On peut l’espérer, le ministre de l’intérieur Claude Guéant sera condamné, comme son prédécesseur, pour racisme. En déplacement à Nantes, lundi 4 avril, le ministre chargé des cultes a déclaré :
« En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui il y en a entre 5 et 10 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème », a-t-il fait savoir, en faisant référence notamment aux prières de rue, qui « choquent un certain nombre de concitoyens ». « Les responsables des grandes religions ont bien conscience que ce type de pratiques leur porte préjudice », a poursuivi le ministre (« Guéant : la loi de 1905 “ne sera pas modifiée”, LeMonde.fr, 4 avril 2011).
Au moment où se tient la journée de l’UMP sur l’islam (pardon, sur la laïcité), il serait vain de croire à des dérapages. Sur tous les fronts, le pouvoir pense qu’il faut relancer les polémiques sur l’islam, histoire de détourner l’opinion des problèmes réels de la société. Il est regrettable de voir souvent des responsables de gauche contribuer à cette stratégie en faisant de chaque incident dans une école ou une banlieue l’élément d’une stratégie islamiste de conquête de notre beau pays. Faut-il s’étonner alors que des administratifs et des enseignants décident de contrôler la longueur des jupes de leurs élèves ? Ou que le ministre de l’éducation prétende interdire à des femmes portant le foulard d’accompagner des sorties scolaires ?
Comment Guéant sait-il qu’il existe entre 5 et 10 millions de musulmans ? A-t-il fait une étude des prénoms qui transforment automatiquement tout Mohammed ou Fatma en un ou une musulmane ? Comme tout David ou Sarah serait un ou une juive ? Cette assignation à une identité (qui fait dire à un ami « musulman » n’ayant aucun rapport avec la religion qu’il se définit comme « musulman athée ») rappelle de plus en plus l’antisémitisme des années 1930. A l’époque aussi la crise économique et sociale permettait de dénoncer un bouc émissaire bien commode ; on sait ce qu’il en est advenu.
Mais revenons sur ce nombre agité comme une menace. Le site SaphirNews publie un intéressant dialogue avec le sociologue Patrick Simon (Hanan Ben Rhouma, « Mosquées : à 2,1 ou 5 millions, les musulmans manquent toujours de places », 21 mars 2011).
« La France aurait-elle perdu la moitié de ses habitants musulmans ? Selon l’étude “Trajectoires et Origines” réalisée par l’Institut national des études démographiques (INED) et l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) en 2008-2009, le nombre de musulmans en France est estimé à 2,1 millions et non plus 5 à 6 millions, souvent avancés par la classe politique, les économistes et les médias. Ces chiffres, passés inaperçus en octobre dernier, font désormais l’objet de discussions, en plein débat sur l’islam. Pour Patrick Simon, socio-démographe à l’INED et un des contributeurs de l’étude, le chiffre des musulmans en France ne change rien à la nature du débat politicien. »
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