. L’édifiant – et le plus alarmant, du point de vue de l’unité2 du monde arabe, il s’entend – est que le CNT, ou une partie ou composante du CNT, ait pu signer un tel document, sans se préoccuper davantage des conséquences.

Et l’Europe dans tout cela…

Soyons francs, l’Europe militaire – ou de la Défense pour faire plus convivial – n’a jamais eu de substance. La guerre de Libye a-t-elle changé quelque chose à cette donne ? Évidemment non ! Une conférence de génération de force – en français : destinée à comptabiliser les offres de contribution des États membres – a bien eu lieu récemment. Mais, de l’aveu même d’un haut diplomate européen, cité par le site Bruxelles-2, elle n’a «pas suscité un énorme enthousiasme». En clair, tout le monde s’en foutait ! Peu d’États membres se montrent prêts à contribuer pour une opération qui «apparaît morte-née». «C’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule. Il y a le sentiment que personne ne fera appel à cette force européenne. Maintenant si les événements prennent un tour dramatique en Libye, il n’est pas exclu que cette position change un peu». À noter que deux agents sont déjà sur place. Eux «venus de la délégation de l’UE de Tunisie» (faute de délégation de l’UE en Libye, c’est la délégation de Tunisie qui était en charge de la Libye). Ils devraient être rapidement rapidement par différents experts en charge des différents secteurs où l’Europe a promis son soutien: gestion des frontières, réforme des services de sécurité, éducation, santé, soutien à la société civile»…

Et la France ?

Peu à peu, la France s’enfonce dans la guerre. Soulignons, à ceux qui ont la légèreté de l’oublier, que la guerre en Libye vient d’entrer dans son troisième mois, et la France va insérer dans la boucle opérationnelle son Aviation légère de l’armée de terre (Alat), autrement dit ses hélicoptères de combat. Officiellement, l’état-major n’a pas encore communiqué sur la mission dévolue au Tonnerre. Mais Le Figaro affirme qu’il a «embarqué douze hélicoptères de l’Alat». Assurément, pas seulement pour faire chauffer les moteurs et tourner les rotors ! Or, interrogé par Le Figaro sur l’opportunité d’utiliser ses voilures tournantes, l’état-major français avait précédemment estimé que la mise en œuvre de forces aéroterrestres ne pouvait s’envisager sans une présence au sol. Celle-ci, rappelons-le, a été exclue par tous les pays participant à la curée libyenne. On peut donc, légitimement s’interroger sur ce qui a pu passer par la tête de nos stratèges. Pour peu que cette idée soit la leur, et non le fruit des politiques. Ce que laisserait présager la réaction, sèche et rapide, du chef de la diplomatie française, Alain Juppé, qui, a assuré qu’«il ne s’agit pas d’un changement de stratégie. Nous poursuivons toujours la même stratégie : protéger les civils, affaiblir les forces de Kadhafi»… Les voilures tournantes engagées seront des SA-342M Gazelle, en version HOT, et des Tigre. Naturellement, «Utiliser les hélicoptères du BPC Tonnerre, c’est un moyen de se rapprocher du sol», a commenté une source proche du dossier, cité par le Figaro. Du sol, mais aussi des coups !

Pourquoi, cette décision ?

Parce que rien ne bouge et que le temps de la guerre n’est pas celui de la politique ! Les insurgés pro-occidentaux font du sur-place, avancent, reculent, palabrent, s’invectivent, tergiversent, tiraillent, etc. Parallèlement, comme l’ont rappelé nos confères du Figaro, «les pays membres de la coalition estiment qu’il faut obtenir une victoire avant la fin du mois de juillet, le début du ramadan et les fortes chaleurs risquant de rendre les initiatives militaires des opposants à Kadhafi encore plus difficiles et aléatoires».

Cela semble un peu court comme explication ?

Je vous l’accorde. Mais il y a, peut-être, une autre raison, moins avouable, à l’empressement élyséen. Une sorte de course à l’échalote entre les Français et tous les autres…

Que voulez-vous dire ?

N’oubliez jamais que, pour Paris, la préoccupation principale reste de mettre le grappin sur les richesses énergétiques de la Libye. Or, comme nous l’a rapporté votre confrère Manlio Dinucci, les Émirats Arabes Unis (ÉAU), qui sont partie prenante à cette guerre, tentent de se donner les moyens d’intervenir au sol, là où les porte la défense de leurs intérêts commerciaux et géopolitiques. Intérêts qui sont, à leurs yeux, tout aussi légitimes que ceux de Nicolas Sarkozy ou David Cameron.

Que nous dit Manlio Dinucci ? Qu’«À Zayed Military City, un camp d’entraînement dans une zone désertique des Émirats arabes unis, est en train de naître une armée secrète qui sera utilisée non seulement à l’intérieur du territoire mais aussi dans d’autres pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. C’est Erick Prince qui est en train de la mettre sur pied (…). À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 M$UD5. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes états-uniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de Services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300.000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour (…). Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires». Concrètement, l’armée privée, en train d’être formée aux Émirats, conduira «des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année».

Quel rapport avec la Libye ?

Ceci : toujours selon Manlio Dinucci, «Quel que soit le scénario – soit une Libye «balkanisée» divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli – l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies états-uniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division».

Rappelons, ici, que les Émirats Arabes Unis (ÉAU), ont aussi une dynamique industrie d’armements (tout comme les Jordaniens) et que les places sont de plus en plus chères sur ce marché. Des insurgés pro-Occidentaux, aux contractors de Mister Prince & co., en passant par une future armée de Cyrénaïque et/ou de New Libya, fournisseurs et les «chiens de guerre» sont désormais lâchés et crient «pas de quartier» Je m’interroge également sur l’attitude des Britanniques qui, tout en étant très impliqués dans ces industries d’armement arabes, et, tout autant dans le secteur de la privatisation de la guerre, vont envoyer, eux aussi, des hélicoptères de combat : leurs AH-64 Apache7. C’est ce qui s’appelle miser que les deux tableaux, non !

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